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BAC PRO EN 3 ANS : Expérimentation sans réflexion !

Depuis la rentrée 2001, et sur la base d’une convention signée entre le ministère de l’Éducation nationale et l’Union des Industries des Métiers de la Métallurgie (IUMM), il est possible de préparer un baccalauréat professionnel en 3 ans (au lieu de 4) après la Troisième. L’objectif de l’IUMM était d’attirer de nouveaux élèves vers la voie professionnelle en mettant à égalité les temps de formation des bacs pro et des bacs généraux et technologiques.

En septembre 2001, 88 élèves se sont inscrits dans ces cursus dans quatre spécialités industrielles. À la rentrée 2003, on comptait plus de 1 200 élèves, dans des spécialités industrielles, mais également des matériaux, des bois et même tertiaires. Cet emballement s’est fait sans aucun contrôle, un rapport d’étape de l’Inspection générale, de juin 2003, préconisant de « stopper les nouvelles ouvertures » est resté confidentiel, et une circulaire de l’administration, destinée à cadrer le dispositif a été envoyée aux recteurs pour la préparation de la rentrée 2004... Pour l’IUMM, et donc le MEDEF, l’absence de cadrage est normale dans la mesure où il s’agit d’une expérimentation...

Ainsi, plutôt que de s’interroger sérieusement sur le manque d’attractivité de la voie professionnelle, sur le tassement du nombre de bacheliers, le ministère préfère développer des dispositifs aventureux, qui, il est vrai, permettent d’économiser une année de formation. Les élèves de la voie profession- nelle tireront-ils réellement avan- tage de la diminution d’une année de leur temps de formation ? Est-ce vraiment raisonnable de développer un bac pro en 3 ans, sans avoir réfléchi à son impact sur les baccalauréats technologiques ? Est-ce sérieux de mettre en place des cursus « bac pro 3ans » et, dans le même temps, de supprimer les brevets de technicien (BT) qui per- mettent justement d’obtenir en 3 ans un diplôme professionnel et des possibilités de poursuites d’études. Est-ce responsable de soutenir une telle expérimentation alors que près de la moitié des titulaires de BEP ne peuvent pas accéder aux formations bac pro, faute de places et d’un nombre de sections suffisant ?

À toutes ces questions, le ministère répond qu’il prévoit une réflexion globale sur la voie professionnelle et la voie technologique, et dans le même temps, François Fillon annonce que 17 académies sont volontaires pour d’autres ouvertures expérimentales de bac pro 3 ans à la rentrée 2004. Est- ce vraiment là de la bonne « gouvernance » ?

Thierry Reygades

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