Sport le matin, cours l’après midi

"Cours le matin, sport l’après midi" : premier bilan en lycée, analyse du SNES

Le Ministère de l’Education Nationale (MEN) a lancé en mai dernier une « expérimentation » dans 124 établissements – dont 41 lycées – nommée « cours le matin, sport l’après-midi ». Ce dispositif consiste à aménager l’emploi du temps pour favoriser la pratique du « sport » mais aussi d’ « activités artistiques et culturelles » l’après-midi (Bulletin officiel n°31 du 2 septembre 2010, et dossier sur le site du ministère).

Selon le ministère, il s’agit d’une expérimentation coûteuse, qui n’a donc pas vocation à être généralisée. Elle constitue un plus pour les élèves et leur famille, puisque les horaires des élèves sont abondés. Le ministère ne voit donc pas de raison de critiquer le dispositif, même s’il admet que les familles doivent avoir le choix d’en bénéficier ou non.

Ce dispositif constitue enfin un des fers de lance de l’expérimentation sur les rythmes scolaires, enjeu plus large sur lequel le MEN a également lancé une « réflexion »… dont on sait qu’elle instrumentalise un enjeu important pour trouver de nouvelles pistes de dérèglementation et de suppressions de postes.

D’après nos remontées, l’expérimentation concerne souvent des établissements ayant déjà des classes avec dispositif spécifique pour élèves sportifs. Elle peut alors consister à « habiller » d’un nouveau nom des pratiques qui préexistaient. Cependant elle ne se réduit pas à cela, et traduit bien les intentions latentes du MEN :

- classement des disciplines scolaires entre certaines qui seraient "intellectuelles" et nécessiteraient la matinée, et d’autres qui seraient de l’ordre de "l’intelligence de la main" et sans véritables savoirs, pour lesquelles on garde l’après midi et qu’éventuellement on externalise. Cette conception caricaturale a des relents d’hygiénisme. Le SNEP-FSU demande depuis des années "mieux et plus" d’EPS pour les lycéens. Cette expérimentation n’y répond pas, mais permet au gouvernement de communiquer sur sa préoccupation en matière de sport dans les établissements scolaires.

- tendances à l’externalisation des missions : que ce soit pour le « sport » (et non l’EPS) ou pour les « activités artistiques et culturelles », les établissements sont encouragés à faire appel à des intervenants extérieurs. Le risque est de remplacer des enseignements par une logique d’animation, et ainsi de « justifier » à terme des suppressions de postes ;

- tendances à la dérèglementation : la règle du « volontariat » est affichée, mais la plupart du temps les chefs d’établissement contournent le Conseil d’Administration. Or ce dispositif ne peut pas être mis en place sans un vote favorable du Conseil d’Administration (toute expérimentation est intégrée au projet d’établissement, lequel est voté par le CA). C’est donc une attaque de plus contre cette instance, par le biais de réunions informelles où l’ont met la pression sur les équipes, ou par le biais du Conseil pédagogique.

Pour le SNES, l’enjeu du débat sur les rythmes scolaire ne saurait se résumer à « cours le matin, sport l’après midi ». Par ailleurs, cette expérimentation qui se présente uniquement comme une nouvelle organisation de la journée scolaire pose de tout autres problèmes que ceux de la seule organisation des rythmes scolaires.
Le SNES dénonce les dérives expérimentée par le dispositif « cours le matin, sport l’après midi », qui ne cherche qu’à masquer derrière des considérations pseudo-pédagogiques la recherche cynique de nouveaux outils pour dégrader l’école publique.
Dans l’immédiat, le SNES appelle les personnels des établissements concernés à exiger un vote en Conseil d’Administration.

lien vers le dossier du SNEP-FSU
lien vers le dossier rythmes scolaires du SNES