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Apprentissage junior

Parmi les mesures annoncées par le Premier ministre en réponse à la « crise des banlieues », l’abaissement de l’âge d’accès à l’apprentissage est une mesure importée du passé qui ne correspond absolument pas aux enjeux auxquels est confrontée l’école dans les quartiers défavorisés.

UNE VOIE D’EXCLUSION PRÉCOCE

Parmi les mesures annoncées par le Premier ministre en réponse à la « crise des banlieues », l’abaissement de l’âge d’accès à l’apprentissage est une mesure importée du passé qui ne correspond absolument pas aux enjeux auxquels est confrontée l’école dans les quartiers défavorisés.

Elle ne correspond d’ailleurs plus aux exigences actuelles des métiers. Le dispositif finalement retenu par le ministère n’évoque un apprentissage qu’à l’âge de 15 ans, au lieu des 14 ans annoncés initialement, mais la philosophie générale reste la même : éviction précoce du collège dès 14 ans, remise en cause de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, renoncement à amener tous les jeunes à la réussite et remise en cause du collège pour tous.

Cette mesure s’inscrit dans le droit fil de la loi Fillon caractérisée par son manque d’ambition pour une partie de la jeunesse, condamnée à des acquisitions réduites à un socle commun très rabougri.

Avec cette mesure qui a été dénoncée par toutes les organisations syndicales hormis le SNALC, le gouvernement fait savoir aux jeunes des banlieues que la nécessaire élévation des qualifications ne les concerne pas, et que leur avenir se limite à une sortie précoce du système éducatif comme s’ils avaient une vocation « naturelle » à alimenter les emplois précaires sous-qualifiés.

Le dispositif en deux temps montre qu’il s’agit d’une véritable filière construite à partir de 14 ans.

- Dès la première année, le parcours d’initiation aux métiers sous la forme d’une alternance école/entreprise constitue une sortie précoce du collège (la formation générale et technologique ne pourra être dispensée qu’en LP ou CFA).

L’enseignement général ne se fera plus en référence aux programmes du cycle central du collège (Dispositions relatives à l’apprentissage junior) et se limitera au seul socle commun.

- L’année suivante le jeune de 15 ans perd son statut de collègien pour acquérir celui d’apprenti salarié. Jusqu’ici la dérogation à l’age légal de 16 ans pour entrer en apprentissage était assujettee à la condition que le jeune ait achevé sa scolarité au collège.
Avec ce nouveau dispositif, c’est la généralisation de l’apprentissage dès 15 ans, pour tout jeune reconnu « apte à poursuivre ou consolider l’acquisition par l’apprentissage du socle commun ».

Chacun voit bien que cette formule est vide de sens. Il est en effet peu probable que ceux qui auront été jugés inaptes reviennent au collège en attendant l’âge légal de 16 ans de sortie du système éducatif ? Que deviendront-ils alors ?

La réversibilité affichée par la loi n’est qu’un leurre. On ne voit pas comment des jeunes en grande difficulté auront pu acquérir, en un temps réduit et sur une formation limitée au seul socle commun, le niveau leur permettant de réintégrer avec succès une classe de collège.

Chacun sait que les jeunes concernés par ce dispositif sont particulièrement fragiles et souvent peu autonomes. Ils risquent très facilement d’abandonner le parcours proposé car ils seront confrontés à un moment ou à un autre à des exigences scolaires (le CAP comporte des programmes exigeants) sans que les moyens aient été mis en place pour les aider à surmonter leurs difficultés d’apprentissage.

Il y a donc un risque réel de déscolarisation, accentuant le nombre de sorties sans qualification.

Loin de préciser qu’il s’agit de mesures exceptionnelles pour un petit nombre d’élèves pour lesquels toutes les autres solutions auront déjà été envisagées, le texte du projet de loi relatif à l’Égalité des chances ne prévoit aucun verrou sur le nombre et le profil des élèves concernés.

L’appel au volontariat ne constitue en aucun cas une garantie suffisante, d’autant que la gratification promise peut séduire un certain nombre d’élèves et leurs familles dans un contexte de difficultés sociales aggravées.

Tout porte à croire que ce dispositif dangereux s’ajoutera par ailleurs aux autres dispositifs dérogatoires, augmentant ainsi la confusion chez les collégiens et leurs familles, et détournant des enseignements du collège une population scolaire encore plus nombreuse.

Nous avons dit dès le départ que la loi Fillon organisait le tri social au sein des collèges et permettait la création de filières de relégation. « L’apprentissage junior » en est une bien sinistre illustration !

EXTRAITS DU PROJET DE LOI POUR L’EGALITE DES CHANCES
(relatives à l’apprentissage junior)

- Article 1er

Les élèves ayant atteint l’âge de quatorze ans peuvent être admis, sur leur demande et celle de leurs représentants légaux, à suivre une formation alternée, dénommée "formation d’apprenti junior", visant à l’obtention, par la voie de l’apprentissage, d’une qualification professionnelle dans les conditions prévues au titre Ier du livre Ier du code du travail.

Cette formation comprend un parcours d’initiation aux métiers effectué sous statut scolaire dans un lycée professionnel ou un centre de formation d’apprentis, puis une formation en apprentissage.

« Une fois l’admission à la formation acquise, l’équipe pédagogique élabore, en association avec l’élève et ses représentants légaux, un projet pédagogique personnalisé. Un tuteur, désigné au sein de l’équipe pédagogique, est chargé de son suivi. Il accompagne l’apprenti junior tout au long de sa formation, y compris lors des périodes en entreprise, en liaison avec le tuteur en entreprise ou le maître d’apprentissage.

« Les élèves suivant une formation d’apprenti junior peuvent, à tout moment, après avis de l’équipe pédagogique et avec l’accord de leurs représentants légaux et jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire mentionnée à l’article L. 131-1, mettre fin à cette formation et reprendre leur scolarité dans un collège, y compris leur collège d’origine, ou un établissement d’enseignement agricole ou maritime. À l’issue de la première période de formation, ils peuvent également demander à poursuivre le parcours d’initiation aux métiers si leur projet professionnel n’est pas suffisamment abouti pour leur permettre de signer un contrat d’apprentissage.

« Le parcours d’initiation aux métiers comporte des enseignements généraux, des enseignements technologiques et pratiques et des stages en milieu professionnel, et ce dans plusieurs entreprises. L’ensemble de ces activités concourt à l’acquisition du socle commun de connaissances et de compétences mentionné à l’article L. 122-1-1 et permet à l’élève de découvrir plusieurs métiers et de préparer son choix.

- Article 2

...Lorsque le contrat d’apprentissage est conclu dans le cadre de la formation mentionnée à l’article L. 337-3 du code de l’éducation, il peut être résilié, à l’initiative de l’apprenti qui demande à reprendre sa scolarité en application des dispositions du même article...

- Article 3

...Lorsque l’entreprise accueille un élève en stage dans le cadre du parcours d’initiation aux métiers prévu à l’article L. 337-3 du code de l’éducation, elle bénéficie d’un crédit d’impôt dont le montant est égal à 100 € par élève accueilli et par semaine de présence dans l’entreprise, dans la limite annuelle de vingt-six semaines...

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