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Jazz

« Belle époque », Peirani et Parisien Duo Art Passage de témoins

Rassembler un accordéoniste, Vincent Peirani, et un saxophoniste soprano – un instrument bizarre qui ne se laisse pas dompter facilement -, Emile Parisien, pour un vrai-faux hommage à Sidney Bechet est une gageure. Les deux musiciens font partie de la même génération de trentenaires, voulant creuser leur propre voie. La référence à Bechet se trouve là aussi. En 1919, à la fin d’un concert à Londres, le chef d’orchestre Suisse Ernest Ansermet, troublé par la sonorité de la clarinette de Sidney, lui demandait son credo. La réponse fut « My Own way » ma manière, ma voie, mon chemin. Ce jeune homme – il avait entre 22 et 28 ans – savait déjà qu’il voulait marquer son temps. Sidney fut aussi l’inventeur de cet instrument bizarre, le saxophone soprano, plus que Adolphe Sax dont on fête ces temps-ci le 200e anniversaire de la naissance. Ce soprano, Sidney l’achètera une première fois à Londres justement, le revendra et le rachètera pour en faire autre chose qu’un instrument de cirque. Il aura comme premier disciple Johnny Hodges et influencera tous les instrumentistes à commencer par Steve Lacy.

Sidney Bechet, il ne faudra pas l’oublier, fut le premier grand soliste de l’histoire du jazz. Un individualiste, un marginal. Il allait même enregistrer seul, jouant de tous les instruments et profitant des progrès de la technique, deux faces de 78 tours…

« Egyptian Fantasy » qui ouvre cet album ACT, « Belle époque », a été enregistré en janvier 1941 par Bechet et ses New Orleans Feetwarmers. On y entend des influences étranges pour cet orchestre classé à cette époque dans le « Revival », les retrouvailles des États-Unis avec le jazz des origines. Sidney, qui avait beaucoup voyagé savait se servir de toutes les musiques entendues. Il ouvrait la porte à toutes les influences, à tous les détours, à tous les imprévus.

Le duo ne s’en prive pas. La rencontre accordéon/soprano – deux sonorités trop proches – était loin d’être évidente. Il fallait du culot. Ces deux là, multi-récompensés malgré leur jeune âge, ne pouvaient pas en manquer.

Ils arrivent à faire preuve de fusion et à se différencier pour permettre à chacun et au duo d’exister. Un tour de force. La mélodie est toujours présente sous forme d’une danse infernale et continue pour entraîner l’auditeur dans une spirale dont il ne sait comment sortir.

Ils leur arrivent de traîner en longueur ici ou là, d’errer dans des endroits fréquentables et, soudain, de transformer un standard du jazz traditionnel, « Saint James Infirmary », en une infirmerie de brousse lui donnant un aspect actuel et inédit, Peirani faisant sonner son accordéon comme un saxophone baryton.

Le tout se boucle avec un thème de Duke Ellington pour lequel j’ai de l’affection, « Dancers in love », unissant la danse et l’amour, le corps et l’âme…

Une musique de notre époque, une « Belle époque », c’est la notre, c’est la leur. C’est à nous, c’est à eux de la faire « Belle » !

Nicolas Béniès.

« Belle époque », Peirani et Parisien Duo Art, ACT, distribué par Harmonia Mundi.

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