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Un film de Otto Preminger (Etats-Unis 1958)

"Bonjour tristesse" Sortie en salles le 2 novembre 2011

Cécile, dix-huit ans, étudiante dilettante, mène une vie sans contraintes auprès de son père Raymond, un riche quadragénaire qui va d’une conquête féminine à l’autre.

La période d’insouciance va trouver une issue dramatique au cours de l’été dans une superbe villa sur la Côte d’Azur.

"Bonjour tristesse" est l’histoire d’un paradis à jamais perdu pour la jeune héroïne, sous les effets conjugués de sa lucidité et d’une volonté perverse de triompher.

Le roman de Françoise Sagan fit fureur à sa parution et il était prévisible que le cinéma s’emparerait de cette histoire. Ce qui est plus surprenant, c’est que ce fut un prestigieux réalisateur américain, Otto Preminger, qui obtint les droits de ce petit sujet qui n’avait rien à voir avec les thèmes politiques ou sociaux de ses réalisations précédentes.

C’est ainsi, qu’à l’articulation de deux périodes, "Bonjour tristesse" occupe une place vraiment à part dans l’œuvre du cinéaste.

C’est peut-être parce qu’il venait de donner le rôle de Jeanne d’Arc à Jean Seberg qu’il pensa à elle pour endosser celui de Cécile, qui convenait parfaitement à sa silhouette frêle, à son charme indéniable vaguement androgyne et à ce charisme qui allait faire mouche, quelques temps plus tard, dans " A bout de souffle" de Godard.

Preminger lui offrit des partenaires prestigieux, des comédiens qui étaient au top de leurs carrières : David Niven qui apportait son charme et son élégance toute british au personnage du père, Deborah Kerr le raffinement austère à celui de la créatrice de mode, Anna Larsen et la Française Mylène Demongeot, récemment révélée dans " Les sorcières de Salem" de Raymond Rouleau.

La villa, cachée dans la pinède, face à la mer et aux criques, à laquelle on accède par des chemins escarpés, offre un cadre idéal à l’observation des allées et venues de ce microcosme rompu à l’oisiveté et à la vie nocturne.

Pour marquer la double nature du film, Otto Preminger a choisi de tourner en noir et blanc les séquences actuelles, et en couleurs, celles des flash-back qui relatent les vacances oisives jusqu’au moment du drame.

Bien qu’adapté d’un roman français et tourné en France, "Bonjour Tristesse" est une réalisation totalement hollywoodienne et il est intéressant d’observer par quels mécanismes de mise en scène a été transformé un petit sujet intimiste en superproduction américaine.

Le phénomène, même s’il tient à la présence de David Niven et de Deborah Kerr, deux grandes vedettes américaines de l’époque, tient aussi à l’ampleur du Cinémascope et du technicolor, aux accessoires, aux voitures, aux vêtements, à la teneur des dialogues et à la musique du pourtant bien français Georges Auric.

Et l’illustration du petit roman écrit par une jeune fille de dix-sept ans à la fin des années cinquante redevient, avec cette ressortie sur les écrans, une curiosité attachée à une époque du cinéma hollywoodien, et à la fulgurance d’un succès de librairie dont on ne sait pas dire, aujourd’hui, après la mort de son auteur, dans un grand dénuement, s’il fut mérité ou factice.

 

Francis Dubois

 

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