LV au collège et au lycée

Certifications : aucune obligation de service

1. Les certifications, qui ne concernent que les élèves volontaires de classes européennes, sont le fruit d’un appel d’offre à des organismes privés (Cambridge, Cervantes).

→ Journal Officiel, annonces n°246 et 247 publiées le 9 août 2006 dans le BOAMP 151 B, Dép. 75.

→ Journal Officiel, annonces n°262 et 263 publiées le 30 juillet 2010 dans le BOAMP 146 C, Dép. 75.

2. Comme il y a beaucoup d’argent en jeu (dans les appels d’offre figure un nombre de candidats précis par an), l’institution, les chefs d’établissement et les IPR notamment, exercent une pression très forte allant même jusqu’à l’envoi aux enseignants des ordres de mission pour la passation des certifications. Dans certaines académies, certains IPR parlent même « d’insubordination » des collègues qui refusent ces injonctions et subissent un chantage en ce qui concerne leur évaluation. Or la certification n’est pas une obligation de service des enseignants.

3. Par conséquent, le refus collectif semble le meilleur moyen pour asseoir notre droit à ne pas les faire passer (le faire savoir par courrier aux IPR et l’expliquer aux parents en C.A).

Rappel : dans les établissements où les refus ont été majoritaires, les collègues se sont faits remplacer par l’institution quand celle-ci jugeait qu’il fallait à tout prix que les élèves de classes euros passent les certifications ; soulignant par là leur caractère définitivement non obligatoire.

Dans le cas où l’institution insiste, demander à ce qu’elle prouve le caractère obligatoire de la chose en demander le texte officiel (BO, décret...) prouvant le caractère obligatoire de cette passation. Tout le reste, baisse de note, lettre jointe au dossier personnel du collègue, appel direct des IPR, etc, ne sont que des pratiques d’intimidation que les S3 doivent dénoncer.

4. Pour ce qui est de l’argumentaire contre ces certifications, voici quelques éléments :

- le coût

Ces certifications ont un coût, même si ce sont les enseignants du public qui les font passer, car le Ministère doit payer les sujets. Ce sont des millions d’euros (voir appels d’offres suscités) et uniquement pour les certifications gérées par l‘Etat (parallèlement, certaines régions financent des certifications pour les élèves de Terminale, sans guère de transparence sur les coûts). L’estimation de ces coûts est à mettre en regard des diminutions de moyens pour les langues vivantes dans les établissements (effectifs lourds, diminution de l’offre…).

- l’inégalité de traitement

Les certifications ne concernent qu’une minorité d’élèves. Souvent les élèves devront en passer d’autres plus tard pour attester de leur niveau en langue face à leurs employeurs (qui préfèrent souvent les certifications « totalement » privées, telles TOEFL ou TOIC).

- la marchandisation rampante

Fruits d’appels d’offre auprès d’officines marchandes, elles constituent une privatisation rampante du système éducatif.

- le contenu

L’apprentissage d’une langue ne peut se résumer à la maîtrise de compétences langagières et doit donc permettre l’ouverture à la culture et à la diversité, tout en développant une réflexion citoyenne. Malheureusement, très souvent, les certifications ne prennent en compte que les aspects linguistiques, laissant de côté les autres aspects.

Parfois, la préparation aux certifications pousse les enseignants à travailler chacune des compétences (compréhension et expression, orale et écrite) en groupes de compétences, nouvelle modalité d’organisation de l’enseignement des langues qui n’a pas à être liée aux certifications et dont les bénéfices restent encore à démontrer.

En effet, aucune évaluation nationale n’a été rendue publique après la phase d’expérimentation. Personne n’est en mesure de dire si les élèves sont plus motivés à apprendre, s’ils obtiennent de meilleurs résultats, s’ils font le lien avec les programmes, etc.

Les enseignants, ne créant pas les sujets et étant dépossédés de leur pouvoir de certificateurs d’un niveau, via les diplômes nationaux, voient peser sur leur enseignement le risque de la fin d’épreuves terminales en LV.

5. Nos propositions.

Nous souhaitons faire évoluer les diplômes nationaux en y intégrant l’évaluation des compétences du CECRL. Il s’agit de garantir la pérennité des diplômes, notamment le baccalauréat en contrôle terminal, et que tous les élèves puissent se voir reconnaître leur niveau de langue dans tous les pays de l’UE ayant intégré le référentiel européen.

Le Ministère de l’Education nationale pourrait travailler sur le modèle du BTS commerce international qui, intégrant les piliers de référence européen, a été le premier BTS français reconnu en Europe. De la même manière, en modifiant le DELF (Diplôme d’Etude de Langue Française) et en l’adossant aux paliers du CECRL, le Ministère a su faire évoluer un diplôme franco-français en un diplôme français à visée européenne. La dimension internationale des diplômes pourrait être ainsi assurée par les enseignants, via leurs propres évaluations et examens, à condition que les moyens suffisants leur soient donnés (effectifs allégés, formation, matériel audio et vidéo…).

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