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Un fil de Göran Hugo Olsson

"Concerning Violence" Sortie en salles le 26 novembre 2014.

Franz Fanon qui découvre la réalité coloniale avec sa nomination comme médecin chef dans un hôpital en Algérie, s’engage en 1954 auprès de la résistance nationaliste avant de rallier le journal du FLN.

C’est à partir des textes de celui qui affirmait : " Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence" , que Göran Hugo Olsson a conçu son film " Concerning Violence" .

Mais son désir irrépressible de réaliser un film à partir du livre de Franz Fanon " Les damnés de la terre" que lui avait confié un éditeur suédois, allait le confronter à une série d’obstacles :

Quel film tirer d’un ouvrage qui n’est pas une fiction mais un essai ?

Comment faire pour garder intacte la force du livre avec des moyens spécifiquement cinématographiques ?

Ses hésitations à propos du choix de la forme sont allées jusqu’à imaginer d’en faire un film d’animation.

Un capital d’images provenant d’archives sur les différents épisodes de la décolonisation existant en Suède et mis à sa disposition, allait donner une dimension d’autant plus universelle au film qu’elles font écho à de nombreux événements actuels.
Cinéma : "Concerning violence"
Göran Hugo Olson allait disposer pour monter son film de dix heures d’archives exceptionnelles (et de beaucoup d’autres moins utilisables) provenant de la Suède qui, à l’époque, plutôt que d’acheter des informations provenant des États-Unis, de la France ou de l’URSS, avait pris la décision de couvrir elle-même les événements.

"Concerning violence" s’ouvre sur deux épisodes contrastés :

Un entretien avec la théoricienne Gayatri Chakrovorty Spivac qui présente à la fois le texte de Franz Fanon et le film lui-même.

Des images de soldats portugais tirant sur des vaches depuis un hélicoptère.

Des images brutales et saisissantes qui ont un pouvoir métaphorique puisqu’elles représentent un acte gratuit, totalement inutile, qui est l’essence même de la violence en même temps qu’elles véhiculent l’image du pouvoir et de la peur.

Avec cette double introduction, le film garde pour le spectateur quelque chose de l’expérience de la lecture d’un essai et donne l’image de l’absurdité d’une guerre, à fortiori quand l’une deux parties ne dispose d’aucun moyen de riposte.

Aux images d’archives s’ajoutent des entretiens saisissants et parfois contestables comme celui avec Robert Mugabe évoquant la guérilla en Rhodésie du Sud sans qu’à aucun moment il ne soit fait référence à la nature dictatoriale du régime qu’il a présidé par la suite.

Le film a le mérite de revenir sur Franz Fanon visionnaire et l’une de ses œuvres les plus marquantes où il affirmait que l’établissement de régimes post coloniaux subirait l’effet boomerang de la violence des anciens colonisés.

La multiplication des études qui sont réalisées sur le post-colonialisme prouve à quel point ces épisodes restent d’une actualité brûlante, reliés en de nombreux points au contexte actuel, à ce qui vient de se passer à Gaza ou à la situation irakienne entre autres…

Francis Dubois

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