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Compte rendu du stage Français / langues vivantes du 17/12/2002 à Rennes

Introduction :
Ce stage s’inscrivait dans la réflexion du Snes sur la maitrise de la langue : enjeu majeur pour que l’idéal de démocratisation du système éducatif soit atteint.

Ce stage de Rennes n’était pas un mini-colloque maitrise de la langue car une entrée a été privilégiée : celle de la didactique des langues.

Il s’agissait de s’interroger sur une collaboration possible entre enseignants de français et ceux de langues vivantes face aux difficultés des élèves à maitriser leur langue maternelle et à comprendre les faits de langues. Jean Pierre Cuq avait pour mission d’aborder en particulier la question de la grammaire pour nous donner des pistes nous permettant d’imaginer des passerelles entre enseignement du français langue maternelle et l’enseignement des langues vivantes. Il devait tenter de répondre à quelques questions : Faut il enseigner la grammaire ? Quelle grammaire ? Une terminologie commune (qui éviterait les confusions entre les terminologies différentes) est elle envisageable ?

Jean Pierre Cuq est Professeur de FLES à l’université de Provence. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont un "Cours de didactique du FLES" publié aux PUG et une "introduction à didactique de la grammaire en FLE".

Voici quelques notes prises lors de ce stage. Elles sont très partielles. Pour plus de détails, voir le compte rendu du livre de J. P Cuq.

Didactique des langues :

JP Cuq a défini la didactique par rapport à la pédagogie, par rapport à la methodologie. Selon lui, la didactique n’est pas un art mais un métier.

Il a ensuite évoqué les concepts organisateurs de la didactique : par exemple le champ, adoptant la conception de Pierre Bourdieu.

Il a défini la langue comme un objet d’enseignement et d’apprentissage ; la grammaire, comme une somme de connaissances qui ne doit pas être confondue avec la linguistique (le linguiste décrit la langue).
Il ne faut pas confondre non plus acquisition et apprentissage d’une langue : l’acquisition d’une langue maternelle se fait par imprégnation, comporte un aspect non volontaire. On peut parler d’un système extensif non guidé alors que dans l’apprentissage, il y a un système intensif guidé. Ces 2 systèmes ne sont pas étanches. Un étranger qui apprend le français en France peut avoir recours aux deux systèmes. Dans l’apprentissage, il y a l’apprenant et l’enseignant réunis dans une classe où il y a compression du temps, de l’espace, de l’objet (l’enseignant opère des choix).

Dans une classe, l’enseignant donne des outils à l’apprenant. Ces outils sont la grammaire, le lexique, la littérature ,...

Utilisant une formule un peu provocatrice, JP Cuq a dit que la grammaire ne sert à rien si ce n’est à former des enseignants. Selon lui, ce qui est nécessaire, c’est un enseignement grammaticalisé des langues.
Il a donné la définition suivante de la grammaire en didactique : « c’est une activité double : elle est le résultat de l’activité heuristique qui permet à l’apprenant de se construire une représentation métalinguistique organisée de la langue qu’il étudie. Elle comporte le guidage par l’enseignant de cette activité en fonction de la représentation linguistique qu’il se fait de la langue qu’il enseigne. »
C’est une activité double parce qu’elle concerne enseignant et apprenant.

Quant à la représentation, elle est synonyme d’hypothèses sur le fonctionnement de la langue. Le terme métalinguistique signifie qu’on a recours à des termes techniques.

L’enseignant doit avoir un système de représentation qu’on peut appeler grammaire.
Enseigner la grammaire, c’est enseigner un savoir pré-construit.

JP Cuq a ensuite évoqué le traitement de l’erreur en classe de langue :
Pour Bachelard, l’esprit est pur puissance d’erreurs. L’erreur peut être positive mais il faut éviter qu’il y ait fossilisation des erreurs (il faut corriger les élèves assez tôt pour qu’ils ne répètent pas les mêmes erreurs). Une méthode impliquant une correction immédiate et exhaustive peut cependant engendrer la saturation de l’élève. L’analyse contrastive peut être utile a posteriori pour expliquer les erreurs des apprenants. La langue maternelle est bien sûr un outil utilisable.

JP Cuq a sur ce point conseillé la lecture de La grammaire des fautes de Henri Frei.
Il a dit que l’enseignant peut cibler la correction en fonction de l’évaluation prévue (lexicale, grammaticale,..).

Les phases intermédiaires d’apprentissage (entre l’emploi de on et celui de nous par exemple en français) ne doivent pas être oubliées. Il faut passer de la libre expression à la reformulation puis à l’emploi du métalangage et à la correction grammaticalisée.
Il a mis en garde contre la tyrannie de la norme : En effet, toutes les langues évoluent géographiquement (entre le nord et le sud de la France), historiquement, socialement.

Il a défini la conceptualisation : (il a cité Henri Besse et Rémi Porquier, auteurs de Grammaires et didactique des langues). La conceptualisation est une prise de conscience d’un fonctionnement linguistique qui passe par plusieurs phases.

Il y a d’abord prise de conscience d’un manque puis émission d’hypothèses, modification éventuelle de la règle élaborée et enfin, vérification.

Il s’agit d’apprendre aux apprenants une méthode. Il ne faut pas confondre processus d’acquisition et savoir.
Quels points faut -il focaliser ? Cela dépend de la maturité langagière des apprenants.

Mémorisation : elle est nécessaire et elle doit être faite hors de la classe.

Métalangage : il y a nécessité de se mettre d’accord sur une terminologie, de mettre en place un métalangage réutilisable.

Il ne faut pas oublier qu’en français, il existe une nomenclature officielle.

Grammaire de phrase ou grammaire de texte ? Les enseignants disent aux apprenants : faites une phrase. Ils devraient leur dire : faites deux phrases car ainsi, il y a embryon de discours.

Quand faire de la grammaire ? On ne devrait faire de la grammaire qu’au lycée. L’éveil aux langues utilisée à l’école primaire est une méthode intéressante car en montrant les différences d’une langue à l’autre, elle favorise les exercices de manipulation. Il faudrait donc avoir recours d’abord à la manipulation linguistique, à l’enseignement grammaticalisé puis, au lycée, à l’enseignement de la grammaire. La nomination ne doit venir que dans un deuxième temps.

Quelques remarques des participants au stage :

Sur le cadre européen commun de référence que JP Cuq a présenté positivement. J’ai précisé que ce cadre européen de référence est un outil qui évalue les compétences linguistiques mais pas les compétences culturelles or enseigner une langue, c’est aussi enseigner une autre manière de penser.

Sur l’évaluation : la nécessité de dissocier l’évaluation de la compréhension (qui peut éventuellement se faire en français) de l’évaluation de l’expression.

Sur la terminologie : par exemple l’emploi ou non de déictique ? Jean Pierre a rappelé que la nomination n’est pas le plus important.

Les collègues d’anglais ont évoqué les stages organisés par l’institution sur la linguistique de l’énonciation, stages qui leur ont permis d’enseigner différemment.

Conclusion :

Ce stage avait pour objectif de réfléchir à des pistes permettant de créer des passerelles entre l’enseignement du français et celui des langues vivantes. Vaste chantier qui sera poursuivi lors du colloque maitrise de la langue les 14 et 15 janvier 2003 [1] et ensuite, dans chaque établissement, et lors de stages à venir.

Thérèse Jamet-Madec

Notes

[1La publication des actes du colloque (prévue en mars 2003) sera annoncée dans l’US

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