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Clermont-Ferrand : festival du court-métrage Un festival en prise directe avec les difficultés et les inquiétudes de ce début de siècle.

Malgré le vent glacial et les bourrasques de neige, les files extérieures et les couloirs d’attente ne désemplissent pas à Clermont-Ferrand pendant le Festival du court métrage. Le public, majoritairement constitué de clermontois ou de proches voisins, est d’une fidélité à toute épreuve, toujours aussi curieux, allant, sans se lasser et souvent au pas de course, d’une salle du centre-ville à un amphithéâtre, échangeant impressions et conseils dans une bonne humeur que les longs temps d’attente n’altèrent pas.

Les programmations "International " et " France " semblent les plus courues, regroupant dans les salles un public "toutes générations" confondues. En revanche, les séances " Labo ", qui proposent un cinéma expérimental, comptent une population de jeunes, pour la plupart des étudiants, plus friands de recherche et d’innovation.

Cette année, Cuba était à l’honneur avec six programmations de six à sept films chacune, regroupant des courts tournés ces toutes dernières années. Quarante courts métrages de fiction qui permettent, à travers des œuvres de jeunes réalisateurs, de donner la photographie actuelle du pays. Ils y évoquent leurs vies, leurs rêves, leur attente d’un avenir, les conditions d’existence, les engagements frileux de la jeunesse quand il s’agit de reprendre le flambeau du combat.

Les trois programmes " Bz " avaient pour thème les insectes, mouches, cafards et autres moustiques. Trente-quatre films pour le choix desquels le Festival s’est vu écumer toutes les cinémathèques afin de découvrir de petites merveilles comme "Supermouche" l’histoire d’une mouche qui se prend pour Superman (1979) ou celle de ce curieux collectionneur à la recherche de " la dernière mouche" pour achever le damier de la décoration murale de son appartement (1987) ou encore celle de "Loom" le papillon de nuit qui, dévoré par une araignée, devient partie intégrante du piège où il est tombé.

Une programmation " Films en région " est là pour témoigner de l’importance de l’engagement des Régions à propos du cinéma en général et de la production de court métrages.

Mais ce qui était à noter dans les programmations "France " et " International", c’est la présence de films relatant les problèmes liés aux difficultés grandissantes auxquelles le monde est confronté. On ne compte plus le nombre d’œuvres traitant du chômage, de la précarité qui guette chacun, de celle qui menace quotidiennement les sans-papiers, des conflits dans le monde et de ses séquelles, de la souffrance au travail, de la cruauté, de la violence..

 

Une marchande de poissons au modeste étal est victime des violences de son mari alcoolique et chômeur (" Mujeres de Tirano", Vénézuela)

Un adolescent qui fait vivre sa famille de ses petits trafics voudrait partir tenter sa vie ailleurs mais il ne peut abandonner à leur misère ses frères et sœur (" Lambs" Nouvelle-Zélande)

Des factures impayées et la menace de se faire expulser de son appartement pèsent sur les épaules de Marcy qui fonde ses espoirs sur un jeu télévisé mirobolant où elle pourrait gagner de quoi éponger ses dettes (" Shoot the moon", Etats-Unis)

Myriam a treize et plus de chaussures pour aller à l’école. Devra-t-elle abandonner ou se livrer aux petits trafics pour lesquels elle est sollicitée. (" Calle ultima" Paraguay)

Heiko, fils de paysans d’une trentaine d’années perd son travail et part en ville tenter sa chance. Il en reviendra bientôt, avec pour seul trésor une part de gâteau pour ses parents ( "Daheim" Allemagne)

Habitant la Suède, Amir retourne en Bosnie-Herzegovine pour récupérer les ossements de ses parents assassinés pendant la guerre ("Prtjag" Bosnie Herzégovine).

Un vieux palestinien et son fils visitent le site archéologique d’une ancienne colonie juive. C’est le seul moyen pour eux de retrouver les traces de leur village d’où ils ont été expulsés vingt-cinq ans auparavant ( " Susya" Israël-Palestine)

Au cours de la même journée, des personnes sont victimes d’oppression, de violence et d’injustice. Et quand l’occasion se présente, les victimes deviennent les bourreaux ("Al Hesab" Egypte)

Trois jeunes gens sans projets d’avenir discutent au bas d’un immeuble de la banlieue d’Alger tandis que leur meilleur ami prépare sa valise pour la France ( "Demain, Alger" Algérie)

Leila et ses enfants vivent dans un campement clandestin. Elle doit retrouver son mari émigré en Angleterre. L’étau se resserre chaque jour un peu plus sur la famille .( " Sur le route du paradis " France)

Virginie travaillait dans une imprimerie en banlieue parisienne. Elle vient de perdre son emploi, mais ne peut s’empêcher de refaire, chaque jour, le chemin qui la menait sur son lieu de travail ("La dérive" France)

Battue, humiliée, épiée par son mari chômeur, une jeune femme réussira-t-elle à fuir son lieu de torture quotidienne ( "Fuir" France)

Sur un chantier perdu d’où devrait surgir un complexe hôtelier, trois ouvriers reçoivent la visite d’un représentant de leur employeur. Pour cause de compression de personnel, l’un d’eux doit être licencié. ( "La dernière caravane" France)

Un soir, à Alger, Myassa est agressée par un homme qui tente de la violer. Dans la capitale algérienne, il est aussi compliqué pour une jeune femme de déposer une plainte que de trouver un plombier pour rétablir l’eau courante dans son appartement ("Mollement, un samedi matin" France)

Un travailleur malien, faute de papiers, est contraint de retourner dans son pays. Les passagers de l’avion qui doit le reconduire s’opposent à son départ ("La France qui se lève tôt" France)

Deux frères qui s’étaient perdus de vue se retrouvent à l’occasion de la mort du père. L’un, sorti d’une Grande École peine à trouver du travail. L’autre artiste et marginal vit au jour le jour( "Ce qu’il restera de nous" France)

 

Mais le Festival de Clermont-Ferrand, c’est aussi des séances de courts pour les scolaires depuis l’école élémentaire jusqu’au lycée.

Un atelier cinéma existe en partenariat avec l’ENSACF qui est un regroupement d’écoles, de studios de création et de structures qui forment aux métiers de l’image. Différentes institutions se mettent au service des festivaliers pour les initier à la fabrication d’un film.

De nombreuses expositions gratuites existent en différents lieux de la ville : affiches de cinéma (Conseil Régional), collections privées de documents cinématographiques exclusifs (La Jetée) Les insectes bâtisseurs (Musée Henri-Lecoq), pour ne citer que celles-là.

 

2011 aura été encore une belle année pour le cout- métrage malgré une chute sensible des films ayant obtenu un visa d’exploitation du CNC (627 contre 675 en 2010).

Les films de fiction, majoritaires, représentent 80% de la production, suivis de loin par les documentaires et les films d’animation.

Le court métrage évolue en fonction des projets technologiques. Le nombre de films en 35mm est en nette diminution.

Après les promesses de 2005 où fut mis en place un plan d’urgence qui devait voler au secours du court-métrage, on ne peut que constater un désintérêt grandissant pour ce genre si riche dans sa diversité, dans ses recherches et dans son inventivité.

Les pouvoirs publics ne se manifestent plus que pour des événements de la taille du Festival de Clermont-Ferrand, ou pour soutenir une action ponctuelle comme "Le jour le plus court" en décembre dernier.

Les aides publiques pour un film plafonnent à 50% du budget quand les producteurs réclament 70%, chiffre qui, même atteint, resterait insuffisant.

Un court métrage n’est pratiquement pas exploité en salles. Sa destination n’a jamais été d’être une œuvre commerciale mais une œuvre de recherche menant à d’autres pistes cinématographiques, permettant la découverte de cinéastes nouveaux, de techniques nouvelles.

Les fonds régionaux demeurent une poche d’oxygène pour le court métrage.

La Région Poitou-Charentes et la Région Centre arrivent en tête avec, pour la première, une aide à hauteur de 313 000 € pour la fabrication de 11 fictions et de 70 000€ pour celle de 3 films d’animation.

La Région Centre a permis en 2011 la sortie de 14 courts pour une enveloppe globale de 450 000 € et une aide individuelle moyenne de 32 000 €.

Les chaînes de télévision sont souvent le premier financeur des projets. Canal+ reste le premier partenaire en matière d’investissement (Pré achats, achats et coproductions).

Sur 2,1 M€ investis, 1,4 € va en direction des projets français et le volume hebdomadaire de diffusion de la chaîne se situe entre 10 et 12h. Chaque film choisi peut être diffusé entre 10 et 15 fois.

France-Télévisions est également un partenaire précieux pour le court, que ce soit France2, France 3 ou France 4, ces chaînes interviennent à hauteur de 1,51 M€.

Arte (France-Allemagne) suit avec une collaboration de 836 000 € en 2011 assortie de diffusion régulière de courts et moyens métrages.

Par contre, la TNT, TF1 et M6 brillent par leur absence en matière de courts.

La diffusion de courts métrages en salles étant extrêmement rares, les recettes d’exploitation ne sont que de l’ordre de 2% du financement.

A partir du constat d’un si faible taux il s’agit de trouver d’autres formes de diffusion. Reste le recours à Internet qui n’est pas la panacée.

Cela dit, il faut savoir que le Festival de Clermont-Ferrand qui reste la vitrine mondiale du court métrage a subi une baisse drastique des subventions de deux collectivités locales.

Il a fallu, en conséquence, faire le deuil de la fête de clôture à la Coopé où des professionnels des 4 coins du monde échangeaient avec le public.

Passé à la trappe aussi, le traditionnel quotidien du Festival où étaient diffusés programmes, analyses, interviews.

Disparue également de la programmation générale, la séance " Minuit Rouge" consacrée à la Science-fiction.

A cela s’ajoutent une baisse sensible des invitations, de la prise en charge de professionnels et le non-remplacement de deux départs à la retraite, ce qui engagera un surcroît de travail pour le reste de l’équipe.

Et même si le CNC qui, malgré une menace sur ses recettes, a donné un coup de pouce à sa subvention, si la ville de Clermont a le projet d’équiper en projecteurs numériques les salles de la Maison de la Culture, l’avenir du Festival ne cesse de s’assombrir.

Aura-t-il, dans les prochaines années, la possibilité de maintenir une programmation mondiale si riche et si nécessaire ?

 

Francis Dubois

 

 

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