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Un film de Stéphane Mercurio (France)

 "A l’ombre de la République" Sortie en salles le 7 mars 2012

Pour la première fois depuis trois ans d’existence, le Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté a accepté qu’une équipe de tournage suive leurs inspecteurs au cours de leurs interventions auprès des détenus dans différentes prisons. Des établissements de capacité variable comme la Maison d’arrêt de Versailles -54 personnes pour 76 places-, le Centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse -592 détenus pour 690 places- ou la Centrale de Saint-Martin de Ré qui accueille des peines très longues -30 condamnés à perpétuité et une cinquantaine d’autres condamnés à trente ans de prison-

Dans son précédent film "A côté" Stéphane Mercurio avait filmé les familles de prisonniers hors des prisons, avant et après les parloirs.

Ici, il a pénétré au cœur des lieux de détention et a tenté de donner à travers les témoignages des détenus, des réponses aux questions qu’on pourrait se poser mais qu’on se pose aussi peu que possible, sur la vie dans les prisons à la fin de la première décennie du 21ème siècle :

Comment faire respecter les droits des détenus ou des malades mentaux ? Alors que tout dérive, le contrôle peut-il garantir leurs droits ? Qu’est-ce qu’être enfermé en France en 2010 ? Quelle part de réussite est donnée à une réinsertion ? Un prisonnier de longue peine peut-il se réinsérer dans une société qui, au fil des années, lui est devenue étrangère ?

Les contrôleurs des lieux de privation de liberté peuvent, à tout moment, pour la durée qu’ils jugent nécessaire, pénétrer entre les murs d’une prison, y rencontrer les détenus, leur poser les questions qui leur semblent pertinentes, ou les écouter parler librement de la façon dont ils vivent leur détention.

Pour Stéphane Mercurio, vivre cette immersion avec le service de contrôle, c’est être le témoin d’une réalité sur laquelle règne un flou alimenté par de nombreux clichés, et sur laquelle la République se veut généralement discrète.

Il est très difficile pour ne pas dire impossible, de pénétrer à l’intérieur de ces établissements. Les autorisations sont le plus souvent refusées et les tournages de films qui traitent du sujet, très encadrés.

D’autre part, le public qui préfère savoir les criminels à l’ombre et les fous dans les asiles, n’a pas envie d’en savoir trop, peut-être pour sa tranquillité d’esprit, sur les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes qui, s’ils purgent des peines, c’est bien parce qu’ils ont commis des actes répréhensibles pour lesquels ils ont été justement condamnés.

Que sait le public des prisons surpeuplées et inhumaines, des hôpitaux psychiatriques sans moyens, des gardes à vue abusives, des brimades dont sont victimes ces êtres souvent vulnérables et qui transforment leur quotidien en cauchemar, de l’isolement, de la peur et de l’absence de perspective, de la lente destruction qui s’opère sur eux à force de rester inactifs.

C’est l’isolement, la difficulté à échanger et à communiquer, la perte de vue du monde extérieur qui reviennent de façon récurrente dans les propos des détenus.

"A l’ombre de la République" est un titre pathétique et humoristique pour un film bien construit qui devrait rencontrer un public pour lever le voile et le renseigner sur un monde douloureux peuplé d’êtres sacrifiés.

Francis Dubois

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