Alternance

Alternance : Les dérives pointées par la Note Qualitative d’octobre 2003

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Note qualitative sur l’alternance, DESCO, Oct. 2003

La synthèse d’une enquête réalisée en octobre 2003 sur l’alternance en Quatrième réalisée par la DESCO a été présentée comme le point de départ d’une démarche qui devait aboutir à un document de cadrage.

L’enquête confirme la montée en puissance du dispositif : 3,4 % des collégiens de Quatrième, mais des effectifs triplés en un an.

Elle met aussi en lumière de grandes disparités : si 30 % des collèges sont concernés, ce taux varie selon les départements de 4 à 100 % ; de plus, la part des élèves de Quatrième concernés varie de 1 à 17 % ! On a bien, dans certains départements, un « délestage » qui touche jusqu’à un élève de Quatrième sur six et l’enquête souligne qu’il ne s’agit pas « toujours de ceux dans lesquels les difficultés scolaires sont les plus concentrées » ! Le caractère prioritaire assigné par le ministère à ces dispositifs, en l’absence de tout cadrage national précis, a donc conduit à de graves dérives, ce qui amène aujourd’hui l’administration à chercher à mieux préciser le « public » concerné. Des parcours individualisés sont majoritairement organisés, mais 40 % sont regroupés dans des classes spécifiques. Le dispositif implique plus d’entreprises que de lycées professionnels et la « double alternance » ne concerne que 14 % des cas.

La plus grande diversité règne en matière de temps passé hors du collège, aux disciplines à horaire « allégé », de rythme d’alternance. La DESCO s’interroge donc sur une définition plus précise de l’alternance et met en avant un seuil de 20 jours par an en deçà duquel il s’agirait d’éducation à l’orientation, et non d’alternance (ce seuil pourrait même être relevé).

Enfin, si l’évaluation est plus centrée sur l’acquisition des savoirs en lycée professionnel, elle est plutôt « comportementale » en entreprise (ponctualité, assiduité...).

La conclusion est édifiante : « ces données interrogent sur la construction de véritables protocoles pédagogiques entre collèges, lycées professionnels et entreprises afin de déterminer notamment ce qui doit être appris, exploité, consolidé, vérifié sur chacun des lieux de formation, selon quel degré de conformité avec les objectifs du collège et avec quelle reconnaissance ». On peut s’étonner de voir ces questions posées un an après la décision ministérielle de faire monter en puissance l’alternance au collège, alors que le rapport de l’inspection générale de janvier 2003 avait déjà constaté toutes les dérives locales possibles.

Mais les réponses à ces questions importent-elles vraiment aux yeux du ministère ? L’essentiel n’est-il pas d’afficher, comme le dit la synthèse (et l’idée se trouve déjà dans la circulaire de rentrée) que de la SEGPA à l’alternance, aux classes CHAM, aux classes européennes... le collège a mis en place une offre diversifiée où chacun est traité selon ses besoins... sans que soit engagée une véritable politique de lutte contre l’échec scolaire.

Le bilan de cette enquête ne peut que nous inciter à la vigilance face à la volonté ministérielle de réaffirmer le caractère prioritaire des dispositifs en alternance.

Monique Parra-Ponce, Gilbert Martinat

Alternance : les dérives confirmées - 24 février 2004

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