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Un film d’ Olivier Assayas (France)

"Après Mai" Sortie en salles le 14 novembre 2012

Plus de deux années se sont écoulées depuis les événements de mai 1968. Gilles, Christine, Alain, Jean-Pierre et quelques autres lycéens sentent confusément qu’il y a un combat à poursuivre et sont partagés entre l’effervescence politique et créatrice de leur temps, un engagement radical et des aspirations plus personnelles.

Gilles est celui que l’époque tumultueuse plonge le plus dans ces contradictions. A quoi, entre ses histoires d’amour et son engagement politique, donnera-t-il la priorité. Une nuit de graffitis et de collage d’affiches, les choses tournent mal et un vigile est grièvement blessé.

Pour se faire oublier et échapper à l’enquête, le petit groupe s’exile en Italie, puis à Londres. Mais ces échappatoires ne sont qu’un pis-aller et il sera bientôt temps pour eux, de faire des choix définitifs.

Olivier Assayas réalise en 1994, "L’eau froide" qui, selon ses propres dires, était son second premier film et avec lequel il ouvrait une nouvelle porte à sa carrière, celle de l’autobiographie.

Les personnages principaux de "Après mai" portent les mêmes prénoms que ceux de "L’eau froide’ et on retrouve dans les deux films, quelque chose de la poésie de cette époque, le début des années soixante-dix.

Ces années-là sont marquées par l’écho de Mai 68 mais les événements sont encore trop récents pour que la nostalgie existe.

Le projet de ces jeunes gens, c’est la révolution, un mai 68 en mieux, un mai 68 réussi.

Les événements récents ont laissé des traces. A l’extrême gauche, on fête le centenaire de la commune de Paris, on est renseigné sur les dissensions entre Trotsky et Lénine, entre Trotsky et les libertaires, on sait la scission entre l’URSS et la Chine populaire et on sent se profiler les divergences au sein du bloc de l’Est.

Contrairement à la jeunesse des années 2010 qui vit souvent hors de l’histoire avec des préoccupations trop immédiates pour qu’elle pense pouvoir avoir prise sur l’Histoire et la société, en 1970, on s’opposait à l’idée même d’État. Le projet n’était pas d’être inclus, mais plutôt d’être en marge.

"Après mai" commence avec la manifestation du 9 février 1971 lancée par "Le secours Rouge", une organisation issue du courant maoïste et qui, malgré l’interdiction par la Préfecture de Police, est maintenue par les gauchistes qui ont décidé d’en découdre avec les forces de l’ordre. Finalement, la manifestation réprimée de façon musclée par les forces de police n’aura pas lieu.

A la suite de quoi, deux tendances se feront jour parmi les jeunes, celle qui préconise la relance d’un mouvement lycéen qui s’est essoufflé et ceux qui veulent se heurter à la police selon la stratégie des maoïstes toujours prêts à l’affrontement.

C’est de la conclusion à tirer de ces divergences de stratégie que vont naître et se dissoudre les élans politiques de cette poignée de jeunes gens. "Après mai" décrit leur chemin semé d’embûches où l’on apprend à penser tout seul tout en veillant à rester perméable aux tentations de l’air du temps. Un chemin qui se situe à l’écart des lieux communs que charrie l’action collective, porteuse d’un certain conformisme.

Olivier Assayas dresse un état des lieux de cette époque et observe avec rigueur mais également avec douceur et indulgence, une poignée de jeunes gens partagés entre leurs élans politiques, le désir de changer les choses et cette ligne d’existence, plus docile et incontournable à laquelle, quelques soient l’époque et les circonstances, chacun est destiné.

Francis Dubois

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