Culture et Technologie

Culture technique et technologie

Pour Yves DEFORGE (DE L’EDUCATION TECHNOLOGIQUE A LA CULTURE TECHNIQUE - 1993) le terme technique définit "le pouvoir de produire un résultat préconçu au moyen d’une action consciemment maîtrisée et dirigée". La technique s’identifie alors plus comme un processus qu’un produit (puisqu’il y a conception et réalisation) et la finalité du processus technique est de chercher à faire une réalisation adaptée à un environnement et aux besoins d’un destinataire. Pour Yves DEFORGE, la culture technique est faite d’actions sur les objets ou les gens indissociable d’une réflexion sur ces actions, elle est une composante essentielle de notre culture car elle nous donne à comprendre le monde qui nous entoure et à porter sur lui un jugement de valeur. De ce fait elle est aussi une composante essentielle de l’éducation puisqu’elle permet à l’individu de prendre en charge son devenir dans la société.

En terme éducatif, des arguments économiques, d’ordre utilitaire, de type démocratique, de type culturel ou social ont été portés pour justifier l’intérêt de la culture scientifique et technologique et promouvoir la construction de programmes autour de cette idée majeure de la culture scientifique et technique pour tous. Pourtant, dans les travaux de recherche sur la culture scientifique et technique, dans les grandes enquêtes internationales, PISA et TIMSS, qui comparent les attitudes, les compétences des élèves à l’échelle internationale ou dans le socle commun de connaissances et de compétences, il s’agit peu de favoriser les dynamiques sociales ou de prendre une distance critique face à l’ordre des choses.

La culture technologique doit permettre l’acquisition d’une rationalité technique nécessaire au regard critique, indispensable à la prise de recul et à la distanciation par rapport aux objets de l’environnement des jeunes. Pour que ceux-ci passent de simples utilisateurs à observateurs critiques, maîtres de leurs choix et des techniques qu’ils adoptent, pour ne pas seulement permettre aux élèves de comprendre le monde mais de construire celui de demain avec un regard critique indispensable à toute participation démocratique, il y a trois espaces très forts à défendre : celui de la rationalité technique qui fait penser en terme d’efficacité, qui fait penser en terme de solutions alternatives, qui fait bien sûr appel aux connaissances scientifiques pour limiter en particulier les risques ; celui de l’entrepreneurship, de la prise de risques, de la prise de responsabilité dans les travaux collectifs en particulier ; et celui de l’inventivité. Sans cela, si on en reste à une technologie d’usager, ce qu’on voit déjà avec le socle commun et les derniers programmes, on va complètement passer à côté de ce qui est le but même de l’éducation scolaire, former des individus et des citoyens responsables.

Etude de la technique, la technologie doit aussi être la science du faire, expressément liée à la conception et à la fabrication raisonnées d’objets techniques. Du primaire au collège, par des réalisations associées graduellement aux différentes pratiques sociales de références, domestiques puis artisanales et industrielles, l’élève doit être élevé au niveau de concepteur avisé attendu au lycée. Sur toute la durée de la scolarité au collège, de la classe de 6ème à la classe de 3ème, par des productions suffisamment signifiantes, l’élève doit être amené à appréhender les quelques codes, concepts et principes lui permettant d’aborder le monde des objets et produits qu’il utilise mais qu’il connait mal, principalement parce qu’il ignore les choix et les compromis qui ont prévalus lors de leur élaboration.

Comme toutes les cultures, la culture technique est émancipatrice et permet à celui qui la possède une intégration dans un univers encore à découvrir. La technologie fait partie de la culture commune et participe à la formation du citoyen de demain, capable de comprendre le monde dans lequel il vit, capable d’opérer des choix conscients, capable de peser sur l’avenir collectif de la société dans laquelle il va s’intégrer.

A partir des interventions du colloque Snes-AEAT de 2010 "Quelle place pour la technologie dans la culture ?" et des travaux du groupe

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