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Un film de Aharon Keshales et Navot Papushado (Israël)

"Big Bad Wolves" Sortie en salles le 2 juillet 2014.

Un homme violente et assassine des fillettes. Une série de meurtres d’une extrême violence va bouleverser la vie de trois hommes : le père de la dernière victime assoiffé de vengeance, un policier qui va outrepasser la loi et en arriver à des débordements et le principal suspect, un professeur de théologie, arrêté puis relâché à la suite de violences policières au cours d’ interrogatoires.

L’enquête va se poursuivre hors de tout respect de la règle pour atteindre des sommets d’une violence aveugle.

" Big Bad Wolves" est annoncé comme un thriller teinté d’humour noir. Si certaines scènes sont effectivement légèrement décalées (le fils du chef de la police, un gamin d’une dizaine d’années intervient dans la marche à suivre de l’enquête, est invité à se boucher les oreilles quand le propos devient insupportable), peu de scènes drôles aèrent le récit.

Et ce qui persiste surtout à l’issue de la projection, c’est le malaise provoqué par la longue scène de torture qui constitue le dernier tiers du film.

Le père de la dernière victime semble agir en dehors du drame (l’émotion d’un homme qui vient de perdre sa fillette est totalement absente au profit d’un acharnement aveugle à arracher des aveux à l’assassin supposé).

Dans le souterrain où sont enchaînés le policier à qui est reproché sans doute d’avoir relâché le prétendu assassin et le prétendu assassin contre qui ne pèse aucune véritable preuve, on assiste aux pires des atrocités.

On est amené à se poser la question de savoir quel est l’objectif du film.

Si dans l’acharnement à montrer frontalement les tortures, le récit dénonce le mécanisme de la montée de la violence ou si pour le père de la fillette, c’est le seul chemin à emprunter pour répliquer à un acte atroce.

Dans les notes de production du dossier de presse, les deux réalisateurs livrent leur explication : selon eux, le film qu’ils ont réalisé est inspiré de la vie dans un pays fondé sur une angoisse existentielle utilisée pour renforcer la légitimité de l’État. De la peur du terrorisme (en particulier des kidnappings), du sentiment de persécution, de l’intolérance, du machisme, d’un désir de vengeance historique propice à des actions extrêmes et à des réactions en retour du même ordre.

Même s’il s’agit d’un fait divers hors de toute considération politique, il est difficile de ne pas voir dans les sentiments qui animent le père et le grand père de la fillette vis-à-vis du prétendu coupable, quelque chose du conflit israélo-palestinien.

Le film soulève une question universelle : le fait d’être une victime nous accorde-t-il le droit de nous transformer en justicier assoiffé de sang ?

Francis Dubois

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