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Un film de Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler (France).

"Braddock America" Sortie en salles le 12 mars 2014.

Au Nord-est des États-Unis, la ville de Braddock, ancien bastion sidérurgique qui fournissait de l’acier dans le monde entier, s’est en partie éteinte avec la fermeture des aciéries.

Les cités ouvrières à l’abandon menacent de tomber en ruine et les rues de la ville sont désertées.

Pourtant, une communauté tente au quotidien une action solidaire pour redonner à la cité, un avenir.

La première question qui vient à l’esprit quand on a vu "Braddock America" est : pourquoi deux documentaristes français (même si Gabriella Kessler a passé une grande partie de sa vie aux États-Unis) ont-ils choisi de traverser l’Atlantique pour réaliser un film sur la désindustrialisation qui fait rage en Europe et en France ?

Jean-Loïc Portron dit avoir préféré, pour traiter le sujet, aborder un territoire qui lui était étranger, se plonger dans l’inconnu, découvrir des paysages et des personnes d’une autre nationalité pour se familiariser avec eux et apprendre à les découvrir.

Qu’importe si le film a été tourné au États-Unis puisque son propos est universel.

Il se situe autour de cette énorme aciérie ( qui fut un véritable empire industriel) édifiée par Andrew Carnegie un siècle après la mort du Général Braddock, massacré par un groupe de français et d’indiens au cours d’une bataille engagée par le roi d’Angleterre.

La ville de Braddock fut la représentation de la puissance industrielle des États-Unis dans un territoire qui aura été le lieu d’une bataille sans fin, contre les français et les indiens d’abord, puis contre les immigrants, contre les ouvriers, contre les syndicats et contre "les rouges".

Aujourd’hui, la lutte est contre l’abandon, pour la réhabilitation et c’est une bataille pour la survie qui occupe les esprits.

Si les habitants de Braddock veulent réinventer une vie possible sur les lieux, ils savent qu’ils ne pourront compter que sur eux et qu’ils devront réinventer un vrai esprit de solidarité pour détruire les maisons en ruine, nettoyer les rues, se protéger des chiens errants, faire revivre un stade en friche et s’élever contre la menace de disparition d’un hôpital…

Plutôt que de faire de Braddock une ville sale et sinistre, Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler ont fait le choix de mettre en avant une esthétique forte qui ne gêne en rien la portée du message de leur film.

"Braddock" est un grand poème tragique dans lequel alternent les témoignages d’habitants survivants d’un passé révolu, des images d’hier non pas nostalgiques mais joyeuses, témoins d’une joie de vivre à réinventer.

Francis Dubois

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