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Un film de Robert Guédiguian (France)

"Au fil d’Ariane" Sortie en salles le 18 juin 2014

Pour fêter ses cinquante ans, Ariane a préparé un magnifique gâteau.
Mais au fil des heures qui précédent la fête, elle reçoit une série de coups de fil de la part des invités qui, un à un, se décommandent.
Se retrouvant seule devant les cinquante bougies allumées, elle décide de prendre "la clé de la ville" et la voilà partie au volant de sa petite voiture, prête à vivre toutes les aventures qui vont se présenter à elle.
A l’occasion d’un embouteillage sur l’autoroute, elle allume son auto radio et la musique orientale qui se répand, donne son départ à un bal improvisé au cours duquel elle fait la connaissance d’un jeune homme qui lui propose de l’emmener dans une auberge de sa connaissance.
Le ton est donné. "Au fil d’Ariane" est plus qu’une comédie. C’est une fantaisie débridée, bon enfant et bourrée de bons sentiments, comme souvent chez Robert Guédiguian.

Le restaurant de bord de mer de Denis est une sorte d’auberge espagnole où les habitués ont leurs "ronds de serviettes" et où se croisent les représentants d’une faune haute en couleurs : Jack, l’anglais à l’accent de Marseille qui écrit et philosophe dans ses carnets de notes, l’africain déraciné qui vend aux touristes à la descente de l’autocar des souvenirs de pacotille et des bois lavés, le jeune filou qui demande une ristourne sur la note des clients qu’il a dragués et sa fiancée qui préfère "faire quelques passes" qui lui rapportent bien plus que d’être caissière au super marché.
Au milieu de ces allées et venues aussi tumultueuses qu’amicales, Ariane va jouer son rôle d’ange gardien. Qu’importe si la serveuse a déserté son poste au plein de la saison, Ariane saura la remplacer avec efficacité et si l’ami africain qui fut gardien du Parc Borelly souffre à l’idée que tous les animaux marins qui stagnent dans des bocaux de formol n’ont pas de sépulture, Ariane organisera une opération nocturne avec la complicité de tous, pour que ses vœux soient exaucés.
Elle ira jusqu’à réconcilier le couple d’amoureux…

De l’autre côté du miroir où l’a conduite la déception de se retrouver seule pour son anniversaire, Ariane reconvertit ses proches, leur distribue des rôles éloignés de leurs personnalités, donne toute la mesure à son cœur généreux et se fait une confidente d’une tortue qui parle (avec la voix de Judith Magre).

Robert Guédiguian est un cinéaste fidèle et reconnaissant.
A Ariane Ascaride, sa compagne qui fut à l’affiche de quinze films sur les dix-sept qu’il a réalisés (elle n’était pas au générique du "Promeneur du champ de mars" et de "L’armée du crime"), il offre un rôle sur mesure.
Et pour l’accompagner dans son escapade, il a convoqué Jacques Boudet, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan qui furent de beaucoup d’aventures communes et trois nouveaux qui en prennent le chemin : Anaïs Demoustier, Adien Jolivet et Lola Naymarck.

Guédiguian profite de l’opportunité que lui offre cet exercice libre pour rendre hommage à tous ceux qui ont compté pour lui : Pier Paolo Pasolini avec un texte qui évoque la nécessité des mythes et des rites lu par Jacques Boudet ; Anton Tchekov avec un autre texte sur l’éternelle beauté du monde qui nous survivra ; Aragon et Jean Ferrat avec quelques chansons dans leur intégralité ; au passage, le cinéma de Carné-Prévert, celui de Jean-Luc Godard, de Bob Fosse, de Fellini ; Brecht avec la chanson "Comme on fait son lit, on se couche" qu’interprète Ariane au pied levé pour remplacer la jeune comédienne Anaïs Demoustier qui, sur un coup de tête, laisse en plan son Jean-Pierre Darroussin de metteur en scène…

C’est joyeux, candide, généreux et émouvant ; c’est Guédiguian…
Francis Dubois

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