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Un film de Kleber Mendonça Filho (Brésil –France)

"Aquarius" Sortie en salles le 28 septembre 2016.

Clara, la soixantaine encore séduisante, ancienne critique musicale d’origine bourgeoise, vit à Recife au Brésil.

Elle réside dans un immeuble singulier, "l’Aquarius", une bâtisse des années quarante située sur la belle Avénida boa Viagem , face à l’océan.

L’immeuble a été, à la seule exception de son appartement, racheté par un puissant promoteur.

Son refus de quitter cet endroit où elle a toujours vécu va déclencher une guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle et qui bientôt multipliera des moyens d’intimidation afin de la faire céder.

Perturbée par cette tension à laquelle elle est soumise, elle revient sur son passé, repense aux moments marquants de sa vie, à ceux qu’elle aime et qu’elle a aimés….

Cinéma : Aquarius

A partir de l’idée d’une attaque de marché, le film fait référence de façon à la fois frontale et subtile, à la vague de spéculation immobilière qui a sévi à Recife ces dernières années et qui a, petit à petit, réussi à détruire une partie importante des grandes capitales brésiliennes pour offrir des nouvelles constructions et promouvoir une idée de renouveau en effaçant "l’ancien".

Kleber Mendonça Filho ne traite pas le sujet de façon ouvertement politique. Il préfère l’aborder en montrant les effets psychologiques que ces changements opèrent chez le citoyen ordinaire.

Ainsi, dans " Aquarius" Clara, le personnage central su film, qui prend petit à petit conscience des répercussions du chamboulement immobilier sur son espace et sur son environnement personnel.

L’affrontement entre la société et l’individu revient à un conflit de valeurs entre deux univers différents entre lesquels il ne peut rien se produire d’autre qu’un dialogue de sourds.

D’une part l’ultra-contemporain modelé par les profits économiques destructeurs et aveugles et d’autre part celui d’une génération antérieure attachée à un sens de la propriété qui n’a plus cours, à un certain savoir-vivre et à un goût de la communauté.

La détermination farouche de Clara est-elle obsolète et sa bataille avec le peu de moyens dont elle dispose en dehors de son seul entêtement, est-elle vouée à l’échec ?

Kleber Mendonça Filho s’attache pour l’essentiel de son récit au personnage de Clara.

Plongée dans une réalité douloureuse, confrontée aux méthodes agressives du management contemporain fondées sur la manipulation émotionnelle et pouvant aller jusqu’au harcèlement moral, celle-ci trouve, à revivre des moments du passé, une échappatoire ponctuellement salutaire

Conduit selon un rythme d’alternance, passant de l’un à l’autre, le récit monte en puissance d’une façon presque souterraine, distillant dans les moments de confrontation ou dans ceux où jaillissent, les sursauts de désirs et de séduction de l’héroïne, les déceptions ou l’incompréhension de ses proches, une sorte d’inquiétude latente, à défaut d’un véritable suspense.

Cette violence sous-jacente du récit, alimentée par des ruptures narratives ou par le comportement inquiétant de l’équipe des promoteurs immobiliers, entretient une curiosité quant à un dénouement totalement inattendu et ouvert à toutes les perspectives.

L’originalité du sujet, la construction du récit et une interprétation très forte sont les atouts majeurs de cette œuvre singulière et puissante.

Francis Dubois

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