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D’EPI en dépit

La DGESCO met en ligne des propositions d’Enseignement Pratique Interdisciplinaire : http://eduscol.education.fr/cid99750/epi.html

Cette fois ci, pas de machine à vapeur : célèbre exemple d’EPI mis en avant par notre ministre dans les médias dont Paul Devin, secrétaire général du SNPI-FSU a expliqué l’inanité sur son blog Mediapart (1) et sur lequel, on peut ajouter que l’étude de la pression n’est pas inscrite dans les nouveaux programmes.

Deux EPI se rapportent au son, nouvellement entré au programme du collège : "Analyse d’un objet de la vie courante :Le téléphone portable " et " À propos des sons". Cette partie du programme de cycle 4 est fraîchement accueillie par les collègues qui connaissent les difficultés didactiques que présentent les ondes sonores. Le SNES-FSU a présenté des amendements au Conseil Supérieur de l’Education, notamment sur ces points du programmes. En séance, il a été répondu, à propos des fréquences d’onde lumineuses, qu’en cycle 4 il est trop tôt pour parler d’ondes et de particules... Le MEN a assuré le SNES-FSU qu’il serait vigilant sur les ressources.
Or que trouve-t-on dans les ressources ?
- Une proposition de mesure de la fréquence de vibration d’un haut-parleur avec un stroboscope (programme de 1ere L en 2008, de 2nde en 1993).
- L’étude du phénomène vibratoire périodique des couches d’air (notion de son).
- La modélisation de la propagation d’un bruit/son.
- L’ étude du signal d’un instrument de musique enregistré à l’aide d’outils adaptés à comparer à celui d’un diapason.
- Différence entre un rayonnement micro-onde et un signal sonore.

Les lycéens confondent souvent la représentation temporelle du signal en déplacement, qu’ils traitent comme un objet matériel, avec la représentation spatiale d’ une onde sinusoïdale. Ils ont dû mal à assimiler que le milieu ne se propage pas avec l’onde. Qu’en sera-t-il alors des collégiens ?
L’étude de la pression atmosphérique n’apparaît plus explicitement dans le programme de cycle 4, déjà très long à traiter, il faudra bien l’expliquer aux élèves pour expliquer les compressions et dépressions de l’air provoquées par les ondes sonores.
Les élèvent devront percevoir la différence entre la tension électrique périodique visualisée à l’oscilloscope ou bien sur l’écran d’un ordinateur avec l’onde sonore à laquelle elle correspond ; sans parler des ondes électromagnétiques qui entrent en jeu dans la communication entre les téléphones.
A la période et la fréquence que l’on étudiait dans le programme précédent via les tensions électriques alternatives, s’ajoutera en filigrane au moins la notion de longueur d’onde (notamment les micro-ondes, si on veut expliciter ce terme !). Ce sera l’occasion d’une plus grande confusion une grandeurs physiques pour la plupart.
Rappelons-nous du temps où les ondes électromagnétiques étaient enseignées en terminale S...
Alors que les collègues espéraient aborder la notion de fréquence de façon simple et détachée de l’oscilloscope, le voici qui revient sur le devant de la scène pour illustrer des concepts bien plus complexes que ceux étudiés précédemment.

La promesse donnée lors du CSE n’est pas respectée. Ces exemple d’EPI montrent qu’il est bien question d’étudier la physique ondulatoire dès le collège. Le SNES-FSU défend un enseignement exigeant et de qualité, à ne pas confondre avec une ambition démesurée qui mettra la majorité des élèves en échec. Une approche simplifiée du son et de la lumière doit être possible sans s’égarer dans de telles arcanes.
Ces deux exemples illustrent aussi le fait que l’interdisciplinarité réclame un bagage de connaissances très conséquent. Cela fait longtemps que les professeurs d’éducation musicale proposent aux collègues de Sciences-Physiques de travailler ensemble sur les sons musicaux et que la difficulté des concepts fait obstacle à cette collaboration.
On constate, à cette occasion, à quel point le flou des attendus programmatiques laisse libre court aux interprétations.

Enfin, évoquons un instant l’investissement financier que le traitement de cette partie de programme engendrerait dans un collège hors cité scolaire : stroboscope environ 330 €, sonomètre environ 140 €, diapason environ 60 € chez un célèbre fournisseur de matériel pédagogique. Quand on connait les restrictions budgétaires sur les dépenses pédagogiques, cela laisse rêveur.

P.-S.

(1) " Prenons un exemple fourni par le ministère : la machine à vapeur permettant de relier les enseignements d’histoire sur la révolution industrielle et les enseignements de physique sur la pression des gaz. Mais les savoirs sur la pression des gaz permettent-ils de mieux comprendre la révolution industrielle ? Au contraire ne conduiront-ils pas à construire une représentation trop strictement liée à l’évolution des techniques quand le professeur d’histoire aurait montré la complexité de la notion en mettant en évidence des facteurs techniques, démographiques, économiques, sociaux… Quant au recours aux mathématiques qui vise à comparer la vitesse du cheval et celle de la locomotive à vapeur (sic !), on voit jusqu’où peut aller l’artificialité de la mise en relation entre les disciplines." et "Pour autant, si l’interdisciplinarité constitue une nécessité pour construire des relations cohérentes entre les savoirs, elle reste une démarche complexe qui ne peut se confondre avec la simple juxtaposition thématique d’enseignements disciplinaires que propose la réforme du collège." Paul Devin

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