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Un film de Jafar Panahi (Iran)

 "Ceci n’est pas un film" Sortie le 28 septembre 2011

Jafar Panahi est interdit de tournage. Son cinéma étant considéré par les autorités iraniennes trop critiques et subversives, il est passible d’une peine l’empêchant de travailler pendant des années. Il attend, chez lui, le verdict de la cour d’appel.

 Depuis plusieurs années, et depuis deux ans plus encore, les cinéastes iraniens rencontrent d’insurmontables difficultés pour réaliser un film. Certains, sous d’obscurs motifs, sont arrêtés et nombreux d’entre eux ne peuvent plus exercer leur profession.

"Ceci n’est pas un film" est un film de survie. Celle d’un homme en stand-by, un cinéaste qui, souffrant d’inactivité créative, invite chez lui, dans son appartement de Téhéran, son ami documentariste Mojtaba Mirthamasb, pour feindre d’entreprendre la réalisation du sujet qu’il a en projet : l’’histoire romanesque d’une jeune fille cloîtrée chez elle, qui va suivre depuis la fenêtre de sa chambre les passages réguliers d’un jeune homme dont elle finira par tomber amoureuse.
Sous l’objectif de la caméra de Mirtahhmasb, il raconte l’histoire avant d’improviser le décor de la chambre de la jeune fille. Il prend la place du personnage et retrouve tout à coup sa passion pour la mise en scène, s’enflamme, s’agite, se passionne. Du ruban adhésif tendu au sol délimite les différents espaces d’un décor fictif.

Un coussin au sol figure le lit où se languit la jeune fille.
Devant la caméra, il définit les mouvements, les déplacements et finit par donner corps à son récit, à donner souffle à son histoire en images.
L’attitude de cet homme en panne de tournage est pathétique. Sa frustration de créateur est immense, douloureuse comme il ne le montre pas. Cependant, peut-être guidé par le souci de garder une distance, il fait preuve d’humour jusqu’au moment où l’enthousiasme dans lequel il s’est lancé, retombe subitement. A tout instant, la réalité de l’illusion le menace.
Un moment de découragement survient mais Panahi se relève presque aussitôt. Il repart et montre un talent extraordinaire pour tisser son récit minimaliste qui prend un relief inattendu.

Il répond au téléphone à son avocate, prend son petit déjeuner, revient au scénario, en lit quelques pages, se remet à mimer une scène, définit le champ et le hors champ.

Et sa démonstration devient un pur moment de mise en scène, prend l’allure d’un rêve éveillé et Jafar Panahi vit et respire au rythme de cette idée, de sa pulsion.
Et quand apparaît son iguane sur le canapé, que le reptile, affectueux à sa manière, gagne l’épaule du cinéaste, on se laisse un moment fasciner par la bestiole qui finit par aller faire l’acrobate dans les rayonnages de la bibliothèque.

"Ceci n’est pas un film" est l’histoire d’une souffrance, d’un homme qui cherche une solution pour rester en vie, professionnellement et dans sa tête, qui trouve une solution pour contourner une interdiction, une brimade, un danger.
Les petites caméras numériques permettent à ce genre de film d’exister pour trois fois rien, avec une image impeccable, un son convenable.

Le film de Jafar Panahi est sorti d’Iran dans une clé USB, caché à l’intérieur d’un gâteau. C’est ainsi que le film se retrouva à Cannes où sa présentation et sa reconnaissance auront peut-être servi à faire avancer les choses, à protéger les cinéastes en danger.

Francis Dubois

 

P.-S.

On apprend que le cinéaste Mojtaba Mirthmasb à qui on a confisque son passeport a été récemment interdit de sortie d’Iran, au moment où il devait rejoindre Paris à l’occasion de la sortie du film, puis plus tard, le festival de Toronto.

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