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Un fim de Hadar Friedlich (France-Israël)

"Beautiful valley" Sortie en salles le 14 novembre 2012

Hanna a maintenant quatre-vingt ans. Avec quelques autres, elle a contribué à créer le kibboutz où elle réside.

Mais Hanna n’y a plus sa place. A cause de son âge et de la mentalité des nouvelles générations, elle est, plus ou moins délicatement, poussée vers la sortie.

Elle a pourtant encore assez d’énergie pour s’acquitter de certaines tâches mais on oppose à ses services, une réglementation qui lui échappe.

Les temps ont changé et les utopies n’appartiennent plus désormais qu’au souvenir.

On lui dit que la privatisation du kibboutz est devenue inévitable, ce à quoi elle refuse de croire, même si c’est sa propre fille qui organise le démantèlement de ce rêve qui a accompagné toute sa vie.

Avec son film, la réalisatrice Hadar Friedlich, pose la question de la gestion actuelle des kibboutzim, celui du conflit lié à des différences de perception et de conception du bien commun et celui du devenir des personnes âgées dans ce type de communauté.

La communauté a-t-elle besoin de reconsidérer son mode de fonctionnement pour que chacun s’y sente bien ou est-ce le bien-être et l’épanouissement de chacun dans ses convictions profondes qui doit apporter son bien-être à la communauté.

La privatisation des kibboutzim, due en partie au ralentissement économique est-elle la solution d’avenir quand on sait que les premiers kibboutzim privatisés ont fait faillite alors que ceux qui y ont échappé sont riches, possèdent un parc immobilier et commercialisent leurs produits dans le monde entier ?

Batia Bar, l’interprète du personnage d’Hanna n’est pas une comédienne professionnelle. Elle vivait sur place avant même la fondation de l’État d’Israël. Elle a contribué à la création du Kibboutz quand le travail était la valeur la plus importante, et tout particulièrement le travail de la terre.

Elle a été parmi ces pionniers pour qui le retour au pays pour travailler la terre était l’accomplissement d’un rêve.

Comment à quatre-vingts ans, alors qu’on a travaillé toute sa vie dans un lieu communautaire qu’on a contribué à édifier, se retirer totalement des activités quotidiennes et n’être plus que l’ observatrice passive d’un monde qui change. Ce monde qui change qui ne peut être pour Hanna, autre chose qu’une trahison.

Hadar Friedlich filme les derniers sursauts de résistance d’Hanna, ses allées et venues à l’intérieur du kibboutz, l’exécution à la sauvette ou nocturnes et clandestines de tâches qui la relient à son passé alors qu’autour d’elle, tout se démantèle et que s’effondrent les derniers pans de l’édifice qu’elle a connu.

En filmant la nature, les espaces verdoyants, la végétation abondante, la cinéaste montre l’amour et l’attachement d’Hanna à cet endroit, à ces paysages, à sa maison.

Et la vigueur de cette nature vient trancher avec la dégradation physique des gens de la vieille génération et avec les changements qui s’opèrent, jour après jour, dans le kibboutz.

Hadar Friedlich nous propose un magnifique personnage de femme. Son film, jamais larmoyant, bien que pathétique, est à l’image d’Hanna, fonceuse et obstinée, même si elle sait pertinemment que son combat solitaire est perdu d’avance.

Francis Dubois

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