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Un film de Leyla Bouzid (France-Tunisie-Belgique-Emirats Arabes Unis).

"A peine j’ouvre les yeux" Sortie en salles le 23 décembre 2015.

Tunis au début de l’été 2010, quelques mois seulement avant la Révolution et la destitution de Ben Ali.

Farah réussit le baccalauréat avec la mention très bien.

Sa famille souhaite qu’elle entreprenne des études de médecine mais elle, qui caresse d’autres projets, souhaite s’inscrire en musicologie.

Car Farah est chanteuse dans un groupe rock engagé et c’est dans cette voie qu’elle veut poursuivre. Son copain dont elle est très amoureuse est aussi un musicien du groupe.

L’atmosphère des concerts aidant, Farah découvre l’amour exclusif, les charmes de la vie nocturne, la griserie de l’alcool.

Cinéma : A peine j'ouvre les yeux

Dans sa première demi-heure, le film est très prometteur.

Il dresse le portrait d’une jeunesse dont on devine qu’elle est prête à revendiquer une liberté que le pouvoir de Ben Ali cadenasse.

Les jeunes gens qui composent le groupe ont, pour certains d’entre eux, largement dépassé la vingtaine et Leyla Bouzid nous les montre comme des fervents du plaisir de vivre sans entraves, mais aussi comme des individus responsables qui prennent ce qu’ils entreprennent avec sérieux.

Bohrène qui est la fois le leader du groupe et le petit ami attitré de Farah apparaît comme un personnage charismatique et Farah, du haut de ses dix-huit ans, possède une forte personnalité.

Son caractère de fonceuse, au lieu de l’aider à se réaliser dans la voie qu’elle s’est choisie, va au contraire multiplier les obstacles et rendre difficile l’aboutissement de ses choix.

Les textes de ses chansons considérés comme contestataires par les hautes instances du pays lui coûteront ses élans de liberté et elle découvrira que le groupe de musique dont elle croyait à la sincérité était lui aussi pollué, que Bohrène dont l’amour et l’intégrité ne faisaient pas de doute, avait des faiblesses machistes.

C’est finalement auprès de sa mère dont elle contestait l’autorité, qu’elle trouvera refuge au moment où tout ce sur quoi elle n’avait aucun doute, s’est effondré.

Le film de Leyla Bouzid dont on ne peut contester la sincérité, la générosité, la justesse parfois, manque de rigueur narrative et laisse souvent la place, dans le déroulement du récit, à des incohérences dans les enchaînements et à une trop forte tendance à la démonstration.

On ne comprend pas bien pourquoi les chansons que chantent Farah deviennent tout à coup contestataires au point qu’elle est arrêtée, torturée, questionnée à propos de l’identité de leur auteur. On ne croit pas beaucoup à l’infiltration d’un indic à l’intérieur du groupe musical.

Le retour au bercail de la jeune fille blessée au plus profond d’elle-même et du même coup, l’hymne à la famille considérée comme la seule valeur authentique, donnent lieu à des scènes sirupeuses qui portent atteinte à tout ce que le film promettait de rugueux dans ses premières séquences.

Pourtant le film ne manque pas de qualités, notamment dans la justesse avec laquelle sont dessinés certains personnages, ceux des parents de Farah ou celui de la femme de ménage de la famille, celui de Farah au début du film.

La peinture des quartiers populaires de Tunis est intéressante et sans doute très juste ainsi que l’importance du pouvoir des femmes dans la société tunisienne.

A voir en dépit de ces réserves, comme une œuvre courageuse.

Francis Dubois

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