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"A swedish love story – Le temps de l’innocence" Un film de Roy Andersson (Suède). Sortie en salles le 4 juin

Pär et Annika ont quinze ans. Ils se rencontrent au cours d’une fête à la campagne. Même blondeur, même visage angélique. Ils s’aiment dès le premier regard avec la maladresse de leur âge, d’un amour qu’ils tiennent à garder hors de portée du monde des adultes, parents et amis, prisonniers des conventions, des contraintes et des petits écarts qui balisent leur existence.
Roy Andersson n’a que vingt sept ans lorsqu’il réalise en 1970 A swedish love story. Il traite le sujet du premier émoi amoureux avec une fluidité narrative et infiniment de délicatesse, à la manière d’un peintre impressionniste. Douceur évidente et cruauté sous-jacente guident un récit sans effets dont l’essentiel est tout entier contenu dans le regard faussement absent de la jeune héroïne aussi doux qu’il peut être glacé et farouche.
Les jeunes gens ont comme référence une génération d’adultes résignée à une existence terne, ponctuée de leurs illusions perdues et à travers leur comportement se profile la prochaine crise morale et économique qui guette l’Europe dans les années 70.
Le regard des adolescents se pose avec une légèreté lisible et une gravité plus souterraine sur la tragédie du quotidien, le banal et le pathétique d’hommes et de femmes ordinaires englués dans des règles que leur dicte leur frilosité et leur étroitesse d’esprit.
On suit avec un plaisir sans mélange ce qui pourrait se résumer aux allées et venues des premiers émois amoureux de jeunes gens beaux et touchants. Le film est aussi cela mais ici et là, survient une inquiétude. Elle naît d’un simple regard, d’un geste, d’un événement apparemment mineur, d’un détail. L’inquiétude grandit sans qu’on sache la nature du danger qui menace, que peut-être intensifie, une photographie douce, des paysage bucoliques et une lumière solaire qui fait parfois penser au Monika de Bergman. De la même façon, et c’est là la force de la réalisation, le film laisse à hauteur égale une impression d’optimisme et de profonde mélancolie.
Francis Dubois

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