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Vie lycéenne : un auto satisfecit ministériel bien hâtif

Au terme du Conseil National de la Vie Lycéenne (CNVL) du 7 février dernier, la communication du ministère s’est voulu triomphante : tous les engagements envers les lycéens seraient tenus. Les mesures revendiquées par Madame la Ministère sont-elles de nature à redynamiser la vie lycéenne sur le terrain ?

Un catalogue de bonnes intentions

En lieu de bilan, Madame Vallaud-Belkacem liste neuf mesures allant de l’augmentation du budget de la vie lycéenne à l’octroi d’un quatrième siège lycéen au conseil supérieur de l’éducation (CSE) en passant par la publication de la circulaire « Pour un acte II de la vie lycéenne » accompagnée de la charte des droits des lycéens, une case « engagement de l’élève » mentionnée dans les bulletins scolaires, la création d’une enquête annuelle pour mesurer le dynamisme de la vie lycéenne, le recrutement de volontaires service civique sur des missions de soutien et des mesures visant à favoriser le développement des maisons des lycées (MDL).
Cette énumération « des engagements tenus » est à l’image de la circulaire sur la vie lycéenne de septembre 2016, un catalogue de bonnes intentions qui se résume à la préconisation de « bonnes pratiques » trop souvent peu opérationnelles comme le SNES-FSU l’a déjà dénoncé lors de l’audience de mars 2016 auprès du Délégué National à la Vie Lycéenne à la DGESCO.
Une fois de plus, l’approche reste technicienne, très centrée sur les dispositifs institutionnels et les instances (CVL, CAVL, CNVL, MDL). Des mesures qui tendent à « administrer » la tâche éducative et qui seront bien en peine de répondre aux difficultés de la vie lycéenne déjà pointées en 2013 dans le rapport de Madame Dufour-Tonini : une démocratie bien formelle où le rôle de l’élu est peu reconnu par les adultes.

Une logique managériale toujours bien présente

Une enquête annuelle est donc chargée de mesurer les progrès de la vie lycéenne. Ce diagnostic issu d’un questionnaire en ligne renseigné par le chef d’établissement en concertation avec le vice-président du CVL est, une fois de plus, qu’« un outil de pilotage à la disposition du chef d’établissement » et non un outil de diagnostic partagé. L’ensemble de la communauté éducative semble oublié. Un renouveau de la vie lycéenne qui s’inscrit une fois de plus dans une logique managériale.
Valoriser l’engagement des lycéens par une case « engagement de l’élève » dans les bulletins scolaires ? Pour le SNES-FSU, la reconnaissance de l’engagement ne peut se confondre avec l’évaluation scolaire. L’approche anglo-saxonne qui sur-valorise l’engagement heurte les valeurs de volontariat et de gratuité qui lui sont associées et ne répond pas au problème de la disparité engendrée avec les élèves non élus.

« Pour un Acte II de la vie lycéenne » : des dispositifs ubuesques et contre productifs

Un des exemples les plus emblématiques de ce décalage avec la réalité de terrain reste les nouvelles modalités d’élection des représentants des élèves dans les lycées. Introduites par des textes réglementaires à la parution bien tardive, elles ont été reçues par la profession comme un signe de bien mauvaise augure. Alors que dans les EPLE la mobilisation des personnels pour faire vivre la démocratie lycéenne (semaines de l’engagement) est déjà largement entamée, le décret sur les nouvelles modalités d’élection des représentants élèves au CA paraît au JO du dimanche 18 septembre, la circulaire d’application paraissant elle seulement le jeudi 22 au BO. Aucune publicité n’en a été faite depuis la rentrée de septembre : rien sur le site du ministère, rien dans les rectorats, une page « vie lycéenne » désespérément figée à la rentrée 2015 jusqu’au 22 septembre inclus et pour couronner le tout, un « guide de l’élu lycéen » datant de 2010 qui y figure toujours, avec les anciennes modalités de désignation.
Malgré ces carences, les personnels impliqués, et en particulier les CPE, ont fait en sorte que ces textes soient appliqués. Et ce ne sont pas les questions qui ont manqué, suivies de réponses parfois contradictoires des rectorats, ou laissées sans réponse. Une « foire aux questions » a même accompagné l’avalanche de textes réglementaires parue depuis le 22 septembre, signe de leur lisibilité bien réduite. Au fur et à mesure de leur arrivée, il a fallu les lire, se les approprier collectivement et mettre en œuvre le tout conformément aux textes avec une élection du CVL programmée le 6 octobre.

Si nous comprenons la volonté du ministère de renforcer le poids du CVL, les différentes modalités retenues finissent par rendre illisibles la philosophie de ces changements et interroger la supposée avancée démocratique : double représentation potentielle des étudiants post-bac, élection au scrutin plurinominal à un tour des représentants au CA obligatoirement issus du CVL (titulaires ou suppléants), des représentants élèves élus au Conseil de discipline parmi les seuls délégués de classe titulaires (et donc sans lien avec les autres membres du conseil de discipline, personnels et parents issus, eux, du CA), des modalités d’élection du vice-président du CVL totalement ambivalentes...

Ainsi, sur les modalités d’élection des représentants lycéens au CA, il faut, lors de l’assemblée générale élective, expliquer aux délégués de classe titulaires qu’ils sont électeurs de leur représentants au CA sans être éligibles, pendant que les suppléants du CVL sont eux éligibles au CA sans être électeurs...Tout est simple ! Sans parler du risque de concentration des fonctions entre les mains de quelques élèves, donc de surcharge d’investissements, synonyme d’éloignement de leur scolarité ou de leurs mandants ! A tout le moins, ces nouvelles dispositions n’apportent pas de contribution à la lutte contre le cumul des mandats.

A ce stade, les objectifs qui sous-tendent ces changements posent question : comment rendre lisible un système électoral sans aucun équivalent connu, comment pouvoir le présenter raisonnablement comme une avancée de démocratie lycéenne ? En appliquant les textes sur les nouvelles dispositions de la représentation lycéenne, force est de constater que les CPE en sont encore à chercher le sens de leur action. Lors du CSE du 9 juin 2016, le SNES-FSU avait pourtant fait des propositions pour une mise en œuvre réfléchie de l’acte II de la vie lycéenne, recueillant l’assentiment majoritaire. Il avait émis, avec tous les représentants des personnels, un avis négatif sur ces nouvelles modalités, dont il n’a pas hélas été tenu compte.

Une ambition inaboutie

Si la circulaire porte une ambition, elle risque de rester sans réel effet sur le terrain tant les méthodes de gouvernance restent souvent éloignées des principes démocratiques élémentaires. La mixité sociale, la représentativité des élus, la formation des personnels restent toujours d’actualité.
La difficulté de faire vivre les instances dans un cadre de fonctionnement des EPLE marqué par la logique de plus en plus affirmée de l’autonomie est toujours bien prégnante. C’est pourquoi, pour le SNES-FSU, fort de l’expérience déplorable de cette année, des correctifs doivent être apportées d’ici la rentrée prochaine.

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