Session 2013

1,5 milliards ? Le « vrai » coût des mensonges sur le bac !

Le principal syndicat de chefs d’établissement a provoqué un émoi médiatique certain le 10 juin 2013, prétendant dénoncer le « vrai » coût du bac, évalué au chiffre sensationnel d’1,5 milliards d’euros, soit plus de 10 fois l’évaluation la plus largement acceptée.

De quels « coûts » parle-t-on ?
Pour arriver à ce chiffre incroyable d’1,5 milliards d’euros, le SNPDEN-UNSA comptabilise le coût de l’organisation des épreuves du bac (reproduction des sujets, frais de déplacement des surveillants et examinateurs, rémunération spécifique des examinateurs, impression des convocations des candidats, impression des résultats, etc.). Ce coût-là, le seul qui puisse être honnêtement imputé à l’organisation des épreuves de bac, est généralement évalué à un peu moins de 100 millions d’euros.
Il y ajoute un « manque à gagner » estimé à 1,4 milliards d’euros, venant du fait que de nombreux lycéens sont libérés de cours à la mi-juin, alors que les établissements continuent à fonctionner, et les personnels à être payés. Il s’agit donc de sommes qui seraient dépensées, avec ou sans épreuves « terminales », pour faire tourner les lycées jusqu’au 5 juillet.
La proposition du SNPDEN, consistant à transformer l’essentiel du bac en contrôle continu aurait pour effet de diluer les épreuves au cours de l’année scolaire, rendant moins visibles les pertes d’heures de cours, mais ne permettrait pas de récupérer le milliard espéré.

Le chiffrage donné en pâture à une semaine du début des épreuves n’est donc pas honnête. Il fait l’impasse sur des questions gênantes : il oublie de rappeler que, depuis 2008, les chefs d’établissement touchent une coquette prime pour l’organisation du bac (pourquoi ne pas demander qu’elle soit supprimée pour réduire le « coût » du bac ?) ; il oublie de préciser que les examinateurs des épreuves orales sont payés à un taux horaire largement inférieur au SMIC ; il oublie enfin de préciser que la multiplication des épreuves en « contrôle en cours de formation » (CCF) fait perdre des centaines d’heures de cours aux élèves, puisque ces heures qui devraient être dédiées aux apprentissages deviennent des « examens en continu » pendant plusieurs semaines dans l’année. Les langues vivantes en ont fait la cruelle expérience cette année.

Supprimer le bac : un coût exorbitant
Derrière les arguments financiers, le SNPDEN-UNSA milite simplement pour la suppression du bac en épreuves terminales, et sa transformation en simple « contrôle continu » (les moyennes de l’année déterminant l’obtention ou non du diplôme), ce qui au passage donnerait davantage de pouvoir aux chefs d’établissement pour faire pression sur les enseignants et leur notation. Pour le SNES, le coût social et politique d’une telle réforme serait désastreux pour la société française.
Un coût psychologique pour les élèves : on peut dénoncer les épreuves « couperet » en fin d’année (sans connaître tous les dispositifs d’harmonisation et de contrôle qui limitent, justement, l’effet des accidents), mais le contrôle continu signifierait que chaque évaluation, à chaque fois, est un couperet. Plus le droit à l’erreur, plus le droit de prendre le temps nécessaire aux apprentissages, tout échec passager lors d’un devoir deviendrait une menace pour l’obtention du bac. Pense-t-on que les élèves se sentiront mieux au lycée grâce à cela ?
Un coût social pour l’ensemble de la société : passer en contrôle continu, comme le propose le syndicat de chefs d’établissement, signifierait que les élèves obtiennent leur bac localement, dans leur établissement, notés par leurs enseignants de l’année. Quelle que soit la conscience professionnelle des enseignants, et elle est grande, qui ne voit les dérives d’un tel système pour la justice sociale ? Dans un contexte où l’école est de plus en plus soumise à des logiques de concurrence, de hiérarchisation des établissements, le contrôle continu, synonyme de « bac maison », ferait voler en éclats toutes les garanties d’égalité entre élèves qui sont liées à l’organisation actuelle du bac (épreuves terminales, écrits anonymes, corrigés par des enseignants qui ne connaissent ni les élèves, ni leurs établissements). Si c’est l’établissement qui délivre le bac à ses élèves, alors il est évident que la valeur du diplôme ne pourra être que celle de la réputation ou du classement du lycée dans tel ou tel palmarès.

Poser le débat
La question est celle de l’utilité du bac tel qu’il existe actuellement (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas le modifier). Le bac en épreuves terminales, nationales, écrits anonymes, c’est la garantie élémentaire de justice sociale pour les élèves, la garantie qu’ils ne seront pas jugés sur leurs caractéristiques personnelles ou la valeur supposée de l’établissement dont ils sont issus, mais bien sur leur travail, évalué anonymement par des enseignants qui ne les connaissent pas.
Le bac tel qu’il fonctionne actuellement, est donc une dimension essentielle de la démocratisation de l’école, parce qu’il empêche autant que faire se peut que les élèves subissent le poids de leur origine sociale et géographique dans leurs opportunités d’études ultérieures.
Bien sûr, il n’est pas la solution miracle pour faire diminuer les inégalités sociales à l’école. Et d’ailleurs, à ceux qui croient qu’on « donne le bac à tout le monde », il faut rappeler qu’un tiers d’une génération, actuellement, ne va pas jusqu’au bac, ce dont on ne peut se satisfaire. Mais ce qui est encore plus certain, c’est que la solution préconisée par le SNPDEN-UNSA serait, elle, l’institutionnalisation d’une école ségrégative, triant les élèves presque officiellement en fonction de leur lieu de scolarisation. Irresponsable.

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