7 février 2012
Nicolas Sarkozy a réaffirmé son objectif de porter le nombre de jeunes formés en apprentissage à 600 000 d’ici 2015 (800 000 contrats d’alternance en ajoutant les contrats de professionnalisation).

Il espère ainsi à la fois résoudre la question du chômage et donner une solution aux jeunes sortant du système éducatif sans qualifications. Pour cela, il s’appuie sur la loi du 29 novembre 2009 qui renforce l’utilisation des contrats d’alternance à destination des jeunes. Impulsées par la présidence de la République et relayées par la ministre de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, de nombreuses initiatives pour développer l’apprentissage sont traduites dans les textes législatifs et réglementaires.
Ces mesures tournent autour du financement de l’apprentissage, de mesures incitatives et coercitives vers les entreprises, de diminutions des contraintes sur l’encadrement des apprentis, de l’ouverture de ce type de contrat vers de nouveaux secteurs (l’intérim), et d’autres initiatives notamment autour de l’information-orientation, des enregistrements des contrats, du statut des apprentis. Parallèlement, une grande campagne publicitaire se développe sur les médias nationaux.
DOUBLE ERREUR
Pourtant, depuis 2008, le nombre de jeunes en apprentissage diminue. Cela ne doit pas surprendre, l’apprentissage étant un contrat de travail son évolution est liée à l’évolution de l’emploi, de même qu’il n’est pas surprenant que le nombre d’apprentis préparant un diplôme de niveau V (CAP pour l’essentiel) diminue fortement, également conformément à l’évolution des besoins de qualification. En revanche l’apprentissage au niveau supérieur se développe doublant ses effectifs en dix ans.
Ainsi le gouvernement en faisant la promotion de l’apprentissage fait une double erreur et manque la cible qu’il prétend viser :
il privilégie un mode de formation qui, en
moyenne, coûte plus cher à l’ensemble de la
nation que les formations sous statut scolaire ;
il développe un dispositif qui profite relativement
plus aux jeunes qui ont déjà un niveau de
qualification, alors que les possibilités de contrats
se réduisent pour les jeunes non qualifiés.
Si cette politique se développait en même temps que le développement des formations professionnelles et technologiques sous statut scolaire, ce ne serait que complémentarité. Mais, au moment où le ministère comprime les formations professionnelles et technologiques des lycées, l’accent mis sur l’apprentissage est un miroir aux alouettes pour nombre de jeunes et une faute politique grave.
Thierry Reygades
Voir site du SNES : www.snes.edu/IMG/pdf/Apprentissage_Beaucoup_d_argent_pour_V2-2.pdf