Evaluation des enseignants

Contribution de Françoise LANTHEAUME et débat au cours du séminaire sur l’évaluation du 6 mai 2010

Contribution de Françoise Lantheaume Université Louis Lumière Lyon II Laboratoire Education et Politique (Lyon II et INRP)

1) Introduction

L’évaluation articule deux niveaux :
- Le point de vue le plus macro : c’est la dimension politique : comment le triomphe de la mesure et de l’évaluation est lié au pouvoir, à la puissance.
- Le point de vue le plus micro : c’est la dimension du travail au plus concret. Le travail de recherche ici consiste à donner du sens à ce qui est perçu par les enseignants, avec l’ambition de pouvoir comprendre le travail.

2) Le triomphe de la mesure et de l’évaluation

Au départ, il y a l’idée que tout est mesurable et peut être quantifié. Mais c’est lié à la force des Etats : maîtriser la mesure pour asseoir la puissance.
Dans le débat Obama – Mac Cain sur l’éducation l’accord était profond sur l’idée que l’éducation doit servir la puissance des Etats-Unis. Pas besoin de discours humaniste pour exprimer l’enjeu politique énorme qui pèse sur l’éducation.
Le monde anglo-saxon a développé une logique d’évaluation construite à travers des standards. Elle a été reprise dans les évaluations internationales comme PISA…
Elle est fondée sur la construction d’une norme à caractère universelle qui définit l’enseignement et les contenus à enseigner : les « compétences ».
C’est en contradiction avec la dimension culturelle de l’éducation propre à chaque pays.
Le présupposé est que l’éducation doit être évaluée par ses résultats. Cela permet et oblige les personnels à rendre compte (« accountability ») de leur travail.
Le pilotage du système éducatif peut alors se faire à partir des objectifs fixés et imposés sous forme d’indicateurs qui deviennent la règle. Au niveau local l’autonomie apparente laissée aux enseignants et aux établissements consiste à élaborer des projets qui s’inscrivent dans la règle imposée c’est à la fois une autonomie exigée et une autonomie empêchée.
Ce gouvernement par les normes considère que tout est mesurable : ce qui ne l’est pas n’existe pas (le travail réel par exemple). Dans la production de services qui doivent être co-construits avec l’utilisateur, cette évaluation devient très problématique.
Le développement d’une instrumentalisation s’impose et constitue un point de passage obligé à laquelle personne ne peut se soustraire. En comparant les résultats constatés et les résultats attendus, ce qui semble aller de soi, on se transporte vers une logique de concurrence, sans que ce soit visible.
Ce néo-management arrive très vite dans le secteur de l’éducation avec la logique de l’individualisation de l’évaluation, les indicateurs chiffrés individualisés, l’individualisation de la carrière en fonction des résultats, le mode d’organisation du travail pilotée par le haut…
L’évaluation du résultat du travail des enseignants débouche sur son contrôle par les chefs d’établissement : le contrôle de la conformité à la règle, aux indicateurs…

3) Qu’en est-il alors du côté du travail ?

On est amené à s’intéresser au travail des enseignants. Ce qui ne va pas de soi. Notre enquête sur les difficultés des enseignants (au lieu de parler des enseignants en difficulté : catégorie sans consistance forgée par l’administration), nous a conduit à nous intéresser à l’activité des enseignants. Le lien difficultés/travail tend à s’effacer derrière le lien difficultés/personnes selon l’institution, mais aussi selon les enseignants.
Nous avons été amenés à aller voir là où les gens travaillent, à considérer leur travail comme une activité située singulière et une activité sociale qui met des gens en relations entre eux et avec un environnement particulier, qui s’enracine dans l’histoire du métier.
Tout cela ne va pas de soi. C’est un sujet un peu tabou aux yeux des enseignants eux-mêmes. D’emblée, c’est une vague de plaintes qui submerge tout. Or il n’y a pas coïncidence entre la plainte, les difficultés et la souffrance.
Notre hypothèse est que la plainte constitue une sorte d’élément de socialisation dans le métier (les néo-titulaires y viennent progressivement) ; c’est une façon de dire au monde la difficulté du métier ; finalement elle fait écran à la réticence à parler du travail.
Les difficultés du métier renvoient d’abord à la responsabilité personnelle, sur le mode individuel et à la culpabilité qui l’accompagne…
Finalement, il nous faut revenir à la question : qu’est-ce que c’est que le travail ? Travailler ça n’est pas appliquer, c’est inventer des solutions face à l’inattendu. La difficulté va se nicher dans la capacité à agir dans la situation. Elle renvoie aux ressources disponibles pour agir. Elle naît de l’écart entre ce qu’on nous demande de faire et ce qu’on est en capacité de faire en fonction des ressources à notre disposition ou que l’on peut individuellement ou collectivement créer.

4) La souffrance des enseignants a partie liée avec la reconnaissance et donc avec l’évaluation.

La reconnaissance du travail peut être analysée comme une reconnaissance par la hiérarchie, par les collègues, par les usagers, par la société.
Selon Christophe DEJOURS, la hiérarchie est censée porter un « jugement d’utilité », portant sur la conformité à la prescription et à l’utilité sociale. Actuellement, cette reconnaissance manque cruellement aux enseignants qui reprochent aux inspections de ne pas prendre en compte le travail situé, les conditions spécifiques de leur situation et aux chefs d’établissement de ne rien connaître à leur discipline. L’inspection, épreuve toujours redoutée a un fort enjeu de carrière, mais un faible enjeu professionnel. Des chefs d’établissement, on attend au mieux qu’ils n’empêchent pas de travailler.
Toujours selon Christophe DEJOURS, les collègues, les « pairs » prononcent un « jugement de beauté », la conformité aux règles du métier qui font consensus dans la profession, « le genre du métier » et la façon de faire individuel « le style ». Cela nécessite de pouvoir en parler entre pairs et donc d’être en confiance, de pouvoir dire ce qu’on fait y compris les transgressions aux règles, les tricheries pour faire ce qui nous est demandé de faire. Cela suppose des coopérations entre collègues, des collectifs de travail. Cela demande du temps, des temps de respiration… : une organisation du travail adaptée. Tous ces échanges et controverses mêmes sont sensés nourrir les règles du métier. Or les conditions d’exercice faites aux enseignants empêchent que ce jugement de beauté puisse s’exprimer, et l’idée que le statut suffit à protéger les individus entrave la coopération.
Concernant les usagers (pour ne pas dire clients), les réponses des enseignants dans notre enquête à la question « qu’est-ce qui est le plus important pour vous du point de vue du jugement sur votre travail », c’est celui des élèves. Cette affirmation ne tient pas quand on approfondit un peu. Les élèves ne peuvent pas juger les dispositifs pédagogiques… Les enseignants y cherchent une preuve de la réussite de leur travail d’intéressement qui est au cœur du travail enseignant : bien sûr il y a des degrés dans les difficultés à intéresser les élèves, selon les niveaux, les disciplines, les publics surtout. Mais partout, c’est au centre de la vigilance et même l’hypervigilance des enseignants dans l’exercice concret du métier ; cela crée de l’incertitude, l’impression d’un sol meuble et d’être en déséquilibre permanent. Le travail de rééquilibrage ainsi demandé et l’engagement disproportionné par rapport aux résultats des élèves, provoque usure, souffrance ordinaire ; il ouvre vers le développement de pathologies. Il peut se manifester par un sentiment de perte du sens du métier, de dégoût…
Enfin, la reconnaissance par la société du travail enseignant est prise dans une contradiction. Les enseignants sont très sensibles à l’image de privilégiés que les médias, les politiques, la société leur renvoient. En même temps, les sondages d’opinion leurs sont favorables.
Au total, face à une vraie défaillance de l’évaluation du travail des enseignants, il leur reste « l’idéal du métier ». Mais c’est très pathogène ; cela se traduit par un doute généralisé des enseignants qui ne savent jamais s’ils font un bon travail, un décalage permanent entre leur investissement dans leur métier et les résultats des élèves. C’est une source de découragement et d’usure, ce qui mine le corps physique et professionnel.
Le néo-management même encore soft dans l’éducation (pour les enseignants du moins) ne peut amener cette reconnaissance, bien au contraire.
Et pendant ce temps, le travail change, s’intensifie, se métamorphose, devient plus protéiforme.

5) Le travail se métamorphose

Le travail enseignant passe de la logique du mandat, de la mission, à une logique de service. La société déléguant aux enseignants le soin de produire des citoyens, des individus épanouis, cultivés… Leur carrière correspondait à cette mission.
Avec la mise en œuvre des politiques de dérégulation, c’est la qualité du service et son évaluation qui deviennent centrales. Les politiques de décentralisation ont prôné le rapprochement du service public du terrain, la libération des énergies au niveau local, les arbitrages et la régulation au niveau des établissements comme source d’efficacité.
On est entré dans un nouveau contexte : la société critique au sens de BOLTANSKI, pour le meilleur et pour le pire. Rien ne va de soi, ni la famille, ni la religion, ni l’école. La compétence critique est largement partagée et s’applique aussi aux résultats de l’éducation, se transforme souvent en simple critique de dénonciation. La société fondée sur la négociation, l’horizontalité, la contractualisation fait place à une société verticale. C’est aussi le fruit de l’éducation.
Le Bulletin Officiel de la rentrée 2009 développe la notion de service à rendre à la population. Le service se construit dans un réseau d’interactions, inclut la négociation : la norme n’est plus donnée. Le travail enseignant perd de sa spécificité et se moule dans les grandes tendances de fond de l’évolution du monde du travail : travail par projets où la hiérarchie semble disparaître, évaluation aux résultats, injonctions à l’autonomie…
Le contenu du travail se transforme : travail bourgeonnant avec la diversification et l’empilement des tâches, l’intensification du travail. Le champ du travail s’élargit et aussi les critères d’évaluation.

6) Que signifie bien faire son travail an niveau des établissements ?

C’est à la fois faire réussir au bac, être plus efficace dans tous les domaines, assurer le bien-être des élèves, répondre aux attentes contradictoires des parents…
Ces logiques en tension sont au cœur de l’établissement.
Ces exigences multiples constituent une épreuve pour les enseignants. La subjectivité de chacun est convoquée. Entre les trois pôles du triangle, ça ne colle plus :

Missions, projet politique, valeurs d’égalité
Les objectifs fixés par l’organisation du travail.
Le réel du travail, les ressources disponibles pour bien faire son travail (ressources personnelles, celles liées au métier, au collectif…)

Il n’y a plus adéquation. On est dans le travail impossible, le travail empêché.
Le mystère de la souffrance peut s’expliquer : ceux qui craquent sont ceux qui ont la plus haute idée de leur travail, de ses valeurs, de sa qualité… c’est pour cela qu’ils souffrent le plus. Pour l’administration, il y a des enseignants fragiles, en difficulté. Pour nous, les enseignants ont des difficultés croissantes pour exercer leur métier ; personne n’en rencontre pas ; elles sont intégrées au travail.
Il y a d’ailleurs une particularité dans le langage des enseignants qui parlent de leur métier : ils euphémisent les difficultés tout en développant la métaphore de la guerre et du front.
Comment prendre en compte les réalités de la situation dans l’évaluation du travail enseignant ?
Face à l’évaluation, les enseignants sont dans une grande solitude. Faire classe, faire la classe, ça n’est pas considéré comme suffisant pour être bien noté.
Le réel du travail dans toute sa complexité, son intensité, sa diversité n’est pas pris en compte : quelles sont les traces de cette activité qui permettraient d’objectiver le travail pour l’évaluer ? Le cahier de texte ? Les résultats des élèves ?
L’imposition d’indicateurs déconnectés du travail produit surtout des dérives, des tricheries pour obtenir les résultats conformes à ceux attendus.
Peut-on inventer de bons objets et de bonnes méthodes d’évaluation dans la définition desquelles les enseignants seraient partie prenante ?
Les enseignants manquent un peu d’idées pour élaborer des contre propositions aux logiques actuelles. Il faudrait des évaluations qui prennent la mesure de la spécificité de la situation et du réel du travail et associer les enseignants, collectivement, à la définition des critères.

7) Quels enseignements pour le syndicalisme ?

Il y a urgence pour le syndicat à se préoccuper du travail pour mieux se saisir du métier. Toujours interroger le travail et ses enjeux car c’est lui qui est attaqué actuellement, et, à travers lui, la fonction même de l’éducation et de la culture, l’humain.
Socialiser et politiser la question du travail enseignant est à l’ordre du jour pour le sortir du sentiment de défaillance individuelle tout autant que de la dénonciation sans issue.
Comment ?
Prendre le travail par sa dimension de fierté plutôt que par la dévalorisation, sortir du cycle dépressif et entrer dans l’offensive qui passe par l’affirmation de la beauté et de l’utilité du métier et de ses professionnels.

Obliger l’administration à avoir le souci de la qualité des conditions de travail, de la collégialité…comme ressources indispensables pour bien faire son travail, à la hauteur des exigences de soi, du métier, des pairs, de la société, des utilisateurs, de la hiérarchie elle-même….

Prendre en charge la question du temps pour les enseignants : le temps du travail, de son évolution selon le modèle du changement dans la continuité qui est celui observé chez les enseignants, ne peut trouver des conditions favorables dans un agenda politique caractérisé par la succession de plus en plus rapide des réformes.
Le temps des échanges informels entre collègues, au sein des équipes, est décisif pour développer les collectifs de travail et le travail collectif qui est une protection pour les enseignants : ils permettent d’établir des repères communs qui sont des ressources, des boussoles pour l’activité quotidienne, face aux arbitrages permanents.

Favoriser les collectifs de travail, ça n’est pas la même chose que les équipes instituées. Ça se fait plus dans l’informel, dans une organisation du travail qui laisse des temps de respiration.

Faire de la santé au travail une question syndicale de première importance.

Prendre en compte syndicalement la question de la porosité entre les sphères de la vie : professionnelle, domestique, citoyenne…
Le syndicat doit aussi s’interroger sur ses représentations du travail. Comment historiquement ont évolué les rapports entre le syndicalisme et la question du travail et de son organisation.
S’interroger sur les pratiques syndicales à partir des expériences syndicales de prise en charge de la question du travail. Mettre le travail au cœur de l’activité syndicale entraîne des transformations de celle-ci : lesquelles ? Comment ne pas perdre le rôle joué par les syndicats de décrypteurs des diverses mesures et réformes, puissant point d’appui réflexif pour les enseignants, tout en se préoccupant et en défendant ce qui est au cœur des attaques : le travail, les solidarités professionnelles, la possibilité de l’éducation ? Comment passer de la dénonciation défensive à l’attaque à partir d’un métier non pas fossilisé mais qui se réinvente et se pose à nouveaux frais la question de son rôle dans l’existence d’une école démocratique. La possibilité de mener à bien ce débat est aussi lié au combat pour élargir la diversité sociale des enseignants, la mastérisation risque d’aller à contre-courant.

Débat

Marc Neveu, SNESUP
Les personnels du supérieur, l’an passé, se sont mobilisés au nom de la qualité de l’enseignement et notamment contre les projets d’évaluation.
Actuellement, nous sommes sans cesse évalués avec des conséquences directes sur la carrière : évaluation par les pairs, par les équipes, évaluation quadriennale par une instance non définie Avec l’individualisation de l’évaluation, l’objectif est d’adapter les services des professeurs aux services des facs.

Françoise LANTHEAUME
De fait, l’évaluation des enseignants est différée et se rapproche de la rumeur. Ce qui est nouveau, c’est d’évaluer par le niveau d’insertion professionnelle des étudiants. Or les sciences humaines recrutent davantage parmi les couches les plus populaires et les échecs y sont plus nombreux. Alors, faut-il sélectionner. Tel est le dilemme. On risque aussi donc de tarir ces filières : il faut dénoncer la perversité de ces pratiques.

Michel GONET, SNPI FSU
Evaluation, évaluant et évalué

Pour les inspecteurs du SNPI,
Puisque l’évaluation fait partie originellement de leurs missions, ce n’est pas tant la pression sur l’évaluation en soi qui constitue les changements que :
- ce sur quoi elle porte (les sujets et les objets des évaluations) ;
- qui évalue (l’évaluateur)
- la façon dont elle se pratique (comment).

Ensuite il y a deux plans à envisager :

I/ L’évaluation des inspecteurs en tant qu’agents, qui vient d’être réformée par l’arrêté du 22 mars 2010 du modifiant l’arrêté du 11 août 2005 relatif aux conditions générales d’évaluation des inspecteurs d’académie-inspecteurs pédagogiques régionaux et des inspecteurs de l’éducation nationale.

II/ La réorientation de leurs missions – et en particulier la déclinaison opérationnelle de leur mission d’évaluations – qui a fait l’objet d’une circulaire récente (circulaire n° 2009-064 du 19 mai 2009) dans le cadre de la réforme « Darcos » des corps d’inspection.

1) L’évaluation des inspecteurs en tant qu’agents :

Qui évalue ? (l’évaluateur)
Les modifications récentes figurent dans le dernier arrêté qui fixe l’évaluation des inspecteurs visent à exclure l’IGEN du processus d’évaluation des corps d’inspection. Ce qui a pour conséquence un renforcement du lien de subordination, ou de sujétion, des inspecteurs vis-à-vis d’une seule personne : le recteur ou son représentant. Ce qui disparaît, c’est un double regard et, en particulier, un regard neutre et fondé sur l’expertise pédagogique et disciplinaire de l’inspection générale. Seul le regard fonctionnel et politique du recteur nourrit désormais sur l’évaluation des inspecteurs. Les inspecteurs sont placés en situation d’obligés de celui qui sera à la fois juge et partie dans sa carrière, puisque cela s’accompagne de l’introduction d’une part variable e leur rémunération indemnitaire.
De plus, avec l’insistance permanente et rhétorique à un « devoir de loyauté » détourné de son objet, on constate une dérive du management des inspecteurs comme de tous les cadres intermédiaires du service public vers une vassalisation au service exclusif des choix partisans des responsables politiques en exercice, représentés ici par le recteur dont les pouvoirs politiques n’ont cessé de croître depuis 2006 avec la mise en œuvre de la LOLF. Cette vassalisation rejette implicitement le devoir de loyauté intellectuelle consubstanciel à toute fonction d’inspection (qui consiste à aller voir au plus près pour comprendre et faire comprendre). On réduit la fonction d’encadrement à une fonction d’exécution, de supervision et d’application des objectifs politiques traduits officiellement en indicateurs de performance objectivés sans jamais être interrogés pour leurs pertinences opérationnelle, scientifique et éthique (cf. RGPP, CMPP et PAP).
Dans la politique résolument mise en œuvre par le pouvoir politique depuis 2006, l’action du système, tout comme son évaluation et celle de ses agents, se réduit à des opérations comptables traduites en taux censés exprimer des performances politiques.

Ce sur quoi elle porte (les sujets et les évaluations) et la façon dont elle se pratique (comment) :

La circulaire qui réforme la déclinaison de leurs missions statutaires précise dans son introduction : « Chaque inspecteur se voit fixer, dans sa lettre de mission et pour une durée précisée, des missions prioritaires, reposant sur une analyse préalable de la situation des enseignements dans l’académie et dans les différents territoires, écoles et établissements qui la constituent.
L’appréciation par le recteur, de la manière de servir des inspecteurs est référée à la lettre de mission. »
L’évaluation des inspecteurs prend désormais la forme d’un entretien. Elle est référée à la performance (exécution d’une lettre de mission) et à la manière de servir, au détriment de l’observation et de l’évaluation de l’acte professionnel. Par ailleurs le concept de valeur professionnelle n’apparaît plus dans l’appareil réglementaire propre aux corps d’inspection (il demeure dans le statut général de la fonction publique) : il a été effacé en même temps qu’à été effacée l’inspection effectuée par l’IGEN. Le concept « manière de servir » devient l’alpha et l’oméga de la gestion des carrières d’inspecteurs.
Autrement dit, ce processus consiste à vassaliser les inspecteurs auprès du seul recteur d’académie, c’est à dire à « rectoraliser » les corps d’inspection, au détriment d’une référence au caractère national et à l’intérêt général qui inspiraient en principe depuis sa création l’Education nationale. Enfin, ce qui est nié, c’est l’indépendance intellectuelle nécessaire à l’exercice de l’évaluation et de l’expertise.

2) les évaluations qu’on leur demande de faire :

Ce sur quoi elles portent (les sujets et les objets des évaluations) :

Dans la nouvelle circulaire, on s’éloigne aussi de l’observation de l’acte professionnel pour d’abord « …vérifie(r) le respect des programmes, l’application des réformes et mesure(r) l’efficacité de l’enseignement dispensé en fonction des résultats et des acquis de élèves. ». Rien de forcément choquant, mais il est souligné plus loin qu’ « un soin particulier est apporté au suivi des évaluations nationales et à l’analyse des résultats aux examens ».
Pour nous, les acquis des élèves sont un élément important car l’inspection garde pour but essentiel d’apprécier l’efficacité éducative, au regard des effets des enseignements sur les élèves. Cependant, ils sont difficiles à apprécier sur le temps de l’inspection. Par ailleurs, un résultat aux évaluations nationales est la mesure d’une performance obtenue par un élève en face d’une tâche donnée et mesurée à l’aune d’un critère de correction à un moment précis. Il ne rend compte que très imparfaitement du niveau de maîtrise d’une compétence. Il convient aussi d’étudier ces résultats aux évaluations nationales avec la plus grande circonspection : depuis la mise à l’écart de la DEPP du processus, ils manquent singulièrement de rigueur scientifique. De même, nous savons que les résultats des élèves sont très corrélés au milieu et au contexte dans lesquels évoluent les écoles. Dans certains endroits, il faut beaucoup d’engagement et de réflexion de la part des équipes pédagogiques et des maîtres pour obtenir des résultats tout justes médiocres. Dans d’autres, de très bons résultats peuvent être observés sans que l’acte pédagogique en soit le déterminant principal.
Enfin, nous soulignerons l’introduction persistante d’un vocabulaire faisant, qu’on le veuille ou non, référence à la gestion des entreprises privées à vocation lucrative : les termes « pilotage » et « management » sont désormais systématiquement corrélés aux missions affectées par l’exécutif politique aux inspecteurs. Les pratiques liées à l’établissement de « tableaux de bord » bardés d’indicateurs divers sont largement promus auprès de nos jeunes collègues à qui l’on demande de partager une prétendue « culture d’encadrement » dont la définition n’est jamais élucidée à l’aune des valeurs sociales et démocratiques de notre république. On les forme aussi à la pratique « d’audit » sans jamais élucider ce qui distingue l’audit (qui est originellement une pratique de vérification comptable par rapport à une norme fixée préalablement par le commanditaire de l’audit) de l’inspection (qui est originellement une observation neutre de ce qui existe pour en comprendre les termes).

Qui évalue (l’évaluateur)

Dans le second degré, le projet de confier une part plus importante de l’évaluation des chefs d’établissement – en plus de leur contribution à la notation administrative des enseignants – progresse. Dans le premier degré, il n’est pas exclu de déléguer une partie de l’évaluation des personnels aux conseillers pédagogiques, si l’on s’en tient à la lettre de la dernière note de service sur les missions des inspecteurs.

3) Les permanences dans les deux textes :

- Un affaiblissement de l’évaluation référée à la pédagogie et à la discipline effectuée par les corps d’inspection au profit de l’évaluation référée à la performance et à la manière de servir effectuée par la hiérarchie administrative et fonctionnelle.
- L’introduction progressive des modes de gestion de l’entreprise privée (management, pilotage, tableaux de bord, audit, contrôle de conformité, performances, résultats…).
- L’affaiblissement du droit statutaire au profit de la contractualisation entre « individus ».
- L’affaiblissement du cadre national par rapport au cadre local, tout en promouvant un fonctionnement pyramidal descendant pour une mise en application rapide des « réformes ».

4) es autres dynamiques en tension dans la problématique de l’évaluation :

Un autre élément de pression à prendre en compte est certainement l’introduction en force ces dernières années des comparaisons internationales (PISA…) qui supposent aussi d’accorder les évaluations (et peut-être les évaluateurs).
Par ailleurs, la terminologie n’est pas neutre tout en étant ambiguë : l’autonomie et l’initiative sont largement promues aux différents échelons du système éducatif et l’évaluation n’aurait plus à apprécier que les résultats obtenus et (presque) pas les méthodes et moyens mis en œuvre pour obtenir ces résultats.
Lors d’une récente conférence du Recteur BOISSINOT (académie de Versailles), on a pu l’entendre évoquer le programme CLAIR (Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite) dont le ministre a annoncé la création à l’issue des Etats Généraux de la sécurité à l’école, le 8 avril dernier. Or, Alain Boissinot citait ce programme, non en relation avec la sécurité, mais pour souligner que ce programme CLAIR allait faire sauter le « tabou » du recrutement des enseignants en permettant aux chefs d’établissement de recruter directement les enseignants sur projet (« innovations dans le champ de ressources humaines »). Qui évaluera quoi dans ces établissements ?
L’évaluation dans le système éducatif change de nature avec l’accroissement de l’autonomie des structures, tout en suscitant chez les promoteurs de cette évolution une demande renforcée sur les comptes que les « autonomisés » doivent rendre.

Quelles réactions et stratégies des personnels et quelle réflexion action pour le syndicat ?

Les inspecteurs du SNPI tiennent avant tout à sauvegarder l’indépendance intellectuelle nécessaire à l’exercice de leur métier.
A cette fin, et en riposte au rôle qu’on entend leur faire jouer, ils viennent d’établir la charte de l’inspection pédagogique qui a vocation à offrir un outil de référence et de débat tant à l’usage des inspecteurs que des enseignants.

CHARTE DES INSPECTEURS PEDAGOGIQUES PROPOSEE PAR LE SYNDICAT NATIONAL DES PERSONNELS D’INSPECTION
« POUR UNE ETHIQUE DES CORPS D’INSPECTION »

Préambule :

Le SNPI s’inscrit dans un syndicalisme de transformation sociale inspiré d’idéaux démocratiques, laïcs et sociaux ambitieux. Il estime que l’inspection du système éducatif n’a de légitimité que si elle participe à cette ambition progressiste et humaniste.
Le congrès d’Issoire de 2009 a posé le principe de l’élaboration d’une charte de l’inspection qui présente les règles fondamentales que le SNPI-FSU souhaite promouvoir auprès de tous les personnels d’inspection, quels que soient leur corps, leurs fonctions et leurs missions.
Fondée sur les valeurs et les mandats dont le SNPI-FSU s’est doté depuis sa création, cette charte met à disposition de tous les acteurs du système de formation un corpus de références pour l’action quotidienne de l’inspecteur dans toutes ses composantes : évaluation, contrôle, animation pédagogique et formation. Il appartient à chacun de s’en saisir aussi positivement que possible.

Article 1er

Une déontologie professionnelle doit être cultivée en permanence, notamment par les attentions suivantes :

1-a : Sans se compromettre dans les liens de vassalité qui n’ont pas lieu d’exister dans la fonction publique, affirmer et assumer une conception de la loyauté du fonctionnaire de l’Etat envers l’intérêt général d’une république démocratique et sociale.

1-b : Préserver l’indépendance d’appréciation et la distance intellectuelle qui sont indispensables à la fiabilité de tout acte professionnel de l’inspecteur.

1-c : S’en tenir aux observations effectuées en refusant toute pression quels qu’en soient les demandeurs et quelles qu’en soient leurs motivations.

1-d : Admettre la relativité de toute observation, aussi sincère soit-elle, et pratiquer l’analyse dialectique comme modalité d’approche des situations professionnelles.

1-e : Parfaire en toute occasion et tout au long de la carrières sa connaissance du système éducatif et sa compréhension des processus d’apprentissage en vue de cultiver un haut niveau d’expertise.

1-f : Respecter les droits des personnels, notamment les droits syndicaux.

Article 2

Les échanges avec les personnels et le partage des expertises respectives s’appuient sur les actes professionnels suivants :

2-a : Adopter un langage clair et accessible, tout en cherchant à promouvoir une terminologie professionnelle raisonnée.

2-b : Présenter et expliquer sans ambiguïté les objectifs et les modalités de nos actions.

2-c : Pratiquer le dialogue interactif et prendre le temps nécessaire à l’écoute et à la compréhension de son interlocuteur.

2-d : Mettre en évidence les qualités professionnelles de chaque enseignant ou agent pour lui permettre de conforter son engagement y compris dans les situations les plus difficiles, et l’encourager dans l’évolution de son parcours.

2-e : Identifier et dire les défaillances constatées dans le système ou dans les pratiques des enseignants ou des agents avec discernement et retenue, en ayant pour finalité de favoriser les progrès.

2-f : Prendre soin dans les appréciations et avis exprimés sur les pratiques professionnelles de ne pas porter atteinte aux personnes.

2-g : Distinguer la présentation des instructions officielles et l’expression éventuelle de points de vue, en toute honnêteté intellectuelle et sans déroger au principe de neutralité du service public.

Article 3

Le développement de l’efficacité du système éducatif, première finalité des corps d’inspection, nécessite que chacune des missions qui leur sont confiés prenne en considération les conditions suivantes :

3-a : Valoriser toute action et toute situation concourant au progrès des acquis des élèves.

3-b : Veiller en permanence à ce que le système éducatif vise à développer les acquis des élèves, agents ou enseignants tels qu’ils sont référencés dans les textes officiels nationaux et non à les juger en tant que personnes.

3-c : Rappeler la finalité démocratique et émancipatrice du contrôle de conformité en tant que garant de la liberté pédagogique et de la neutralité politique, philosophique, religieuse et commerciale des agents du service public.

3-d : Référer ses préconisations et conseils aux textes officiels et aux valeurs et principes de la république.

3-e : Concevoir chaque acte professionnel comme un vecteur pédagogique destiné à élever le niveau de qualification des enseignants, des agents et des élèves.

3-f : Promouvoir des dynamiques de progrès auprès de tous les élèves et de tous les enseignants et agents, des plus fragiles aux plus habiles, sans laisser personne au bord de la route.

3-g : Favoriser la coopération au sein des équipes pédagogiques, les initiatives et la synergie entre les acteurs du système éducatif à tous les échelons.

Françoise LANTHEAUME
Le travail sur une la formation d’une éthique est intéressante et devrait être élaborée par les enseignants. Il faut distinguer ce que l’on sait (les rapports) et ce que l’on pressent.

Eric MANDENNAL, SNUPDEN

Les chefs d’établissement sont évalués par le recteur et une lettre de mission.
Tous les établissements (primaire et secondaire) sont évalués selon des critères de performance pour vérifier la qualité de l’enseignement. Le résultat est rendu publique avec les mesures correctives éventuelles. L’évaluation est contradictoire c’est à dire qu’elle s’accompagne d’un entretien.
La lettre de mission, secrète, individuelle, fixe des contrats d’objectifs (le SNUPDEN revendique qu’elle soit portée à la connaissance du conseil d’administration). Cette politique a des impacts directs sur les enseignants par la mise en concurrence des établissements. Le contrat d’objectifs travaille sur la performance des élèves dans l’immédiateté avec la nécessité de résultats. Le levier utilisé est le renforcement du management des équipes (et notamment des enseignants) et d’autre part l’article 34 de la loi Fillon qui permet l’expérimentation, par exemple le profilage des postes.
Le chef d’établissement doit établir un tableau de bord où sont consigné des informations sur les élèves (notes des disciplines, évaluations français/math, années de retard…), catégories socioprofessionnelles… On classe aussi les établissements mais on ne mesure pas la même chose à l’entrée en 6ème et à la sortie de 3ème (l’exemple donné est celui d’un collège qui passe de la position 56 à la position 29 sur 123).
A cette distorsion s’ajoute la possibilité de toutes les manipulations, de toutes les tricheries. Il suffit, par exemple, pour le chef d’établissement de faire passer plus d’élèves en seconde, de réduire les redoublements pour améliorer les scores puisque ces décisions sont de son ressort. La progression du résultat ne signifie pas forcément l’amélioration réelle des acquis des élèves, d’autant que les enseignants peuvent aussi être pris dans cet engrenage.
Les établissements sont classés en catégorie A, B et C, ce qui détermine les moyens affectés : plus d’argent pour A, plus d’heures pour C mais tout dépend de la réalisation du contrat d’objectifs, qui ne passe par forcément en conseil d’administration. Le projet d’établissement est maintenant second.
La réforme de la gouvernance permet de faire passer au local dans les EPLE ce qui ne peut se faire sur le plan national. Cette politique accentue les conflits entre enseignants et chef d’établissement. Par exemple, ce dernier a un rôle renforcé dans l’attribution de la Hors classe et il se doit de valoriser les actions qui permettent à l’établissement de rayonner. Il est vrai que l’évaluation du chef d’établissement a des impacts sur le déroulement de sa carrière, sur les mutations et qu’elle donne lieu ou non à des primes. Il est vrai aussi que la formation a été réduite de moitié, qu’elle s’inscrit dans une logique de management d’entreprise et que maintenant la majorité des collègues viennent du privé (France-Télécom notamment). Le corps change tout le temps puisqu’on n’accède pas très jeune à la direction d’un établissement.
La situation est intenable et pourtant ça tient !
D’après une enquête de la MGEN, le moral des chefs d’établissement est en baisse. Certains retournent à l’enseignement. Nous sommes soumis à un contrôle permanent (lecture attentive par le rectorat des procès-verbaux de conseils d’administration et des votes).
Actuellement, je suis face à mes contradictions, face aux nouvelles mesures contre la violence (présence de policiers) puisque je suis dans un établissement concerné. Le SNUPDEN est contre l’accroissement du pouvoir des chefs d’établissement.

Discussion autour de l’intervention d’Eric MANSENNAL :

Michel GONNET, SNPI-FSU
Ces évaluations d’établissements ne reposent sur aucune rigueur scientifique. On pratique le pilotage par des indicateurs, le culte de la moyenne sans se préoccuper de l’environnement de l’établissement scolaire.

Michelle OLIVIER, SNUIPP
A terme, l’impact est aussi sur les élèves, victimes de cette tricherie et qui comprennent vite les contradictions entre l’exigence en cours et les décisions de fin d’année.

Eric MANSENNAL
Effectivement, on peut s’attendre à une baisse de niveau des élèves dans les évaluations internationales.

Marc NEVEU
L’université préfigure ce qui va se passer ailleurs. Les performances des étudiants déterminent les financements. Le chef d’établissement a plus de pouvoir et l’exécutif est rétréci. C’est la politique du bâton et de la carotte. Les équipes disparaissent et l’état d’esprit des collègues change. Les services sont modulés en fonction du mérite de chacun.

Eric MANSENNAL
Il y a une logique terrible dans tout ceci. Avec l’abandon progressif de la carte scolaire, on mesure le taux d’attractivité des établissements et les effets sont catastrophiques.

Bruno MER, SNES
Déjà les résultats 2006 pour la France sont en baisse. L’évolution risque de se poursuivre. En jeu : la crédibilité de l’enseignement. Il faut travailler sur la notion de mérite.

Véronique PONVERT, SNES, secteur formation de la FSU
Tout cela est bien déprimant. Il y a pourtant des résistances. Quelle place pour l’espoir ?

Françoise LANTHEAUME
Nous sommes dans la société du « faire semblant ». Quand il n’y a plus de conception forte du métier, l’individualisme s’installe, le mérite. Il faut mettre en avant les valeurs, se trouver des alliés, promouvoir une Ecole démocratique qui enrôle les parents, la société. Evaluation/Métier/Syndicat sont indissociables.

Daniel RALLET, SNES, Institut de recherches de la FSU
Se pose la question des hiérarchies intermédiaires. Les inspecteurs du travail à Pôle Emploi, les personnels des rectorats sont des alliés objectifs. La question de la démocratie est essentielle. L’évaluation est nécessaire mais laquelle ?

Yves BAUNAY, SNES, Institut de la FSU
Il ne faut pas idéaliser le management. Il n’est pas scientifique mais plutôt de l’ordre de la croyance. Les gens ne peuvent s’aligner là-dessus, sur de telles incohérences. Où est le conflit ? Chacun cherche à faire du bon travail. Le syndicat n’est pas au clair avec le travail. Il faut sortir du déni.

Françoise LANTHEAUME
Le syndicat doit socialiser et politiser le travail. Il doit décrypter le métier, le travail. On ne pourra pas s’en sortir si on ne se pose pas la question : quelles transformations du métier pour construire l’Ecole démocratique ? « Ne pas être les commentateurs intelligents de ce que font les autres. » : c’est une citation à reprendre.

Natacha PIAGET, SNES
témoigne de la difficulté à travailler en collège ZAR face aux pressions de l’administration, de l’Inspection et de l’absence de solidarité des collègues « qui se coulent dans le moule ».

Michelle OLIVIER, SNUIPP
Le Premier degré connaît des évaluations nombreuses. Le SNUIPP a obtenu qu’elles soient rendues publiques. Il a dénoncé leur multiplication, le calendrier. Et le système suscite des tricheries, inévitablement. Maintenant, les enseignants sont rémunérés pour les évaluations (primes).

Impact sur le travail :
Les évaluations nationales sont justifiées au niveau ministériel par le nombre grandissant d’élèves en difficulté. Il s’agit d’impliquer la responsabilité des enseignants dans les résultats. L’école doit afficher des « performances ». Ces évaluations posent aussi un lourd problème pédagogique : comme elles arrivent avant la fin de l’année, donc avant la fin du cycle pour les CM2, elles portent sur des notions non encore étudiées, ce qui met les élèves forcément en échec de façon artificielle.

Quelles réactions et quelles stratégies des personnels ?
La consigne unitaire : ne faire passer que les items correspondant à des notions déjà étudiées, a été suivie à 30%.
Le SNUIPP a relevé le risque de bachotage : travailler pour les tests comme cela se fait dans les pays anglo-saxons, aider les élèves en les préparant ou en donnant des indications supplémentaires. En fait, le système encourage les enseignants à tricher. Certains IEN ont tronqué les résultats car ces derniers étaient trop mauvais. Cette année, au moins un IEN propose de ne pas comptabiliser certains items ou d’utiliser un autre mode de correction.
La prime pose un problème évident : ce qui est une mission ordinaire est rémunéré mais aboutit à moins de travail d’équipe et donc moins d’efficacité pour tous. Elle ne remplace pas la revalorisation attendue et conduit à l’individualisation du salaire, ce que dénonce le SNUIPP.
Le ministère de l’Education reconnaît que l’évaluation prescrite est trop difficile et annonce des résultats tronqués ! Ces évaluations sont peu fiables et donnent une impression de « magouille ».

Quelle réflexion ? Quelle action pour le syndicat ?
La consigne syndicale unitaire est d’anonymer la remontée des résultats et de ne faire passer que les items correspondant aux notions étudiées.

Activité syndicale sur le travail
Dossier Fenêtre Sur Cour « J’ai mal à mon métier »
Préparation d’un colloque.

Le ministère de l’Education a fini par reconnaître que les évaluations ne sont pas satisfaisants et il est prêt à discuter du calendrier et du contenu. Il fait à nouveau appel à la DEPP. Cela correspond aux demandes du SNUIPP.
Le SNUIPP engage des actions pour défendre la professionnalité enseignante : il faut montrer que ces personnels sont responsables, qu’ils défendent des valeurs à l’opposé des réformes actuelles. Le métier dans le SNUIPP prend tout son sens.
Le syndicat demande une inspection d’équipe plutôt qu’individuelle et le SNUIPP travaille sur des protocoles d’inspection, sur la question de la notation.
Le SNUIPP envisage un travail à long terme avec Françoise Lantheaume, à destination des responsables de section départementale, puis de la profession.
Des stages commencent à être proposés dans les départements sur les liens entre notre travail/notre métier/celle du système…

Marc NEVEU, SNESup
Dans l’enseignement supérieur et la recherche, nous connaissons deux grands types d’évaluation

I/ Les structures, les formations

L’évaluation est Faite par des organismes différents.
Depuis la loi LRU, l’Université est évaluée à tous les niveaux (gouvernance, RU, cadre immobilier, pertinence de la gestion comptable, parfois RU, logement social étudiant…). Elle est évaluée par une agence : l’ AERS (instance « indépendante » mais avec des personnels désignés, et des représentants de la société civile depuis 2006). Les résultats sont publics.
Les formations, secteur public et boites privées, sont évoluées par l’AERS. Les évaluations sont ou non suivies par le ministère qui est dans une démarche a posteriori : « lancez-vous et après on verra ».
L’évaluation de la recherche se faisait avant de deux façons : pour les équipes d’accueil (structures ad hoc du ministère) et l’UMR (Université et élus du CNRS).
L’évaluation se fait maintenant par AERS.

II/ Personnels

Ils sont hors champ AERS
- CNU pour les universitaire
Majorité d’élus, personnels….. + personnes désignées

- CONERS pour les grands organismes. Leurs compétences :
Recrutement des maîtres de conférence, chargés de recherche
Professeur ou directeur de recherche
La promotion est du ressort de ces deux conseils.

S’ajoute l’évaluation quadriennale qui est une évaluation légère à partir du rapport d’activité rédigé par le collègue (pour chercheurs uniquement).
Maintenant, le chercheur qui ne fera pas assez de recherche sera puni : il aura davantage d’heures d’enseignement. Le mouvement a montré la résistance des personnels parce qu’il y avait remise en cause du statut. L’enseignant-chercheur n’est plus qu’enseignant.
Il n’y a pas encore d’offensive pour faire des modulations de service, mais la « sanction » se fait par le budget. Le SNESup pense qu’on pourrait admettre une évaluation de la formation à condition qu’on fasse en même temps l’évaluation des structures.
« L’investissement pédagogique » est attesté par l’établissement selon les tâches accomplies. « Les autres activités » (avis du président). L’inspection n’est pas recevable pour nous (qui peut évaluer relève des contenus disciplinaires extrêmement pointus).
C’est la culture du chiffre (publications) mais la recherche n’est pas linéaire. L’institution est dans le court terme. Or la recherche n’aboutit pas toujours rapidement.
Le « grand emprunt » favorise des secteurs (biotechnologie, santé, sciences de l’information et de la communication) au détriment des autres (sciences humaines notamment) ;
On est dans le pilotage par les moyens, par les structures de projets. Il y a des contrats d’objectifs partout.
La nouveauté du mouvement universitaire de l’an passé à été l’irruption de la mobilisation collective de grande ampleur dans la durée. Des gens de droite ont participé (ex juristes) pour la liberté scientifique. Le statut de fonctionnaire d’Etat reste mais la fiche de paye vient de l’établissement. Le mouvement s’est renforcé avec la question de la mastérisation. Le mouvement a oscillé entre « A bas la loi LRU » et « Statut uniquement ».
Le mouvement s’est élargi au delà de la sphère d’influence des syndicats. A côté de la lutte traditionnelle, d’autres formes ont émergé. Des mouvements ont vu le jour : « de la maternelle à l’université » par exemple. On a obtenu un référentiel de tâches qui ne prend pas en compte uniquement le temps présenciel. C’est en marche selon les établissements mais le système des primes continue.
Selon le plan carrière Pécresse, les chercheurs doivent faire de l’enseignement. On s’inspire du modèle américain car il n’y a pas de chercheurs aux USA. On s’achemine vers un statut unique d’enseignant chercheur.
Les évaluations sont multiples : thèse, qualifications, concours de recrutement, titularisation et certains enseignants ne seront plus qu’évaluateurs. Le cœur du métier se délite et provoque l’usure. Les particularités disciplinaires sont niées au profit d’un aspect normatif qui s’éloigne du réel.
L’état d’esprit actuel ? Des collègues pensent avoir échappé au pire mais ils ne sont pas prêts à repartir. Ils ne sont pas résignés.

Débat :

Débat sur la multiplication des évaluations (élèves, personnels, structures) qui dénature le métier, les contenus d’enseignement (cf. le socle de collège, les nouveaux programmes de français au lycée…), appauvrit la formation des élèves, les forme à la culture de l’évaluation, tout cela au détriment des valeurs que porte l’Ecole démocratique.

Quelles propositions pour que l’évaluation soit acceptée par tous ? (bien prendre en compte le lien reconnaissance et évaluation).

Yves Baunay
Marylène Cahouet

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