Actualité théâtrale

Jusqu’au 6 février au Théâtre National de Chaillot

« Contact »

Cela fait un certain temps que Philippe Découflé rêvait d’une comédie musicale et la voici. Il y a Méphistophélès, le docteur Faust vêtu d’or, Marguerite bien sûr, des anges et aussi Dieu. Même si ce n’est pas vraiment une comédie musicale, on y trouve des réminiscences de l’âge d’or des cabarets de Broadway et une esthétique très cinématographique. Il y a de l’érotisme : une danseuse en robe rouge fendue, qui nous renvoie à Cyd Charisse, dialogue avec une danseuse montée sur des pointes vertigineuses. Il y a des blondes en escarpins à talons aiguilles, mais aussi une femme avec un abat-jour sur la tête et, oh surprise, on peut l’allumer !

Théâtre : contact

Philippe Découflé fait dialoguer les moments intimes souvent poétiques, où évoluent un ou deux danseurs, et les fresques collectives inventives énergiques et rythmées. On passe de l’univers de l’expressionnisme allemand, avec son décor géométrique noir et blanc, à la frénésie de West Side Story, où les couleurs claquent. Les styles se mêlent, on passe de l’énergie du Harlem shake aux poses du voguing et aux jetés du rock. Les danseurs glissent, s’envolent, les genres se mélangent, la poésie alterne avec le burlesque, des anges passent un patin à un seul pied, des jambes de danseuses glissent sur le sol, le nez et le visage dans les nuages, tandis qu’une merveilleuse acrobate s’envole. Dans ce monde merveilleux tout se mêle, un costaud noir est habillé d’une robe jaune d’or, des femmes deviennent des hommes. Philippe Découflé nous a habitués à un usage magique de la vidéo. Ici les images préfilmées ou captées en direct (magnifique travail vidéo d’Olivier Simola et Laurent Radanovic) démultiplient à l’infini les danseurs en un ensemble kaléidoscopique, tourbillonnant comme dans les films de Busby Berkeley. L’image d’une femme enceinte en se multipliant devient ellipse évoquant un vol d’oies sauvages. Le travail sur la lumière contribue à créer une atmosphère tantôt éclatante, tantôt étrange et poétique. Nosfell a écrit une partition musicale qu’il chante accompagné par Pierre Le Bourgeois. Elle nous emmène dans des paysages sonores qui renvoient aux souvenirs de l’Opéra de quat’sous, au rock des années 70 et aux B.O de films.

Ils sont seize en scène, danseurs, acrobates, chanteur et musicien, tous bourrés de talent. Ils nous font entrer dans un monde où se mêlent le bizarre, le spectaculaire, le poétique, l’humour et le burlesque. On est au théâtre, au music-hall, au cinéma et c’est merveilleux.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30, relâche le lundi

Théâtre National de Chaillot,

1 Place du Trocadéro, 75116 Paris

Réservations : 01 53 65 30 00

En tournée ensuite, du 26 au 28 mars à l’Espace Malraux à Chambéry, du 1er au 3 avril au Théâtre de Saint Quentin en Yvelines, nombreux autres lieux ensuite.

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