LV au lycée

Certifications : langues marchandes

Officialisées par décret en 2005 et d’abord expérimentées en allemand, les certifications se sont étendues depuis à l’anglais et à l’espagnol pour tous les élèves volontaires des classes européennes.
Certains élèves ont même été inscrits d’office dans certaines académies.

Le ministère a passé un triple partenariat : avec la KMK (Conférence des ministres de l’Éducation des Länder), institution publique, l’Institut Cervantès, centre culturel semi-public et Cambridge ESOL, organisme commercial, suite à deux appels d’offre. Tous trois sont liés au consortium ALTE (Association of Language Testers in Europe), fondé par Cambridge. Ces certifications coûtent cher (jusqu’à 100 euros par élève pour l’anglais, d’après L’Étudiant), alors qu’elles ne bénéficient qu’à un public limité.

Quant à ce qu’elles représenteraient sur le marché du travail selon le ministère, il convient de relativiser : le niveau B1 demandé est celui attendu en fin de Troisième en LV1, elles n’ont souvent qu’une validité de deux ans, elles ne peuvent « rivaliser » avec les certifications des organismes déjà sur le marché qui attesteraient mieux du niveau des postulants.

Paradoxalement, le ministère demande dans le même temps aux collègues de collège de valider le niveau A2 du CECRL (Cadre européen de référence pour les langues) et à ceux du lycée, d’octroyer le BTS Commerce international à des élèves qui verront leur diplôme reconnu dans l’Union grâce au référentiel commun. Par conséquent, à l’image de ce BTS, nous pourrions envisager de donner à nos diplômes nationaux une dimension européenne, via l’attestation des niveaux de compétence du CECRL, ce qui permettrait de répondre à l’exigence d’égalité réelle des chances (l’ensemble des élèves y ayant droit) et d’éviter les écueils actuels des certifications : des questions peu motivantes, absence régulière de contenu culturel digne de ce nom, dépossession progressive de la fonction d’évaluation des enseignants.

En attendant, rappelons aux collègues qu’afin d’éviter de recevoir un ordre de mission les invitant à un stage de « formation » aux certifications, ils peuvent écrire à leurs IPR pour leur signifier leur souhait de ne pas les faire passer (et éviter l’ordre d’injonction le cas échéant), tout en sachant que cette éventuelle formation ne les y engage en rien de toute façon ensuite, car elles ne constituent pas une obligation de service. Ainsi, l’an dernier, les collègues qui s’y étaient refusés, malgré la pression exercée par leurs IPR ou chefs d’établissement, se sont vus remplacés par d’autres, ce qui confirme leur caractère facultatif. Le SNES dénonce ces pressions et le jeu de concurrence entre les langues, élaboré à partir des résultats obtenus, et se soucie de l’avenir du baccalauréat.

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