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Un film d’Emmanuel Courcol (France)

« Cessez le feu » Sortie en salles le 19 avril 2017.

Cinq ans après la guerre de 14-18, Georges, pour fuir son passé, est allé mener une vie nomade et aventureuse en Afrique. A la mort de Diofo, son compagnon de tranchées qu’il avait suivi, il décide de rentrer en France.

Là, il retrouve sa mère âgée et son frère Marcel, invalide de guerre et qui vit muré dans le silence.

Au milieu de ses difficultés à trouver une place dans cet après-guerre où la vie s’est poursuivie sans lui, il rencontre Hélène qui enseigne la langue des signes à son frère et avec qui il ne tardera pas à nouer une relation dans un premier temps heureuse mais qui, au fil du temps, deviendra difficile et tourmentée.

Les récits de son grand-père, soldat de La guerre 14-18 qui a été de toutes les batailles jusqu’à celles des Balkans en 1919, ont marqué l’univers d’enfant d’Emmanuel Courcol.

Beaucoup de photographies de l’aïeul en uniforme, des cartes postales envoyées du front conservées, un casque dans une malle, une décoration militaire au retour de la guerre ont ajouté à la fascination de l’enfant.

«  Cessez le feu » commence par des scènes saisissantes de bombardements dans les tranchées au cours desquelles le capitaine Georges Laffont, lui-même blessé, voit périr plusieurs de ses soldats.

Ces séquences seront les seules relatant la guerre de quatorze mais elles sont d’une telle puissance qu’elles suffisent à expliquer les traumatismes de l’officier.

Dans les séquences suivantes, on le retrouve en Afrique où il mène une vie d’aventurier sans doute un peu désordonnée.

Avec son retour en France dans sa famille, au bon milieu des années folles, il découvre toutes sortes de trafics, les fortunes qui se sont faites sur le commerce de l’exhumation des corps, la récupération des métaux, le nettoyage et la reconstruction des quatre mille villages détruits ou rayés de la carte.

Il est également frappé par l’étalage obscène de l’argent des profiteurs, la licence et l’insouciance de la société, le luxe insolent des planqués, l’arrogance de la nouvelle génération et au milieu, quelques fantômes d’anciens combattants à la dérive...

Cinéma : Cessez le feu

Emmanuel Courcol a fait le choix de situer le retour de Georges en France cinq années après la fin de la guerre, à la suite de l’épisode africain.

Par ce choix, il montre à quel point, malgré les années écoulées et un exil volontaire, la guerre n’est pas finie pour ces anciens combattants traumatisés alors que pour la société, elle est déjà de l’histoire ancienne.

Un frère disparu, un frère devenu muet, un frère parti en Afrique. Une mère éprouvée qui entretient un rapport particulier avec chacun et peut-être plus encore avec le benjamin dont la disparition est source d’une souffrance intolérable.

Elle est très présente auprès de celui qui a tellement intériorisé sa souffrance qu’elle s’est transformée en une pathologie qui, sans lésion neurologique, l’a rendu sourd et muet.

La rencontre de Georges avec Hélène est une porte ouverte sur l’avenir...

Emmanuel Courcol dont «  Cessez le feu  » est le premier long métrage a réalisé un film à la fois d’une grande ampleur avec l’épisode des tranchées et la période africaine et beaucoup plus intimiste avec le retour de Georges dans sa famille et son attirance pour Hélène.

Le scénario et l’écriture sont particulièrement soignés. Le travail sur les costumes africains est d’une grande précision et même la reconstitution de l’euphorie des années folles échappe au « folklore ».

Le film, en plus de la qualité de la réalisation est servi par un casting très convaincant.Romain Duris

y réalise une de ses meilleures performances avec un personnage tout en contrastes et nuances. Céline Sallette est magnifique et Grégory Gadebois dont la partition était à risques, donne un Marcel d’une belle sensibilité muette.

«  Cessez le feu  » qu’Emmanuel Courcol a dédié à son grand-père Léonce est un bel hommage à

son aïeul et à « tous ceux qui firent l’impossible ».

Une franche réussite.

Francis Dubois

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