Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 octobre au Théâtre de la Bastille

« Antoine et Cléopâtre »

On se demandait ce qu’allait faire de ces deux amants légendaires le jeune acteur, dramaturge, metteur en scène et tout nouveau directeur du Teatro Nacional D. Maria II de Lisbonne, Tiago Rodrigues. C’est de façon très libre qu’il s’empare de leur légende, s’inspirant de Plutarque, qui a magnifiquement écrit l’histoire des deux amants, de Shakespeare qui lui-même s’est inspiré de Plutarque et enfin du film de Mankiewicz avec le couple Elizabeth Taylor-Richard Burton, qui les fit entrer dans la légende d’Hollywood. Á propos d’Antoine abandonnant la bataille pour suivre le vaisseau de Cléopâtre qui s’enfuit, Plutarque dit « l’âme d’un amant vit dans un corps étranger ». Antoine fut entraîné par Cléopâtre comme s’il ne faisait qu’un avec elle. Antoine ne raisonne plus comme un Général romain dominateur, il abandonne son honneur pour suivre Cléopâtre dans sa fuite, il aime l’Égypte et Cléopâtre est l’Égypte. Leur passion abolit les frontières entre Orient et Occident, raison et sentiment, masculin et féminin.

De cette idée, Tiago Rodrigues s’est emparée et l’a portée à un point d’incandescence. Cléopâtre, obsédée, décrit Antoine, dit ce qu’il pense, plonge en lui. Antoine se met à voir le monde avec les yeux de sa maîtresse. Si Antoine doit, contraint par Octave, s’éloigner un moment, il va vite faire sauter les barrières pour retrouver Cléopâtre. Ils se perdent l’un dans l’autre. Ils abolissent ce qui les entoure pour n’exister que l’un pour l’autre et même devenir l’autre.

Théâtre : Antoine et cléopatre

Devant un mur aux couleurs du désert, un mobile tourne et apporte une note instable qui fait écho au trouble des amants. Parfois on entend un court extrait de la musique du film de Mankiewicz. Et sur scène il y a Antoine et Cléopâtre, seulement eux, deux danseurs et acteurs, Sofia Dias et Vitor Roriz. Ils se déplacent côte à côte, ne se touchent pas, mais parfois leurs mains font les mêmes gestes. Ils ne sont jamais bien loin l’un de l’autre. Leurs déplacements sont chorégraphiés avec une précision remarquable et ils ont une grâce et une élégance éblouissantes. L’un parle pour l’autre, puis chacun se retrouve. Quand la vie quitte Antoine, Cléopâtre ne peut l’accepter. Elle dit des mots qu’Antoine répète et le rythme de leur duo est celui d’un cœur qui bat, qui ralentit comme pour s’arrêter puis repart et l’on glisse de « suspends » à « serpent », de « serre-moi » à « serment » et l’on passe de l’amour à la mort. C’est magnifique.

Micheline Rousselet

Du 14 septembre au 3 octobre à 20h, du 5 au 8 octobre à 21h, le dimanche à 17h. Relâche les 18, 24, 25, 29 septembre et 4 octobre

Théâtre de la Bastille

76 rue de la Roquette, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 57 42 14

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