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Un film de Atom Egoyan (USA)

"Chloé" Sortie en salles le 10 mars

"Chloé" diffère à deux titres des réalisations précédentes d’Atom Agoyan. C’est un film totalement américain (San-Francisco a été remplacée par Toronto sur la demande du réalisateur, mais c’est la seule concession) et le scénario n’a pas été écrit par Agoyan comme à l’accoutumée. Ils est probable que ce sont les contraintes de la production américaine greffée sur un sujet qui n’est pas dans la tonalité de ceux qu’il traite habituellement dans ses films, qui ont considérablement réduit les chances pour le spectateur, de retrouver dans "Chloé" quelque chose qui lui rappellerait la marque personnelle du réalisateur.
Catherine, gynécologue réputée, est mariée à David qui enseigne la musique à l’Université. Ayant passé le cap de la quarantaine, Catherine voit s’émousser son charme. De là à imaginer que son mari à qui elle aurait cessé de plaire, entretient une liaison avec une de ses élèves, il n’y a qu’un pas qu’elle franchit. C’est alors que pour en avoir le cœur net, elle fait appel à Chloé, une prostituée de luxe qu’elle charge de séduire David. Chloé entre en contact avec lui, devient sa maîtresse, et ainsi qu’il était stipulé dans le contrat engagé entre les deux femmes, raconte à Catherine, par le menu, leurs entrevues et dans le détail, les préférences sexuelles de David.
Catherine à la fois fascinée et cruellement tourmentée par l’aventure où elle s’est elle-même plongée va perdre pied et au bout du compte, guidée par le goût de détruire, devenir elle-même la maîtresse de Chloé. Une passion naît entre les deux femmes qui submerge Chloé et l’entraîne à vouloir elle aussi, la destruction du couple. Or, le jour où Catherine décide de confronter Chloé à David, pour le confondre, elle découvre que la jeune femme n’a jamais été la maîtresse de son mari, que les comptes rendus de leurs entrevues n’étaient que pure invention.
Que le spectateur qui serait effrayé face au résumé de l’histoire soit tout de suite rassuré. Le sujet sulfureux qu’aborde "Chloé", ajoutant l’homosexualité à l’adultère, et bientôt le détournement de mineur puisque la jeune prostituée guidée par un autre désir de vengeance, devient aussi la maîtresse de l’enfant du couple, est complètement muselé. Les scènes sensées être brûlantes se passent dans des couchages si parfaits et tellement aseptisés, dans des décors tellement lustrés que l’effet se réduit à des moments de folie et d’emportement très mesurés,
presque sages, en tous cas démunis de la moindre charge érotique.
Le sujet aurait gagné à être, non pas échevelé mais un tantinet décoiffé pour qu’on y croie, pour que la dimension pathétique soit sauve. Les brushing restent tellement parfaits, quelles que soient les circonstances et après toutes sortes d’agitation, qu’on pourrait se croire dans un feuilleton digestif à la télévision. Et au milieu de tout ça, pouvait-on imaginer que tout ces gens de la haute société, vivaient dangereusement dans leurs appartements proprets ? Il leur faut savoir et le dénouement du film les renseigne sur ce point, que les murs de verre qui font le charme de leurs habitations, sont d’une telle fragilité qu’on peut, simplement d’un geste un peu brusque ou maladroit basculer dans le vide. A moins que ce soit une opportunité du scénario pour se débarrasser du personnage encombrant de la prostituée dont la survie aurait entaché la bonne morale de l’histoire et le retour à la vie exemplaire de toute la famille intacte.
A votre prochain film, Atom Egoyan !
Francis Dubois

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