Sciences physiques et chimiques

6ème : manuels de sciences-physiques ou d’EIST ? À l’heure où les spécimens de manuels arrivent dans les collèges : deuxième épisode.

Cela fait bien longtemps que les sciences-physiques n’étaient plus enseignées en 6ème. Les collègues devraient se réjouir de voir leur discipline de nouveau au programme de la première année de collège. Malheureusement, le programme de cycle 3 réunit les Sciences-Physiques, les SVT et la Technologie dans un seul texte bien qu’il y ait peu de points de jonction entre les notions de ces disciplines.

Nous recevons donc des manuels tri disciplinaires, très lourds, en moyenne 1kg au lieu des 600 g portés auparavant par les élèves de 6e ayant cours de SVT. Les parents d’élèves pourront se plaindre encore longtemps du poids des cartables. Ces spécimens sont le plus souvent accompagnés d’une version numérique enseignante offerte ou bien payante. Chez Magnard, l’ensemble est surnommé "bimanuel". Certains présentent des cahiers d’activité complémentaires.

Dans sa "présentation de l’offre" et de ses "partis pris", le manuel Nathan de 6ème se veut plus prescriptif que les textes légaux des programmes, d’organisation des enseignements et que les propos de l’Inspection Générale : "Clairement, le programme est construit autour de thèmes transversaux, qui sont abordés aussi bien en technologie, en SVT en sciences physiques. Si on veut qu’il existe une certaine cohésion, il ne faut pas d’interdisciplinarité, il faut de la transdisciplinarité. [...] Au final, ce manuel peut être utilisé sans difficulté par les enseignants des trois disciplines."(page 3). Il prétend page 5 "aider chaque enseignant, quelle que soit sa discipline, à enseigner l’intégralité de cette nouvelle matière" c’est-à-dire à enseigner les deux disciplines pour lesquelles il n’a pas reçu de formation !
Feuilletons ensuite ce manuel. Dans la partie "Matière, mouvement, énergie, information" qui concerne davantage les Sciences-Physiques, nous ne trouvons qu’une juxtaposition de documents « contextualisés » des trois disciplines sans lien les uns avec les autres. Cet imbroglio correspond donc seulement à une banque de documents. Au tournant d’une page, la photographie romantique d’une « petite fille modèle » rêvant à la façon dont elle pourrait séparer le poivre et le sel est risible.

Or, d’autres manuels, qui ne présentent pas une introduction aussi prosélyte, montrent des exemples de thèmes qui permettraient de travailler en interdisciplinarité, si les professeurs le souhaitent. Si la chimie est peu présente dans le manuel Bordas, dont une partie de l’équipe de rédacteurs se revendique comme formatrice ou professeur expérimentateur de l’EIST, la part belle est donnée à l’étude de l’énergie (concept ô combien délicat) dans des chapitres structurés. Le manuel Hachette est sans doute le plus léger avec ses 591g revendiqués. Sobre et efficace, il propose des projets scientifiques et technologiques en introduction puis n’hésite pas à maintenir la différenciation entre les trois disciplines.

Rappelons ici que la prescription de la contextualisation à tout-va ne nous semble pas toujours justifiée dans l’étude des sciences-physiques et SVT. L ’Inspection Générale a précisé au SNES-FSU en audience que cette contextualisation ne doit pas être anecdotique mais qu’elle doit se mener au long cours sur un chapitre ou plusieurs. L’Inspection Générale admet qu’il s’agit là d’un travail difficile pour le professeur.
Rappelons encore une fois qu’aucune obligation ne nous est faite d’enseigner l’EIST : lire l’article EIST, ne rien se laisser imposer et que les EPI n’apparaissent qu’au cycle 4. Quid donc du travail interdisciplinaire préconisé, voire "imposé" par les IPR dans les réunions de formation "formatage" de Sciences et Technologie.

Autres articles de la rubrique Sciences physiques et chimiques