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Un film de José Luis Rugeles (Colombie-France-Argentine)

"Alias Maria" Sortie en salles le 9 mars 2016.

Enlevée très jeune à sa famille, Maria, 13 ans, a grandi dans la jungle colombienne avec la guérilla, la Kalachnikov en bandoulière.

Comme la plupart des adolescentes qui ont été recrutées, Maria va se retrouver enceinte. Elle sait que dans ces cas-là, ses chefs vont la contraindre à un avortement. Elle décide que son enfant doit naître et elle s’efforce de tenir sa grossesse secrète.

Un jour, le commandant du camp, père d’un nouveau-né qui a survécu à la règle, confie à Maria la mission d’aller mettre son enfant en sécurité dans une ville voisine.

Elle est encadrée par deux guérilleros et un jeune garçon qui a été, lui aussi, enlevé à sa famille…

Cinéma : Alias Maria

Des nombreuses femmes soldats engagées dans la lutte armée colombienne ont été recrutées dès l’enfance.

Il y a plusieurs explications à leur présence dans les rangs de la guérilla : la fascination pour les armes, le goût du pouvoir, les difficultés économiques et parfois le besoin d’échapper à la violence de leurs parents.

Le nombre important de femmes engagées résulte également du fait que les familles, au moment de s’acquitter de leur tribut, préfèrent donner une fille plutôt qu’un garçon à la guérilla.

Plutôt que de réaliser un film d’action ou de guerre, José Luis Rugeles a préféré montrer la violence et ses traces à travers le regard d’une très jeune fille prématurément mature, rompue aux règles des armes, mais également, future mère qui lutte pour la vie.

Pour ce, la caméra est au plus près des personnages, de leur ressenti, de leurs émotions. Une part importante est donnée aux regards.

La longue déambulation, dans un premier temps en présence du bébé du commandant de camp, se déroule à travers une jungle sombre, une végétation hostile, épaisse et saturée d’un vert profond.

Le réalisateur, s’il s’attarde à filmer la longue marche, traite les scènes de violence de façon frontale, de façon brève et sans précaution.

Mais si les séquences de violences sont nécessaires au récit pour rendre compte de la réalité, c’est quand elle filme les personnages dans le contexte guerrier que la caméra est la plus talentueuse.

Le goût pour les armes, l’accoutumance à la violence, la résistances aux épreuves plongent le plus souvent les personnages dans une indifférence que viennent troubler des sentiments humains : l’attachement de Maria au bébé dont elle a la responsabilité, l’instinct maternel ou ce qui filtre d’amitié ou de solidarité, le cas échéant, entre combattants.

Un film fort servi par une jeune comédienne exceptionnelle dans le rôle de Maria.

Francis Dubois

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