JRD et stages

Compte-rendu du stage Lettres à Lyon - 3 mars 2016

Le stage a réuni une vingtaine de collègues, principalement enseignants de Lettres modernes , majoritairement de collège. Les nouveaux programmes de collège et les conditions d’enseignement à prévoir avec la réforme ont été bien sûr les questions les plus débattues. Cependant celle du lycée a aussi été traitée.

Quels contours pour notre discipline ?

Dans les programmes actuels, du collège comme du lycée, la définition de la discipline « français » est floue. Elle comprend l’étude de la langue française (français écrit quasi exclusivement) et l’apprentissage de la lecture des textes littéraires bien sûr. Mais peu à peu se sont ajoutées l’analyse des médias, la recherche documentaire, l’analyse d’images, l’histoire des arts… quand ce n’est pas la sécurité routière ! La question se pose à chaque enseignant de savoir que privilégier car les programmes ne hiérarchisent pas vraiment cette énumération et ne fixent pas nettement les objectifs à atteindre à chaque niveau de la scolarité.

La conséquence est une impression de dispersion, que partage l’ensemble des collègues présents au stage.

Quels débats à trancher ?

Les difficultés d’un grand nombre d’élèves pour écrire et parler correctement le français, pour interpréter des textes, même faciles en apparence, sont connues. Le professeur de français les affronte tous les jours, comme il peut. Le sentiment qu’il faut rénover les programmes est partagé mais les solutions à adopter font débat.

Faut-il parler de maitrise de la langue ou d’étude de la langue ? Le cours de français doit-il faire apprendre des règles de grammaire, d’orthographe, des listes de vocabulaire et entrainer les élèves à les appliquer grâce, principalement, à des exercices ? Ou faut-il apprendre à observer, analyser les faits de langue pour en comprendre le fonctionnement et espérer ensuite que ce regard réflexif sur la langue française permette d’en maitriser peu à peu l’usage ?

Quels textes faut-il donner à lire et à analyser aux élèves ? Faut-il tout concentrer sur la littérature patrimoniale, afin de donner à tous les élèves cette culture qu’ils ne peuvent acquérir ailleurs qu’à l’école et qui serait sans cela l’apanage d’une petite classe de privilégiés ? Faut-il élargir cette culture, avec la littérature contemporaine, la littérature jeunesse (en collège) ? L’école doit-elle apprendre aux élèves à comprendre, analyser, critiquer les discours des médias, les textes non littéraires et est-ce le rôle du cours de français ?

Une chose est sûre, ces choix ne peuvent pas relever de la seule responsabilité de chaque enseignant comme c’est le cas aujourd’hui, car c’est ce qui fait le lit des inégalités.

Comment préserver la discipline dans le cadre de la réforme du collège ?

La réforme du collège attaque tous les savoirs disciplinaires mais les langues anciennes et le français sont particulièrement touchés. La priorité est donc de retrouver des horaires suffisants pour mener à bien les apprentissages. Il faut aussi des conditions d’étude plus favorables. Impossible d’apprendre aux élèves, par exemple, à écrire correctement dans une classe à 30. Il faut donc à la fois un horaire hebdomadaire abondé et des dédoublements pour toutes les classes.

Quant aux langues anciennes, il est évident qu’il faut rompre avec cette disjonction entre EPI et enseignement de complément, véritable escroquerie, et retrouver un horaire décent de la 5ème à la 3ème.

Sur un plan pratique, il est essentiel qu’AP et EPI n’amputent pas l’horaire de français. Pour cela, il faudrait veiller à ce que ces pseudo dispositifs soient conduits pas le professeur de français dans sa classe (et non en barrette avec d’autres classes), si l’horaire d’AP ou EPI est pris à cette discipline. Sans cela, le cours de français pourrait être réduit à 3,5h ou même 3h par semaine…

Quels débats autour du nouveau programme de collège ?

Les « innovations » du programme sont assez nombreuses et les avis sont souvent partagés.

Les programmes par cycle sont unanimement jugés irréalistes car il est impossible pour les enseignants de mener, en équipe, dans un temps quasi nul, une répartition satisfaisante des notions et attendus pour chaque année du cycle. Le cycle 3, à cheval sur CM et 6ème, est encore plus farfelu. Le désarroi des collègues TZR présents au stage est manifeste, eux qui devraient se plier à plusieurs répartitions de programme différentes dans les établissements fréquentés au cours de l’année !

La présentation du programme en 3 volets et sous forme de tableaux ne convainc pas grand monde, le travail de lecture n’en est pas simplifié ! Les « attendus de fin de cycle » sont trop généraux pour être vraiment un guide pour l’enseignant.

Le programme opère, sur plusieurs aspects, un retour sur celui de 2002 : décloisonnement et organisation en séquences, retour de la littérature jeunesse, priorité à l’étude de la langue et à la compréhension des régularités plutôt qu’à la simple « maitrise de la langue », importance redonnée à l’argumentation.

Il innove principalement sur deux points : l’apprentissage des codes du français oral (surtout au cycle 3) et une entrée par problématique et thématique pour l’analyse des textes (littéraires ou non), plutôt que par les genres ou l’histoire littéraire. Ce dernier point a beaucoup alimenté le débat pendant le stage, les collègues étant partagés sur l’intérêt de cette entrée par problématique. Elle est jugée réductrice par certains qui craignent que cela limite leur liberté pédagogique. Une collègue a particulièrement défendu ce point de vue. D’autres attendent pour juger mais estiment qu’un renouveau est nécessaire. Sans abandonner l’apprentissage des notions littéraires, en particulier celles relevant des genres, des courants littéraires, de la stylistique, l’entrée par la problématique pourrait permettre de mettre mieux l’accent sur les enjeux du texte.

Nous nous sommes demandé si le SNES sortait de son rôle s’il faisait aux collègues des suggestions pour mettre en œuvre ce programme, par exemple en proposant une répartition des notions et attendus par année ou en donnant des idées de séquences. Majoritairement, les participants au stage sont favorables à une telle démarche, dans le but de simplifier le travail de chacun, travail qui s’annonce incommensurable.

Que revendiquer pour l’enseignement du français en lycée ?

L’écart de contenus et d’attentes entre la 3ème et la 2de est très important, comme le mesurent tous les professeurs de français en lycée. Il ne va pas être réduit avec la réforme du collège, du fait, surtout, de la réduction d’horaire. En 1ère, les épreuves de l’EAF sont restés telles quelles, ou presque, depuis plusieurs décennies et elles sont maintenant inadaptées aux possibilités, aux gouts et aux besoins des élèves, surtout en séries technologiques.

Tous les participants au stage s’accordent pour dire qu’il faut changer les programmes et les épreuves. Plusieurs suggestions sont avancées :

  • Des programmes et des exercices différents en fonction des séries.
  • La littérature doit être en bonne place dans tous les programmes mais avec des enjeux et une importance diversifiés en fonction des séries. Si la série L doit rester essentiellement littéraire avec une place importante accordée au patrimoine, les autres séries doivent s’ouvrir davantage à la littérature contemporaine et aux discours non littéraires. L’analyse des médias notamment n’est pas spontanée et qui d’autre que le professeur de français pourrait l’enseigner ?
  • Pour les séries technologiques, le programme doit aussi porter plus explicitement sur l’étude de la langue, dont la maitrise est, en général, loin d’être acquise.
  • Les épreuves de l’EAF doivent être profondément renouvelées. La dissertation littéraire devrait être réservée à la série L, de même que le commentaire littéraire. Ce sont des épreuves de spécialistes. Pour les autres séries, nous suggérons de donner plus de place à la question sur corpus, dont la réponse pourrait être plus approfondie, plus étayée. Ensuite les élèves pourrait avoir le choix entre un écrit argumentatif à partir du corpus ou un écrit personnel de type « critique littéraire » à partir d’un texte littéraire, fourni avec des éléments de contexte sur l’auteur, la période…
  • L’épreuve orale ne semble pas justifiée, hormis pour la série L. Elle pourrait alors se faire sur un texte inconnu, l’élève ayant deux heures de préparation.

Évidemment, tout cela est à discuter et affiner mais il nous semble qu’il y a là des pistes intéressantes. Toute autre suggestion sera la bienvenue !

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