Thème 2

Contributions

Date de publicationNom et prénom de la contributrice ou du contributeurQualitéTitre de la contribution
22/02/2016 Christophe Barbillat, Xavier Marand, Erick Staëlen Unité et Action Gagner de nouvelles perspectives pour le déroulement de nos carrières
22/02/2016 Christophe Barbillat, Xavier Marand, Erick Staëlen Unité et Action Obligations de service et conditions de travail : consolider les acquis, gagner de nouveaux droits !
23/02/2016 Alice Cardoso S4 - Groupe métier Livrets numériques et travail enseignant
23/02/2016 Laurence Sergeant CPE, Académie d’Amiens La souffrance au travail : mythe ou réalité
29/02/2016 Anne Féray Unité et Action Les orientations de gestion sont-elles du droit souple ?
01/03/2016 Julien Luis, Christophe Schneider Groupe Prépa Consolider les classes préparatoires
01/03/2016 Hervé Moreau Unité et Action Où la "base du volontariat" se niche-t-elle ?
01/03/2016 Elodie Géas-Cutrona, Jeanne Lebastard, Vassilia Margaria Professeurs documentalistes, Académies de Reims, Orléans-Tours et Nice Professeurs documentalistes, le changement c’est pour quand ???
01/03/2016 Caroline Magaud - Karine Lespagnol - Mélanie Goossens Professeurs Arts Plastiques, Académies de Caen, Toulouse et Grenoble Gestion du matériel et missions particulières, à quand une véritable reconnaissance statutaire
03/03/2016 Hugo Lassale, Alain Billate Unité et Action - S3 de Bordeaux Le SNES lieu d’échanges de nos pratiques pédagogiques
04/03/2016 Virginie Pays Unité et Action Professeur documentaliste : un métier en tension, un combat syndical à poursuivre (ou à amplifier ?)
09/03/2016 Martine Boudet professeure agrégée de Lettres modernes Défense de la condition enseignant face à l’autoritarisme administratif et aux violences sociétales
09/03/2016 Marylène Cahouet - Anne Féray U et A Quelle évolution pour les pensions de retraite
09/03/2016 Olivier Vinay Emancipation Refuser la casse du code du travail... comme du statut FP
09/03/2016 Marie-Cécile Périllat - Laurent Boiron EE Revalorisation : Deux grades ? Un GRAF ? Ou Zéro pour tous ?
10/03/2016 Caroline LECHEVALLIER U et A Démocratiser l’accès aux études supérieures : un enjeu de société
11/03/2016 Nadine Krantz Secteur non-titulaires Non-titulaires et concours réservés
14/03/2016 Marie Haye - Raphaël Andere, Romain Gentner Ecole Emancipée Former plus tôt et plus longtemps pour former mieux et plus d’enseignant-e-s
14/03/2016 Marie Haye - Raphaël Andere, Romain Gentner Ecole Emancipée ESPE : Formation bradée
14/03/2016 Marie Haye - Raphaël Andere, Romain Gentner Ecole Emancipée La place du concours : un choix stratégique et politique !

Gagner de nouvelles perspectives pour le déroulement de nos carrières
Christophe Barbillat, Xavier Marand, Erick Staëlen / Unité et Action

Les mandats actuels du SNES concernant nos carrières se déclinent en trois volets : obtenir un déroulement de carrière plus rapide et identique pour tous sans barrage de grade, revaloriser les débuts de carrière et en déplafonner la fin. Notre mandat qui fait du corps des professeurs agrégés revalorisé le corps de référence pour tous les professeurs et personnels assimilés du second degré porte cette revendication, tout en l’ouvrant également sur l’exigence de la nécessaire réduction du temps et de la charge de travail.

Les modalités concrètes pour atteindre ces objectifs sont multiples : nouveau bornage et re-échelonnement des grilles indiciaires, restructuration du parcours des échelons successifs avec des durées réduites dans le cadre d’un rythme unique et accéléré, ouverture de grades dits « de débouché », c’est-à-dire ouverts à tous. Le travail et l’action syndicale au long cours effectués sur la hors-classe depuis 1989 montre la pertinence de telles voies. À partir d’un processus qui comportait un débouché théoriquement ouvert à tous, mais qui, faute de contingent suffisant, ne concernait pas à l’origine tous les professeurs et donc n’était pas pleinement satisfaisant, nous avons réussi à le transformer pour en faire un débouché de carrière désormais atteint par la quasi-totalité des professeurs certifiés ou agrégés avant leur départ en retraite. Concernant les CPE, ce processus est en voie d’achèvement.

Obtenir le déplafonnement des carrières actuelles, les ouvrir sur les échelles-lettres (A pour les professeurs certifiés et les corps assimilés, B pour les professeurs agrégés et les professeurs de chaires supérieures) implique de poursuivre notre combat pour l’ouverture d’un débouché de carrière supplémentaire au-dessus des indices des actuelles hors-classes. Si celà se traduit par la création d’un 3e grade, alors un tel grade doit être ouvert à tous : son accès ne saurait constituer un barrage. Dans ce paysage, il revient au combat syndical d’œuvrer pour obtenir à la fois les contingents de promotions et la fluidité d’accès nécessaires.

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Obligations de service et conditions de travail : consolider les acquis, gagner de nouveaux droits !
Christophe Barbillat, Xavier Marand, Erick Staëlen / Unité et Action

Ainsi que l’avait analysé le congrès de Marseille, les nouveaux textes sur les ORS (le décret 2014-940 et ses circulaires d’application), reprenant les éléments fondateurs des décrets de 1950, réaffirment les principes essentiels de l’identité professionnelle des professeurs du second degré et donnent une vision plus complète de la réalité du métier. Toutefois, ils ne constituent pas la nécessaire réduction du temps de service que nous revendiquons. Il convient de poursuivre le combat pour obtenir une réelle réduction du temps et de la charge de travail.

Dans cet objectif, il y a nécessité de faire appliquer pleinement les dispositions contenues dans les textes : ainsi, la reconnaissance des missions particulières effectuées doit-elle être prioritairement opérée par une réduction du maximum du service d’enseignement plutôt que par une indemnité. De même, chacun voit bien que la bataille engagée contre la réunionite doit être amplifiée : il faut en finir avec la multiplication de réunions chronophages, n’ayant de surcroît aucune utilité et que les rédactions des nouveaux textes n’autorisent pas davantage qu’auparavant. Autre exemple : celui du bon décompte des heures d’enseignement effectuées par les professeurs-documentalistes au sein de leur service d’information-documentation.

Comme à chaque publication de textes concernant nos missions ou notre temps de travail, il nous revient d’impulser et de mener le combat syndical collectif pour en obtenir l’application la plus favorable aux personnels. Pour une bonne application des textes statutaires et leur bonne lecture par notre administration, qui doit les respecter, il convient toujours d’imposer, à tous les niveaux, le rapport des forces syndical à la hauteur des enjeux du métier.

Enfin, des droits nouveaux restent à conquérir : la réduction des maxima de service, bien sûr ; l’extension et l’amélioration du système de pondération des heures d’enseignement ; mais aussi un cadrage plus contraignant des compléments de service hors établissement afin que les collègues qui en sont victimes reçoivent une meilleure compensation en terme d’allègement de leur charge de travail et que le recours au complément de service devienne dissuasif pour l’administration.

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Livrets numériques et travail enseignant
Alice Cardoso / S4 - Groupe métier du SNES

Nouveau livret scolaire pour le primaire et le collège, Livret Scolaire du Lycée (LSL) dématérialisé : les initiatives du ministère en matière d’outil numérique pour l’évaluation ne vise pas seulement une plus grande efficience. Ces nouveaux dispositifs visent aussi à transformer les modes d’évaluation et à contrôler plus étroitement le travail.

Ainsi, le livret scolaire pour le collège devra renseigner non seulement les parties de programme travaillées en cours, mais aussi l’évaluation des EPI, de l’AP et des « parcours ». Outre l’alourdissement considérable du travail, comment ne pas y voir une volonté de renforcer le contrôle sur la mise en œuvre des nouveaux dispositifs ? L’application peut en effet être configurée de façon à forcer le renseignement des différentes cases.
Le livret scolaire du lycée, actuellement en expérimentation dans les séries technologiques de quatre académies, présente un problème analogue. Il renseigne le jury de bac sur le niveau et le travail fournis par le candidat sur le cycle terminal, dans chaque discipline. Jusque là, le dossier « papier » était rempli par les collègues qui, connaissant le peu de temps dont disposent les enseignants en jury, ne renseignaient guère les parties « compétences ». Or, celles ci figurent bien dans le nouveau livret (choix entre 4 niveaux possibles d’acquisition), et même situées avant l’appréciation et les moyennes de l’élève : http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Ressources_d_accompagnement/02/7/LSL_Guide_utilisateur_Enseignant_novembre_2015_eduscol_506027.pdf

Faudra-t-il cocher tous les items de compétences listées ? Les enseignants pourront-ils choisir systématiquement de cocher « non évalué » ? Même si cela s’avère techniquement possible, ne pas renseigner un item au regard de l’inutilité de l’information pour les jurys de bac ne signifie pas que la compétence n’ait pas été prise en compte dans la moyenne de l’élève. Ce n’est donc pas équivalent de ne pas avoir renseigné à la main ces lignes dans le dossier papier que de cocher délibérément « non évalué ». Ce glissement de posture peut être difficile à négocier pour le professionnel (dans son rapport au métier, vis-à-vis de ces collègues), notamment s’il est débutant ou si le collectif dans l’établissement est fragile.

L’outil numérique bien loin d’être au service d’un gain de temps devient un moyen supplémentaire de contraindre l’activité. Au lieu de laisser les enseignants mettre à leur main la prescription et d’en reconnaître la nécessité, les concepteurs espèrent ainsi forcer les enseignants à entrer dans un univers conceptuel discutable, formater les pratiques, dans le déni complet du réel (notamment le déroulement des journées de délibération du bac).
L’enjeu syndical est donc à la fois de négocier avec l’institution de la souplesse dans le fonctionnement des applications de ces livrets numériques, mais aussi de proposer une résistance collective permettant de légitimer le « non évalué ».

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La souffrance au travail : mythe ou réalité
Laurence Sergeant / CPE, Académie d’Amiens

2015, la nouvelle circulaire de missions des CPE est publiée. Nous avons attendu deux ans , pendant lesquels, le SNES-FSU a œuvré en faveur de la réécriture des textes de missions des CPE : discussions, groupes de travail, amendements... Cette circulaire devrait enfin permettre une baisse de la souffrance au travail, une baisse des dysfonctionnements qui présentent des risques pour la santé des CPE. Mais la commande institutionnelle reste prégnante, et le manque de connaissances et de perceptions réalistes du métier au quotidien engendre incompréhension, décalage, insatisfaction.
En effet, nous ressentons fréquemment des difficultés dans l’exercice de nos métiers. Exercer les missions de CPE, cela implique, une adaptation perpétuelle aux évolutions institutionnelles, sociales, sociétales, et surtout une adaptation à une évolution du profil des élèves. Les activités du CPE étant multiples et variées, les tensions contradictoires inhérentes à la nature de notre métier s’accroissent, et avec elles les pressions hiérarchiques liées aux pratiques managériales. Nous sommes à l’ère de la performance, où l’environnement concurrentiel tentaculaire devient préjudiciable à la solidarité professionnelle : rentabilité et flexibilité à outrance...
Dès 2012, l’étude du CEREQ, alertait la profession sur la souffrance des personnels de vie scolaire : absentéisme, turn-over, retours du médecin du travail, enquêtes satisfaction-salariés, observatoire du stress, etc... L’épuisement professionnel est malheureusement courant chez les CPE. Le SNES-FSU se doit de faire respecter les règles de fonctionnement démocratique et de s’opposer aux dérives autoritaires. L’enquête du carrefour santé social a permis de déceler les situations à risques pour la santé des collègues. Il faut maintenant que le ministère s’empare de ces signaux d’alerte envoyés par la profession, apporte les réponse adéquates comme mettre en place une médecine de prévention à la hauteur des enjeux : recruter des médecins de prévention en nombre, et dans toutes les académies.

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Les orientations de gestion sont elles du droit souple ?
Anne Féray / Unité et Action

Cette contribution ne saurait valoir un rapport juridique sur le sujet. Pour en traiter d’un point de vue syndical, relevons d’abord que la déconcentration de la gestion des corps nationaux des certifiés, CPE, COPsy, et pour partie celle des agrégés, comme d’ailleurs les préparations académiques de CAPN ou de FPM, nous ont conduit à exiger l’édiction de règles nationales au travers de la diffusion de « circulaires » du ou de la ministre aux recteurs, rectrices. Cette pratique nécessaire même si non suffisante pour assurer l’égalité de traitement des personnels d’un même corps est contestée politiquement par ceux qui défendent l’autonomie des échelons déconcentrés. Sur le plan juridique, le Conseil d’État annulant systématiquement les circulaires « mutation » a finalement, en juillet 2015, enjoint expressément le ministère à respecter le texte de la loi (voir le fameux article 60 de la loi 84-16 sur la mutation des fonctionnaires de l’État). Une modification législative est en cours, insérée au projet de loi « déontologie ».
Les négociations sur les parcours professionnels, les carrières et les rémunérations (PPCR) ont abouti aux « orientations nationales de gestion ». La FSU a combattu toute référence à la notion de droit souple, lequel vise à faire croire aux personnels que certaines dispositions relèvent du droit alors que leurs supérieurs hiérarchiques sont invités à s’en écarter chaque fois qu’ils-elles le souhaitent. Elle a défendu le principe d’instructions de gestion, concertées avec les représentants des personnels,
donnant aux échelons hiérarchiques en charge de la gestion des règles à même de traduire des orientations politiques et ayant aussi pour fonction celle d’assurer l’égalité de traitement. Certains syndicats défendant la liberté de décision (du chef) du niveau déconcentré, la formulation retenue est celle « d’orientations nationales » de gestion.
Il revient au SNES-FSU de défendre le principe de règles nationales et donc, en l’état, la référence à des circulaires, qui pas plus que les « orientations de gestion » n’ont jamais eu de valeur réglementaire, de même qu’il agit pour le respect des décisions des CAP, dont la consultation préalable est obligatoire.

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Consolider les classes préparatoires

Julien LUIS, Christophe SCHNEIDER / Responsables du groupe prépa du SNES-FSU

Les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) constituent une formation post-bac à recrutement spécifique, dispensée dans les lycées, ce qui facilite la transition pré/post-bac. Les programmes et les horaires doivent rester cadrés nationalement. ; la carte de formation doit continuer à s’élaborer au niveau du ministère quelles que soient les ambitions de certains recteurs. Chaque élève bénéficie d’un suivi personnalisé notamment grâce aux heures hebdomadaires d’interrogation orale. De par leur accessibilité et leur maillage national - à renforcer-, les CPGE contribuent à la réduction des inégalités scolaires ; en cessant toute forme d’autocensure, de nombreux lycéens, notamment de milieu populaire, peuvent accéder via ces formations à des études longues. La pression sur les effectifs de la part des rectorats doit cesser, le chiffre de 48 élèves par classe est un maximum. Dans le même temps, les limitations des capacités d’accueil à 24 décidées par certains rectorats posent des problèmes de vivier d’étudiants pour la deuxième année.

Les CPGE proposent des ECTS (système de crédits européens transférables) permettant des poursuites d’études y compris dans d’autres établissements que les grandes écoles, et notamment à l’Université. Les enseignants du post-bac ne doivent pas être écartés de l’élaboration des conventions entre lycées et universités prévues par la loi. Ces conventions ne doivent pas mettre les formations supérieures des lycées sous tutelle des universités. Les rapprochements ainsi opérés n’ont de sens que s’ils servent la formation des étudiants : sécurisation des parcours, poursuite d’études, lien avec la recherche, enseignements complémentaires. Les frais de scolarité doivent être réduits et liés à un service rendu par l’université. Pour les enseignants, les échanges de service pédagogiques entre lycée et université ne doivent se faire que sur la base du volontariat. L’informatique en CPGE doit être reconnue comme discipline à part entière et doit donc être enseignée par des enseignants spécifiques, avec un enseignement à horaire hebdomadaire sur toute l’année. Le ministère doit accélérer la création de postes d’informatique.

Les CPGE technologiques (économique et commerciale, scientifique) doivent être développées afin de permettre aux élèves de ces séries de diversifier leur parcours d’orientation post-bac. Le développement des classes ATS, classes préparatoires en un an destinées aux détenteurs de BTS et DUT, doit se faire avec des moyens dédiés et non en concurrence avec les CPGE en deux ans.

Pour compléter les mandats sur les CPGE dont le SNES s’était dotés au Congrès de Marseille (voir http://www.snes.edu/ALLER-DE-L-AVANT.html), nous proposons d’avancer sur :
un taux unique par corps des heures d’interrogation orale aligné sur le meilleur taux actuel indépendamment de l’effectif de la classe ;
la formation continue des professeurs de CPGE.

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Où la « base du volontariat » se niche-t-elle ?
Hervé Moreau / Unité et Action

Selon un dictionnaire très célèbre, le volontariat résulte d’une décision librement choisie et non imposée... L’utilisation relativement fréquente de ce terme, dans des textes ou des discours – et parfois aussi dans nos mandats – peut être problématique. Quelques exemples le montrent.
Dans le récent décret sur le télétravail dans la fonction publique, on note que l’agent qui travaille à son domicile ou en télécentre une partie de la semaine doit être « volontaire ». C’est essentiel : ce dispositif ne doit surtout pas être imposé par l’employeur. Mais peut-on dans tous les cas assimiler une demande expresse d’un agent à du « volontariat » ? Le salarié formule une demande pour bénéficier d’une possibilité ouverte en droit, mais n’y a-t-il pas parfois une forme de contrainte qui guide ou « impose » cette démarche ? Temps de transport excessifs, recherche de calme, aide aux enfants ou parents...
Le 28 octobre, à l’Assemblée nationale, la Ministre de l’Education Nationale déclarait que « des enseignants (d’allemand) du second degré pourront, sur la base du volontariat, compléter leur service en école élémentaire. » Lorsque le maintien du poste est en jeu, peut-on parler de liberté de choix ?
Les échanges de pratiques entre écoles et collèges (Article L104-4, loi de refondation de l’école) peuvent se faire sur la même base, celle du volontariat... Par ailleurs, on est de plus en plus incités à « s’investir » librement, donc « volontairement » au-delà de nos missions dans des projets, réunions, travaux communs... qui peuvent se transformer au moins implicitement en critères d’évaluation.
La notion n’est donc pas facile à manier, mais il est difficile de se l’interdire systématiquement. Car pour les personnels, on doit défendre les marges de manœuvre, la possibilité pour chaque travailleur de développer la part personnelle de son activité, de se développer dans son métier, d’adapter la prescription et d’y ajouter éventuellement des activités qui enrichissent la pratique professionnelle (sorties culturelles, rencontres diverses, activités interdisciplinaires etc...). Ce développement de l’activité se fait au moins en partie de manière volontaire.
Mais étiqueter « volontariat » une pratique qui peut découler d’une contrainte implicite ne résout rien, et peut même entraîner une sorte de report de responsabilité d’une situation sur celui ou celle qui la subi (« c’est vous qui avez voulu » !). Lorsqu’il est acclimaté à certaines formes modernes de management qui exigent un engagement subjectif débordant largement le métier, dessaisissant les travailleurs de ce qui fait leur professionnalité, et servant d’appui plus ou moins implicite à l’évaluation, il peut engendrer des tensions entre celles et ceux qui ont par leur situation personnelle et professionnelle la possibilité d’être « volontaires », et celles et ceux qui ne le peuvent pas. Enfin, lorsqu’il s’agit des évolutions nécessaires du système, cela ne peut être sur cette base du volontariat qui dédouane l’employeur, mais sur celle du bien fondé, de la formation et des moyens à mettre en œuvre.
Il ne s’agit donc pas de s’interdire la revendication de liberté de choix de l’agent face à certaines situations, mais d’avoir bien conscience que la « base volontaire » est parfois mal nommée, et lorsque ce n’est pas le cas, l’effectivité du volontariat n’est jamais gagnée d’avance ni une fois pour toutes.

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Professeurs documentalistes, le changement c’est pour quand ???

Elodie Géas-Cutrona, Jeanne Lebastard, Vassilia Margaria / Professeurs documentalistes, Académies de Reims, Orléans-Tours et Nice

Ces professeur(e)s documentalistes, toujours en train de râler, jamais contents… Certes, en 1989, ils ont obtenu avec le SNES-FSU le Capes. Mais depuis ? Toujours pas d’agrégation. Toujours pas d’inspection spécifique. Toujours pas de « programme ». Toujours pas d’heures de cours définies au niveau national ni de reconnaissance des heures d’enseignement. Toujours pas d’ISOE ni d’HSE. Toujours pas de créations de postes à la hauteur des besoins ni de corps d’assistant documentaliste.

Et pourtant, en 25 ans, les professeur(e)s documentalistes ont fait la preuve, sur le terrain, de leur investissement et de leurs compétences pédagogiques auprès des élèves comme de leurs collègues. L’apport des chercheurs, des formateurs, les avancées de la didactique de l’information, leur ont permis de nourrir et de consolider leur expérience.

Alors, c’est pour quand le changement ? Ce moment tant attendu où les professeur(e)s documentalistes pourront assurer sereinement leur enseignement, ce moment où ils pourront enfin concilier l’ensemble de leurs missions, au service de la réussite de tous les élèves.

Parce que, oui, les professeur(e)s documentalistes en ont assez. Assez de ne pouvoir faire autrement que se plaindre, assez de devoir quémander sans arrêt (un budget correct pour le CDI, des collaborations et activités pédagogiques, des heures de cours …), assez d’attendre une hypothétique reconnaissance de leur métier.

Et l’horizon ne cesse de s’assombrir. Le nouveau décret sur les ORS ? Il est très difficilement appliqué, alors que les professeur(e)s documentalistes devraient pouvoir légitimement faire valoir le temps de préparation et d’évaluation qu’impliquent leurs séances pédagogiques. Au lieu du soutien espéré, les IPR EVS se taisent voire affichent même parfois leur hostilité. La réforme du collège ? On y cherche encore la place des professeur(e)s documentalistes. L’EMI ? Un projet vidé de son sens et ne comprenant plus que des compétences procédurales pouvant, selon les textes, être mises en œuvre dans toutes les disciplines.

La ministre, dans un discours récent, a remercié officiellement “nos professeurs documentalistes qui sont les véritables maîtres d’œuvre de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias.” Allez, chiche, Mme la Ministre ! Donnez aux professeur(e)s documentalistes les moyens de mettre en œuvre un curriculum info-documentaire dans tous les établissements ! Il est vraiment temps que la situation évolue pour l’ensemble des professeur(e)s documentalistes. Il faut recruter en documentation, il faut ouvrir des discussions sur les missions, les conditions de travail, la rémunération et la carrière !

Notre profession se retrouve à la croisée des chemins : entre l’absence de perspective, face à un ministère qui continue de la marginaliser, et la conviction qu’ils et elles ont un rôle à jouer dans l’Ecole du XXIème siècle. La volonté de se mobiliser pour sortir de cette impasse existe. Le SNES-FSU doit rapidement la coordonner et l’amplifier pour obtenir, enfin, les avancées tant attendues. Une action nationale, associant l’ensemble de nos collègues, dans l’unité syndicale la plus large possible, et avec nos partenaires associatifs, est à mettre à l’ordre du jour du congrès.

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Contribution arts plastiques
Gestion du matériel et missions particulières, à quand une véritable reconnaissance statutaire ?

Magaud Caroline, Karine Lespagnol, Mélanie Goossens / Académies de Caen, Toulouse et Grenoble.

L’enseignement des arts plastiques est fondé sur la pratique de l’élève. L’importance de la pratique, défendue par le SNES-FSU, a été réaffirmée dans les nouveaux programmes mais l’administration semble toujours ignorer ce que cela induit.

Faire pratiquer les élèves à chaque séance nécessite la gestion d’une salle de classe spécialisée avec du matériel à entretenir, à renouveler et à réapprovisionner. La salle doit donc être aménagée pertinemment pour permettre l’accès des élèves à l’autonomie dans la mise en œuvre de projets.
Elle doit être suffisamment équipée en outils, matériels et matériaux (souvent périssables), documentation, outils numériques et informatiques...
Les enseignants ont toujours assuré cette mission (commandes, aménagement, gestion des stocks, entretien du matériel...) inhérente au bon déroulement des cours et à la mise en activité rapide des élèves.

Mais avec la mise en place de l’enseignement partagé d’histoire des arts et parfois sa coordination, le PEAC et maintenant l’EMI, l’EMC et les EPI, notre métier a évolué et la charge de travail s’est accentuée.
Nous nous trouvons face à un mille-feuilles très chronophage auquel s’ajoute des effectifs chargés et les contraintes d’un service partagé sur deux voire trois établissements (fréquents dans notre discipline).
Cette situation nous amène à constater qu’il devient impossible d’assumer pleinement et efficacement cette mission sans réduction du temps de service.
C’est pourquoi il est essentiel de défendre à nouveau les spécificités de la discipline et de faire enfin reconnaître la nécessité d’une décharge de service au même titre que celle attribuée aux disciplines qui ont droit à une heure dite "de vaisselle".

C. Vieaux, IGN d’arts plastiques, dans le document publié en juillet 2014 Conseils et préconisations pour l’aménagement des salles d’arts plastiques au collège, leur mobilier et leurs équipements* :
Dans une même séquence pédagogique, l’élève est très régulièrement susceptible de manipuler des matériaux parfois salissants, des documents, des appareils sophistiqués, d’agir individuellement ou collectivement. Il est par conséquent indispensable d’optimiser les conditions de travail, dans un souci constant de réussite de tous les élèves, quelles que soient leurs compétences et leurs situations personnelles.
*http://eduscol.education.fr/fileadmin/user_upload/arts/arts_plastiques/Documents_a_telecharger_actus/2014_Preconisationsamanegament_salle_arts_plastiques__au_college-juin_2014.pdf

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Le Snes lieu d’échanges de nos pratiques pédagogiques
Hugo Lassale, Alain Billate (UA) S3 de Bordeaux

Le Snes connaît des difficultés de syndicalisation. Son image positive auprès des collègues s’érode d’année en année. Les appels ou mails aux permanences sont moins nombreux. Les raisons sont essentiellement liées à son impossibilité à transformer positivement des mesures gouvernementales néfastes à la profession et à conquérir de nouveaux acquis. Ainsi son image de protecteur de la profession est amoindrie. L’essentiel des sollicitations concernent donc les aspects personnels de la carrière liés aux mutations, aux avancements d’échelon ou à des conflits au sein de l’établissement. Une fois ces demandes satisfaites, nombres de collègues ne voient plus d’intérêt à rester syndiqués.
Nous devons donc prioritairement redonné la volonté aux collègues de s’investir dans le champ collectif. Pour se faire le SNES doit, parallèlement aux aspects corporatifs, se présenter davantage comme un lieu d’échanges sur la pratique du métier permettant de proposer des banques de données de cours, des ressources pédagogiques…
Le besoin est réel comme en témoignent la vitalité des sites Internet et les nombreux participants à des stages à visée pédagogique. Notre syndicat n’est pas démuni dans ce domaine : un secteur contenu existe, des publications liées à l’enseignement sont produites dans le cadre d’ADAPT, un groupe métier fonctionne.
Ces potentialités restent trop cantonnées au niveau national. Il nous appartient de davantage les décliner au niveau académique, de recréer des commissions pédagogiques en charge d’animer l’organisation de stages liés aux disciplines, et plus généralement à toute question qui a trait à l’exercice de la profession enseignante. Le Snes devrait devenir un des lieux de réflexion et d’échanges sur le contenu de nos disciplines, expériences d’enseignement, innovations, expérimentations pédagogiques. Le Snes pourraient faire connaître les travaux de la recherche par le biais de stage, de liste de diffusion...
Ce serait donner un nouveau souffle à l’activité syndicale, intéresser des collègues qui ne sont pas préoccuper seulement par les questions corporatistes, combler un manque institutionnel lié à la faiblesse de la formation continue.

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Professeur documentaliste : un métier en tension, un combat syndical à poursuivre (ou à amplifier ?)

Virginie PAYS U & A

La difficile reconnaissance du métier de professeur documentaliste reste, 27 ans après la création du CAPES de Documentation, le leitmotiv lorsque les collègues témoignent de leur métier et de leurs conditions de travail. Comment expliquer la persistance des difficultés rencontrées dans l’exercice de leur métier au quotidien ? Si l’absence de textes de cadrage a longtemps été invoquée, le référentiel de compétences professionnelles et plus récemment la refonte du décret sur les Obligations Réglementaires de Service des professeurs cadrent positivement le statut et les missions de ces personnels. Pourtant, l’application de ces textes dans les établissements ne va pas de soi. Depuis la rentrée, les chefs d’établissement et les IPR EVS détournent la lettre et l’esprit de ces textes en faisant preuve d’une méconnaissance du métier de professeur documentaliste et ainsi dégradent leurs conditions de travail. Faut-il pour autant récuser le dit décret alors qu’il répond à l’une de nos revendications ? Comment améliorer nos conditions de travail, refuser que celles-ci dépendent du bon vouloir du chef d’établissement ou du « charisme » du professeur documentaliste ?
L’application de nouveaux textes n’a jamais été sans difficulté au sein des établissements, néanmoins l’expérience montre que c’est le combat syndical au quotidien qui permet d’imposer le respect de nos droits. Il est donc impératif, dans un premier temps, de ne pas rester isolé, de s’informer et de se mobiliser, via la mise en place d’un collectif afin de faire face à l’autoritarisme du chef d’établissement et aux interprétations abusives.
La mobilisation, collective et syndicale, est indispensable au sein de l’établissement. Elle doit aussi s’accompagner de mesures institutionnelles afin de permettre au professeur documentaliste de concilier dans un équilibre satisfaisant sa double mission.
Actuellement, l’inspection Établissement et Vie Scolaire (EVS) méconnaît - volontairement ? - les spécificités du métier de professeur documentaliste et privilégie le rôle de gestionnaire – animateur du CDI en occultant la mission pédagogique. À l’heure où les textes évacuent toute ambiguïté sur ces questions, la revendication d’une inspection spécifique est plus que jamais incontournable pour que les professeurs documentalistes aient enfin des interlocuteurs formés et attentifs aux problématiques spécifiques rencontrées et aux enjeux de l’Information Documentation dans le Second Degré.
En parallèle, il est indispensable de rappeler la nécessité voire l’urgence d’un recrutement de professeurs certifiés en Documentation à la hauteur des besoins pour assurer un taux d’encadrement satisfaisant dans les établissements. Avec une moyenne de 1 poste par établissement, la double mission que doit assurer le professeur documentaliste, et qui confère au métier toute sa richesse, devient un exercice périlleux, trop souvent accompagné de culpabilités de « ne pas pouvoir faire ». C’est donc au quotidien que la profession est confrontée à un dilemme, qui plus est, sous la pression des chefs d’établissements : assurer et assumer son rôle de professeur tout en tentant de répondre de la manière la plus pertinente à la problématique de l’ouverture du CDI et de l’accueil des élèves. Une gageure aujourd’hui tant le risque de multiplication de bricolages locaux et de détournement de nos missions est bel et bien présent.
Refusons d’abandonner nos missions ou d’en confier une partie à des personnels non formés, au statut bien souvent précaire. Ne culpabilisons pas de cette situation dont la responsabilité revient à l’Institution et mobilisons-nous pour que chaque professeur documentaliste puisse exercer pleinement et sereinement son métier, dans le respect de ses missions et de ses droits.

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Défense de la condition enseignante face à l’autoritarisme administratif et aux violences sociétales

Martine Boudet

La corporation enseignante objet de pressions hiérarchiques et scolaires
Dans une société et une Ecole en crise, de nombreux incidents assombrissent les relations entre administration et monde enseignant. Sanctions et poursuites disciplinaires se banalisent dans une optique managériale, et s’ajoutent à un climat d’incivilités croissant dans les établissements, en premier lieu des quartiers populaires. Face à la dégradation des conditions de travail, des pétitions, voire des grèves de la faim et des suicides sont enregistrés.
Il n’est pas normal que toujours davantage d’enseignants et de personnels d’éducation deviennent des boucs émissaires d’une institution en crise. La mesure ministérielle concernant "le rétablissement de l’autorité des maîtres" (janvier 2015) est peu ou pas appliquée. Dans ces conditions d’exercice bien connues des publics scolaires, le recrutement devient déficitaire pour certaines disciplines, en dépit des créations de postes.
Pour une campagne de défense de la condition enseignante (et des personnels d’éducation)
Il serait intéressant de regrouper les dossiers des personnels sujets à l’autoritarisme administratif, de manière à les sortir de l’isolement, de faire connaître également le taux de démission et d’échec des stagiaires. Et de demander
- l’arrêt - ou bien selon le cas un traitement équitable- des poursuites judiciaires des personnels soumis aux aléas de la vie scolaire (incivilités et violences) et socio-politique (actualité post-attentats)
- la transparence du dispositif administratif à tous les niveaux ainsi que la préférence donnée au dialogue interne, quant à la gestion des dossiers des enseignant(e)s confronté(e)s aux problèmes de violence ….
- l’application de la mesure ministérielle concernant "le rétablissement de l’autorité des maîtres" :
« Tout comportement mettant en cause les valeurs de la République ou l’autorité du maître fera l’objet d’un signalement systématique au directeur d’école ou au chef d’établissement, d’un dialogue éducatif associant les parents d’élèves et, le cas échéant, d’une sanction. Aucun incident ne sera laissé sans suite. » (1)
- le respect à l’EN de la loi de 2014 sur le harcèlement moral
- la reconnaissance des risques psycho-sociaux (RPS) et du burn-out comme maladie professionnelle.
Une campagne de cet ordre, si possible unitaire, serait source de remobilisation.

(1) [Mesure 2] Rétablir l’autorité des maîtres et les rites républicains (campagne pour « une grande mobilisation de l’Ecole autour des valeurs républicaines ») http://www.education.gouv.fr/cid85644/onze-mesures-pour-un-grande-mobilisation-de-l-ecole-pour-les-valeurs-de-la-republique.html#Mesure_2%20:%20R%C3%A9tablir%20l%27autorit%C3%A9%20des%20ma%C3%AEtres%20et%20les%20rites%20r%C3%A9publicains

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Quelle évolution pour les pensions de retraite ?

Marylène Cahouet, Anne Féray (U&A)

La FSU participe à l’intersyndicale des « 9 » pour défendre le pouvoir d’achat des pensions.
En effet, depuis la réforme des retraites de 2003, les pensions des fonctionnaires retraité-es évoluent comme celles des salarié-es retraité-es en étant en principe indexées sur l’évolution des prix hors tabac. Le SNES et la FSU sont donc déterminés à agir solidairement avec l’ensemble des retraités ; notre plate forme revendicative s’en est trouvée enrichie avec l’adoption par exemple du mandat qu’aucune pension de retraite pour une vie professionnelle complète ne saurait être inférieure au SMIC. Cette approche est fidèle à la conception de la pension comme un salaire continué en
définissant le droit au minimum de pension en référence à l’activité professionnelle et son niveau en lien avec celui des rémunérations, à l’opposé des dernières réformes qui conditionnant l’attribution du minimum aux ressources du ménage en font une prestation sociale.
Si l’évolution des prix à la consommation est une référence incontournable, on sait que l’indexation des pensions sur les prix est à terme source de paupérisation relative des retraités, dont le pouvoir d’achat est figé alors même que celui de la société dans laquelle ils vivent progresse. Cela nous conduit ainsi que le congrès de la FSU l’a adopté à revendiquer le rattrapage sur les prix et une évolution des pensions sur les salaires.
Un retour aux mécanismes antérieurs du code des pensions, affaiblis dès les années 1980, apparaît peu crédible et peu rassembleur. Le congrès du SNES pourrait engager une réflexion sur un nouveau mécanisme commun à l’ensemble des retraités assis sur l’évolution des salaires. Différents indicateurs officiels existent ; par exemple, celui utilisé pour le SMIC qui évolue annuellement comme l’indice des prix augmenté de la moitié de l’évolution du salaire moyen de base, le SMB publié par le
ministère des affaires sociales.

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Refuser la casse du code du travail... comme du statut FP
Unité public-privé pour nos garanties professionnelles

Olivier Vinay élu Emancipation à la CA académique de Créteil et au BN de la FSU

L’avant projet de loi travail couronne le virage ultralibéral des Hollande, Valls et consorts. Les mobilisations multiples, immédiates, innovantes contre ce projet contrastent avec le lamentable communiqué interpro. du 23/02, qui illustre l’erreur des directions du SNES et de la FSU de vouloir marier la carpe CFDT-UNSA-CGC et le lapin CGT- Solidaires-FO, qui a permis aux premiers de se dédouaner de leur soutien au Pouvoir, d’imposer et promouvoir le plus petit dénominateur revendicatif commun, avant -parions le- de populariser leur trahison du cadre unitaire.
La responsabilité du SNES et de la FSU est de contribuer à arracher le retrait total de cet avant projet de destruction du code du travail en se donnant vraiment les moyens d’être massivement avec la jeunesse. Ce qui impose d’informer et mobiliser en urgence sur les attaques contre le statut général FP, qui procèdent exactement de la même logique ultralibérale.

ChacunE peut constater que les premières mesures d’application du vrai faux accord « parcours professionnels, carrières, rémunérations » (PPCR) sont inacceptables (suppression des avancements au rythme plus favorable, rendez vous salarial reporté et d’emblée présenté comme non avenu...).

Loi « travail » = loi « déontologie » + PPCR
Le SNES et la FSU doivent donc en tirer toute les conséquences et se battre pour le retrait des textes qui, associés aux PPCR, dynamitent les garanties statutaires : lois territoriales, déontologie…
Et cesser de présenter la loi déontologie comme favorable, alors qu’elle n’est qu’un tissu d’agressions :
- en cas de suppression de son poste, « priorité » et non plus « obligation » d’être réemployéE dans son grade, sans précision de la position statutaire du fonctionnaire en cas de non réalisation de cette priorité : dispo, congé sans solde d’office ou licenciement ? Dans leur rapports, les rapporteurEs de la loi à l’Assemblée nationale comme au Sénat sont très clairs : La rapporteure de l’Assemblée nationale considère qu’en l’absence de précision il faut se référer au dispositif de doit commun : « si ledit fonctionnaire ne prend pas d’initiative pour trouver un emploi équivalent et s’il refuse le poste qui lui sera proposé en priorité par son administration d’origine, il pourra soit demander une mise à disposition, soit être radié des cadres en l’absence de service fait ». Et la rapporteure commente l’évolution tant vantée par les directions syndicales par rapport à la loi mobilité : « Paradoxalement, alors que la situation de réorientation professionnelle lui permettait de refuser jusqu’à trois postes avant d’être mis en disponibilité d’office ou d’être licencié, le dispositif proposé et soutenu par l’ensemble des organisations syndicales apparaît, de ce point de vue, plus contraignant » (1). Et le rapporteur du Sénat « partage cette analyse et appelle les services des ressources humaines de la fonction publique de l’État à la mettre en œuvre ». (2) (citations et sources ci-dessous). On voit tout à fait ce que cela peut donner dans un contexte de suppressions massives de postes et de réformes structurelles comme dans la territoriale !
- mise en cause des barèmes de mutations et organisation de la mobilité forcée en parallèle avec les PPCR, la contre réforme territoriale et l’extension du compte personnel d’activité (CPA) à la fonction publique, par ordonnance, comme le prévoit la loi travail ;
- sanctions aggravées et « référents déontologie » pour tous les services et tous les pans de l’activité des fonctionnaires ; on voit ce que ces référents déontologie peuvent donner avec la traque de la « radicalisation » et aussi avec l’introduction dans cette loi de l’exigence de « dignité » comme au temps de Vichy et, si le Sénat est suivi pas la commission mixte du 29 mars, avec la légalisation de l’obligation de réserve ;

- enfin, toujours si le Sénat est suivi par la commission mixte, retour des 3 jours de carence et légalisation de l’intérim dans la fonction publique, à mettre en parallèle avec la possibilité reconnue légalement de pourvoir les postes de la FPE par des contractuels y compris de la territoriale et de l’hospitalière.

Note 1-« Mme Françoise Descamps-Crosnier, rapporteure de l’Assemblée nationale observe que « le dispositif proposé ne précise pas les conséquences d’un éventuel refus du fonctionnaire de l’État en cas de proposition d’affectation ou de détachement sur un emploi équivalent dans sa zone géographique par l’administration. Il faut donc se référer au dispositif de droit commun. Ainsi, selon les informations qui lui ont été transmises, si ledit fonctionnaire ne prend pas d’initiative pour trouver un emploi équivalent et s’il refuse le poste qui lui sera proposé en priorité par son administration d’origine, il pourra soit demander une mise à disposition, soit être radié des cadres en l’absence de service fait. Paradoxalement, alors que la situation de réorientation professionnelle lui permettait de refuser jusqu’à trois postes avant d’être mis en disponibilité d’office ou d’être licencié, le dispositif proposé et soutenu par l’ensemble des organisations syndicales apparaît, de ce point de vue, plus contraignant. »
Source : http://www.assemblee-nationale.fr/14/rapports/r3099.asp aller à article 21 ; 2. Le dispositif proposé par le Gouvernement ; 4ème paragraphe.

Note 2-« Le dispositif proposé n’explicite pas le droit qui s’appliquerait à un fonctionnaire sollicitant une telle priorité mais refusant le poste proposé par son administration. Mme Françoise Descamps-Crosnier, rapporteure de l’Assemblée nationale, précise toutefois que « si ledit fonctionnaire ne prend pas d’initiative pour trouver un emploi équivalent et s’il refuse le poste qui lui sera proposé en priorité par son administration d’origine, il pourra soit demander une mise à disposition, soit être radié des cadres en l’absence de service fait »200(*). Votre rapporteur partage cette analyse et appelle les services des ressources humaines de la fonction publique de l’État à la mettre en oeuvre. »
Source : http://www.senat.fr/rap/l15-274/l15-27417.html#toc192 aller à article 21 ; 2. L’introduction d’une priorité d’affectation ou de détachement en faveur du fonctionnaire de l’État dont l’emploi serait supprimé (alinéas 5 à 9) ; fin du dernier paragraphe.

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Revalorisation : Deux grades ? Un GRAF ? Ou Zéro pour tous ?

Marie-Cécile Périllat, Laurent Boiron, élu-e-s EE à la CAN

Après avoir fait l’objet de débats virulents, et avoir finalement été mis à la porte du congrès de Marseille, le GRAF tenterait-il de revenir par la fenêtre à Grenoble ? Les formulations figurant dans le rapport préparatoire du thème 2 peuvent en effet inquiéter. Le Snes, si l’on comprend bien, pourrait accepter la création d’un troisième grade, pour peu qu’il soit vidé de ses aspects les plus inégalitaires, à savoir un accès sur critères fonctionnels (avoir exercé dans tel endroit, ou telle mission etc ). Le Snes ferait ainsi le pari de parvenir à vider, progressivement, ce futur grade de tout élément discriminatoire (le « mérite ») pour, in fine, en faire bénéficier tous les collègues. C’est d’ailleurs ce qu’il prétend être parvenu à faire avec la hors-classe, créée en ...1989, sur la base d’un engagement du gouvernement formulé dans le cadre du protocole PPCR que tout fonctionnaire pourrait faire une carrière sur deux grades. Mais la mise en œuvre d’une telle promesse reste pour l’instant encore de l’ordre de l’hypothèse si l’on veut bien songer au contexte budgétaire d’austérité et au fait qu’elle n’engage en rien une éventuelle nouvelle majorité dans un an... Faut-il rappeler que, aujourd’hui encore, un grand nombre de collègues agrégé-es et certifié-es partent à la retraire sans aoir été promus à la hors-classe ? Et que, pour les certifié-es, la gestion académique entraîne de profondes différences d’accès à ce deuxième grade ? Et surtout, qui peut croire que nous soyons davantage en mesure de nous opposer plus efficacement aux dérives managériales de l’administration (chefs d’établissement, IPR..) aujourd’hui que lors des décennies précédentes ? Accepter ce nouveau grade ce serait un peu dire à nos collègues : dans 25 ans, on rasera (peut être) gratis... Et en attendant on aura à nouveau tous les effets pervers d’une promotion de grade à la main de la hiérarchie. Le Snes Fsu doit s’opposer résolument à la mise en place du GRAF dans l’éducation.
La légitime exigence de revolarisation de nos métiers ne peut s ’appuyer sur ce type de dispositif : il faut forcer le gouvernement à débloquer la valeur du point d’indice, à rattraper ce qui a été perdu depuis de nombreuses années et à concevoir une grille permettant à toutes et à tous de parcourir la carrière au rythme le plus favorable. Seule la lutte, résolue, dans le cadre des mobilisations de toute la Fonction Publique, le permettra.

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Démocratiser l’accès aux études supérieures : un enjeu de société
Caroline Lechevallier, UA

On observe, depuis le début des années 2000, une plus faible proportion de recrutement par concours des candidats issus de milieux défavorisés dans l’ensemble de la fonction publique (et pas uniquement pour les métiers de l’Éducation Nationale). Dans le cadre de « la promotion de l’égalité et la lutte contre les discriminations », le gouvernement Valls a mis en place une « mission d’évaluation au regard des risques de discrimination et portant sur les différentes voies de recrutement ». Pour lutter contre les discriminations créées par les concours, il a engagé un travail de modification des contenus des concours qui sont devenus plus professionnels et de fait moins basés sur les connaissances. Il affirme que l’embauche de contractuels sur des emplois publics serait un moyen de démocratisation de la fonction publique. Il souhaite ainsi pérenniser cette voie de recrutement par la précarité, un entretien d’embauche permettant d’exercer sur le terrain qui serait seul formateur, des concours (interne, réservé) n’étant ensuite accessible que grâce à l’ancienneté de services de non-titulaire et l’épreuve d’admissibilité est une reconnaissance des acquis de l’expérience professionnelle. Or, les concours ont été instaurés pour éviter les passe-droits et sont faits pour que l’accès à la fonction publique soit fondé sur des critères objectifs, d’où l’anonymat à l’écrit et la collégialité des délibérations et l’indépendance des jurys.
Afin, de contrecarrer la tentative du gouvernement d’utiliser la démocratisation comme prétexte pour supprimer ou contourner les concours, le SNES se doit d’avoir des contre-proposition opérantes. Le niveau master est celui où sont recrutés nombre de professions hautement qualifiées – dont les enseignants. Soit l’accès au master est massifié : le vivier une fois élargi pourra répondre aux besoins des divers métiers, enseignement compris. Soit le vivier reste étriqué : le débouché enseignement sera en concurrence avec d’autres, plus attractifs, et les besoins en professeurs ne pourront être couverts. Plus que les modalités de recrutement et concours (place dans le cursus universitaire, contenus des épreuves), les freins à la démocratisation sont les conditions d’études dégradées dès la première année de licence par l’obligation pour certains étudiants d’être en parallèle salariés, ce qui les freine pour accéder au niveau master et dégrade leur préparation au concours et donc diminue leur chances de réussite. Cette problématique n’est pas nouvelle, elle a toujours été : ce n’est donc pas l’élévation du niveau de recrutement qui l’a créée. Pour preuve, ce problème de sélection sociale existe également en médecine où le recrutement se situe à l’issue de la première année de licence. Pour élargir le vivier master quel qu’il soit, il faut ainsi à la fois améliorer l’offre et la qualité de l’enseignement supérieur, élargir son recrutement actuellement restreint par de graves inégalités sociales et géographiques, et sécuriser financièrement la masse des étudiants pour qu’ils puissent étudier à plein temps. Une campagne commune est donc à construire avec les syndicats étudiants afin d’obtenir de l’État un investissement massif dans le financement des études avec dans l’immédiat : revalorisation et élargissement des bourses, augmentation du nombre de logements étudiants à loyer social jusqu’à l’allocation d’autonomie. Dans l’éducation, pré-recruter dès la première année de licence et tout au long du cursus est indispensable, vue la crise de recrutement, pour sécuriser et rendre attractifs les parcours qui mènent à nos métiers. Ils auront, comme les IPES autrefois, un second effet positif, celui de démocratiser.

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Non-titulaires et concours réservés
Nadine Krantz, pour le secteur non-titulaires

Les non-titulaires sous contrats non protégés par le statut, sont à part entière des enseignants, conseillers d’orientation et d’éducation, coordinateurs, formateurs, en formation initiale ou continue.
Cette année encore, sur 1118 postes ouverts aux concours réservés, 389 ne seront d’ores et déjà pas pourvus suite aux résultats d’admissibilité. Alors, que le ministère de la fonction publique s’est engagé à prolonger les recrutements réservés de deux ans, sans pour autant prendre la peine de réécrire les textes extrêmement restrictifs.
L’action des syndicats de la FSU, a seulement permis d’obtenir du gouvernement :
la réouverture du CPIF,
une prolongation de la durée du recrutement réservé jusqu’en 2018,
une éligibilité pour les non titulaires en poste entre 2011 et 2013.

Fortement investis dans la lutte contre la précarité, nous avons mené de nombreuses actions syndicales qui se sont traduites par des avancées concrètes inscrites dans la loi du 12 mars 2012 et dans le décret de 1986 modifié, mais, le mandat essentiel pour les non titulaires du second degré reste l’obtention d’un véritable plan de titularisation pour assurer l’accès de tous au statut de fonctionnaire.
Pour œuvrer dans ce sens, nous n’avons cessé de dénoncer un certains nombre d’anomalies comme le fait que :
Les non-titulaires soient évalués par un jury souvent inadapté eu égard à leur parcours professionnel,
Des rapports de jury disponibles bien trop tardivement,
Un dossier RAEP destiné à reconnaître les acquis d’expérience(s), ne comportant qu’une seule page,
l’obligation de changer de séquence chaque année en cas de non réussite à l’épreuve,
Une interrogation à l’oral, pas toujours cohérente avec le sujet,
Ne jamais connaître les motivations du rejet du dossier, etc.

Faut-il rappeler qu’exercer en tant que non-titulaires est très pénalisant en terme de disponibilités et de pression : c’est changer de poste régulièrement, de matières, de niveaux, d’établissement, d’horaires, d’équipe pédagogique, de collègues, de hiérarchie, etc.. Ils peuvent difficilement préparer les concours dans de bonnes conditions !

Depuis le Congres de Strasbourg de 2001, le SNES porte comme mandat, la dispense des épreuves théoriques avec l’entrée en année de stage pour les non-titulaires les plus anciens, l’idée n’a jamais été de brader les concours ou de les contourner mais plutôt de travailler à la prise en compte des compétences professionnelles acquises par nos collègues au cours de leurs nombreuses années d’expériences en considérant que leur carrière est susceptibles de démontrer leurs compétences dans leurs fonctions. D’autant qu’ils sont inspectés très régulièrement et que les rapports rédigés par les IA-IPR peuvent en principe le confirmer. L‘entrée directe en stage permettra aux non-titulaires concernés de suivre une formation durant l’année qui sera sanctionnée par une validation ou non, dans le corps de fonctionnaire.

Voici à notre sens, une mesure allant vers un vrai plan de titularisation !

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Former plus tôt et plus longtemps pour former mieux et plus d’enseignant-e-s
Marie Haye, Raphaël Andere, Romain Gentner, Ecole Emancipée.

Le recrutement en M1 pose de nombreux problèmes : au lieu d’un modèle de formation intégrée et progressive, il s’agit d’une formation successive, dans laquelle on bachote d’abord pour les concours et la validation du M1, puis on se forme en accéléré au métier en une année tout en bachotant pour son M2. Mais le problème de l’accumulation et de la contradiction des tâches se pose aussi dans un modèle de recrutement après le M2 : les étudiant-e-s qui passaient les concours de 2010 à 2013 l’ont douloureusement éprouvé. Les cours universitaires ont souvent peu à voir avec les contenus que les futurs professeurs auront à enseigner ; les épreuves des concours, même rénovés, demandent de bachoter des connaissances ou des savoirs-faire en partie factices en dépit de leur visée professionnalisante.
Les trois voies de recrutement ne règlent aucun de ces problèmes. Il ne s’agit pas de dire que tout le monde doit entrer dans le métier exactement de la même manière. Mais cela ne justifie en rien d’institutionnaliser des parcours différents. Si la formation de haut niveau pour les enseignant-e-s est une exigence, l’existence de trois voies d’accès aux concours supposerait pourtant d’admettre que certains lauréat-e-s, les titulaires d’un master recherche par exemple, n’arriveraient sur le terrain qu’avec très peu de formation. Plus encore, l’existence de plusieurs voies d’accès reviendrait à former les étudiant-e-s différemment, et en grande partie en fonction de leur origine sociale, à un même métier.
Comme la formation est indispensable et que nos métiers n’attirent plus, il faut que cette formation soit rémunérée. Cela n’est possible que si la formation a lieu après, et non avant le concours. De plus, pour que la formation soit réussie, elle ne doit pas être parasitée par les contraintes du concours, ni même par celles du master. Pour que la formation permette aux enseignant-e-s d’être concepteurs-trices et de lutter contre la reproduction des inégalités scolaires, il faut la penser après un concours à bac + 3, sur au moins deux années, donnant droit à la reconnaissance du diplôme de master. La rémunération serait alors calculée selon le corps de titularisation et non pas le niveau de recrutement (comme c’est le cas par exemple à l’ENA ou à l’Ecole Nationale de la Magistrature).
La formation professionnelle pourra alors être une formation véritablement intégrée. Débarrassé-e-s de la pression du concours, les stagiaires pourront se projeter dans l’entrée dans le métier de manière progressive, anticiper non pas des épreuves de concours mais des problématiques d’enseignant-es, en travaillant à la fois sur les objets disciplinaires (maîtrise des savoirs mais aussi des enjeux épistémologiques de leur discipline) et professionnels. Des équipes pluricatégorielles (universitaires, formateurs ESPE, tuteurs) doivent pouvoir travailler ensemble pour élaborer des formations alternant pratique réflexive du terrain et savoirs issus de la recherche, auxquels les stagiaires seraient véritablement initié-e-s.
Le recrutement à la licence assure la démocratisation de l’accès à nos métiers, et permet de former des professionnel-le-s qui peuvent participer à la nécessaire démocratisation scolaire, reprendre ainsi la main sur leur métier et ne pas se laisser imposer des pratiques pédagogiques allant à l’encontre d’une visée émancipatrice de l’école.

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ÉSPÉ : Formation bradée
Marie Haye, Raphaël Andere, Romain Gentner, Ecole Emancipée.

Hollande avait mis la refondation de la formation en tête de ses promesses de campagne. Les ÉSPÉ sont censées l’incarner. Mais dès leur mise en place, plusieurs ÉSPÉ ont connu des mobilisations : les conditions de travail et de formation y sont très difficiles.
Si les ÉSPÉ sont intégrées aux universités, elles pâtissent surtout de leur manque de moyens. Des postes de formateurs-trices ne sont pas pourvus, et trop peu de moyens sont prévus pour assurer le suivi des étudiant-e-s en stage.
Au-delà des moyens, l’articulation entre le terrain et la formation universitaire est quasiment absente : aucun cadre institutionnel de travail commun entre les formateurs-trices des ÉSPÉ et les autres acteurs de la formation, alors qu’ils-elles devront assurer le co-tutorat des stagiaires ; quant aux tuteurs-trices, la plupart n’a pas reçu de formation. Comment penser qu’ils-elles pourront participer au suivi du mémoire s’appuyant sur la recherche ?
Il faut dire que les ÉSPÉ se sont mises en place précipitamment. Les maquettes ont été imaginées dans l’urgence. Il existe une grande disparité sur le territoire, pour les contenus comme pour les volumes de formation (jusqu’à 25 % de variation des volumes horaires d’un master MEEF à l’autre).
Par ailleurs, l’employeur y tient une place dominante : stages donnant une place centrale aux chefs d’établissements et aux inspecteurs, volonté de contrôle des intervenant-e-s dans la formation (y-compris ceux de l’ÉSPÉ) voire utilisation des volumes de formation pour conduire des conférences assurant le service après-vente des réformes en cours, sur-représentation dans les conseils de l’ÉSPÉ...
Les liens de la formation avec la recherche, notamment en éducation, s’en trouvent encore fragilisés.
Dans de telles conditions, la formation ne peut être à la hauteur des besoins, et beaucoup de stagiaires disent leur déception, voire la critiquent au profit du terrain. C’est une catastrophe pour nos métiers, d’autant plus dans un contexte où l’on tente de déqualifier les enseignant-e-s en leur imposant des pratiques pédagogiques utilitaristes et simplistes.
Le SNES-FSU doit poursuivre et intensifier son engagement aux côtés des étudiant-e-s, des stagiaires et des formateurs-trices, en les accompagnant dans les établissements et en étant présent dans les ÉSPÉ. Il doit contribuer à construire et élargir les mobilisations dans les ÉSPÉ : à travers elles, ce sont nos propres revendications sur la formation et notre projet d’école démocratique et ambitieux, que nous pouvons porter. Il faut continuer à exiger des conditions véritablement démocratiques dans l’élection des représentant-e-s au conseil d’école. Les personnels et les usagers de l’ÉSPÉ doivent être représenté-e-s de manière majoritaire au Conseil de l’école et les représentant-e-s des personnels titulaires, expert-e-s de leurs métiers, doivent également y siéger.

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La place du concours : un choix stratégique et politique !
Marie Haye, Raphaël Andere, Romain Gentner, Ecole Emancipée

Sous Sarkozy, l’insuffisance du nombre de postes ouverts aux concours menaçait directement cette voie de recrutement et favorisait le développement de la précarité. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Une crise du recrutement qui perdure...
Le nombre de recruté-e-s a augmenté depuis 2013 avec la création d’une deuxième session de concours puis l’augmentation du nombre de postes ouverts. Cependant, cette hausse est insuffisante pour couvrir les besoins et elle cache une baisse de l’attractivité des concours puisque le nombre de présent-e-s par poste est passé de 2,8 en 2011 à 2,6. Le plus inquiétant est le nombre de postes non pourvus, qui est passé en 2015 à 1876 postes non pourvus, soit 15% des places ouvertes. Une situation qui interroge dans un contexte de chômage massif. Et pour les concours réservés, ce sont 53% des postes qui n’ont pas été pourvus en 2015.1 Ces éléments amènent à relativiser la promesse de création des 60 000 postes dans l’éducation, quand on sait que c’est seulement l’équivalent de 16 000 postes qui ont été créés aujourd’hui.2

… au profit d’une précarisation accrue.
Quelles solutions offre le Ministère ? Toujours les mêmes fausses bonnes idées, mais en pire ! Les Emplois d’avenir professeurs deviennent Étudiants apprentis professeurs, ou comment mettre en place l’apprentissage dans l’enseignement avec des contrats de droit privé. Les masters en alternance constituent une formation au rabais puisque celle-ci est amputée de 50% du volume du master MEEF. Devenu-e-s fonctionnaires stagiaires, les lauréat-e-s au concours sont des moyens d’enseignement à mi-temps en classe, débordé-e-s par les préparations de cours et la validation du M2. De nombreux stagiaires sont toujours à temps plein en responsabilité et doivent suivre une formation en plus.

L’enjeu de la formation des maîtres : démocratiser l’accès au métier !
Il est urgent de changer de paradigme, en recrutant tôt pour recruter beaucoup et notamment des femmes et des étudiant-e-s des catégories populaires :
il est urgent de mettre sur place un véritable dispositif de formation des enseignant-e-s qui inclut dès la première année de licence des éléments de pré-professionnalisation. Une certaine souplesse doit permettre d’ajuster les contenus de formation en fonction des parcours antérieurs, mais les trois voies d’accès au concours ne peuvent répondre à la crise du recrutement puisqu’une partie des personnel-le-s concerné-e-s sont déjà en poste. La solution pour ces dernier-e-s réside plutôt dans la titularisation de tou-te-s les contractuel-le-s.
Les pré-recrutements ne peuvent constituer une aide marginale pour une petite partie des candidat-e-s. Ils doivent permettre l’accès au métier à autant d’étudiant-e-s que de places ouvertes aux concours. Cet accès au statut d’élève fonctionnaire doit avoir lieu dès la première année de licence pour permettre aux futures enseignant-e-s et CPE d’être rémunéré-e-s et de cotiser pour la retraite.
Enseigner exige un haut niveau de qualification, ce qui ne veut pas forcément dire un recrutement tardif. A l’ENS, les élèves normaliens sont recrutés par un concours après deux ou trois années d’études supérieures, acquièrent le statut de fonctionnaire stagiaire et sont rémunérés pendant quatre ans (environ 1250 euros net)3. A l’École nationale de la Magistrature4 et à l’École nationale de l’Administration5, les élèves recruté-e-s deviennent fonctionnaires stagiaires et ce n’est qu’à l’issue de leur parcours que leur est délivré leur diplôme.
Recruter à la licence permet d’accéder au métier après trois années sous statut d’élève fonctionnaire. Deux années de formation professionnelle rémunérées suivent le concours, donnant lieu à l’attribution d’un Master, avant une entrée progressive en fonction en T1 et T2.
Démocratiser l’accès au métier, recruter de manière précoce, financer la formation des enseignant-e-s et CPE et revaloriser les conditions de travail et les salaires sont les seuls moyens de mettre un terme à la crise du recrutement par concours. Sinon, celui-ci est menacé au profit du recrutement par contrat, qu’il soit local ou sous la forme de l’apprentissage, qui ouvre une brèche dont les conséquences sur nos statuts sont à redouter.

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