Mouvement Inter-académique

Déclaration liminaire GT SPEN 2016

Déclaration liminaire SNES
GT SPEN – Lundi 1er février 2016

Madame la sous-directrice,

Avant d’en venir au sujet qui va nous réunir cette semaine durant, je vais, comme l’an passé, faire un détour par le contexte et quelques points divers. Et, ayant préalablement relu ce que j’ai dit ici l’an passé dans la même situation, je ne peux que constater et regretter combien je vais devoir me répéter. La répétition a beau être réputée être le B.A. BA des pédagogues, il m’arrive parfois de désespérer de son utilité… Qu’on en juge…

Comme l’an passé, et à peu près au même moment, nous avons appelé nos collègues à la grève. On serait tenté de dire même cause, mêmes effets. Le gel du point d’indice depuis plus de cinq ans pèse très lourdement dans la dégradation de la situation de tous les fonctionnaires de sorte que le GVT, autant dire la carrière des agents, est devenu le seul « amortisseur » social. Nous avons certes enregistré que des perspectives s’ouvrent dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler PPCR, perspectives pouvant mettre fin à vingt d’année d’immobilisme sur les carrières alors que, dans le même temps, s’élevait le niveau de recrutement porté au master. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, le SNES et la FSU entendent bien mener de front les 2 combats : revalorisation de la valeur du point d’indice et amélioration des carrières dans le cadre de PPCR. Nous redisons qu’il y a tout lieu de déconnecter enfin l’avancement de l’évaluation et de mettre en place un avancement à rythme unique, comme c’est le cas dans de nombreux corps de catégorie A de la Fonction publique. Si le cadre est bien une carrière en trois grades dont deux seraient parcourus par tout agent, nous n’accepterons pas que, comme le laisse craindre la nouvelle rédaction de l’article 57 de la loi 84-16, ce qui peut constituer un progrès soit obéré par le maintien d’une différenciation dans l’avancement d’échelon en classe normale.

L’enjeu des discussions qui s’ouvrent est donc d’importance puisqu’il s’agit de mettre fin à plus de vingt ans d’immobilisme sur les carrières, de faire sauter le verrou du plafond des fins de carrière. Autant dire, rien moins que de redonner un peu d’attrait à des métiers qui en manquent cruellement depuis de nombreuses années. Où l’on voit, en cela, que l’enjeu dépasse de très loin la petite comptabilité à laquelle certains aiment tant se cantonner…

Mais chacun le sait ici, la grève n’avait pas, loin de là, pour seule motivation le dégel du point d’indice et le manque de volonté affichée par la ministre de la Fonction publique de vouloir à peu près rien y changer. C’est, qu’en effet, est venue se greffer à ce paysage quelque peu déprimé, la réforme des collèges et ses derniers développements !
Que dire qui n’ait été déjà maintes fois souligné ? L’exaspération, déjà forte, exprimée par des grèves importantes depuis presque un an, s’est vue renforcée par ces incroyables réunions d’information, « de formation » disent les hiérarques en charge, qui ont dessillé maints collègues sur la catastrophe qui se profile à la prochaine rentrée. « Autisme » est le mot qui revient le plus souvent à propos de la réaction de notre ministre. En tout état de cause, une grève, donc, dont on a pu mesurer l’ampleur tant dans les chiffres de grévistes – certes pas ceux du ministère qui sont, tout le monde le sait, truqués, gangrénés par une méthode de calcul indigne – que dans la rue. Mais le ministère sait lire les chiffres, comme nous. La grève de la semaine dernière a été à la hauteur de celle du 19 mai ! Alors qu’il n’a de cesse de proclamer que la réforme est sur la bonne voie, que tout sera prêt à la rentrée de septembre sans que rien ne bouge sur le fond, alors qu’un tel discours est surtout tenu pour décourager les collègues de se mobiliser, ceux-ci répondent par une grève de même envergure que 8 mois plus tôt. Il ne lui reste donc qu’à tenter de se rassurer en lisant la presse aux ordres ou en écoutant les JT complaisants qui regardent ailleurs. Bien sûr le journal favori de nos gouvernants, le journal « de révérence » – Le Monde, pour ne pas le citer – n’en a à peu près rien dit, à peine moins que les JT du soir, en sorte que de nombreux collègues ne sont à se demander s’il ne conviendrait pas de faire comme les routiers, les agriculteurs ou les taxis. Eux sont reçus, et par le premier ministre, de surcroît ! Chez nous, une grève majoritaire en collège et rien ! L’intersyndicale à l’initiative de cette grève est priée d’attendre des jours meilleurs… La ministre « communique », circulez ! Tant de mépris à l’endroit de tant de personnels dévoués et exaspérés se paiera forcément, soyez-en sure…

S’agissant de ce qui nous réunit cette semaine, en préambule, je souhaiterais m’étonner tant de la méthode que du contenu d’un rapport remis au mois d’août dernier par un aréopage d’inspecteurs généraux. Le titre de ce rapport est, rappelons-le, « Les mouvements académiques et départementaux comme outils de gestion des ressources humaines »… Vaste programme, comme disait un général bien connu… Leurs auteurs ne sont pas tous des inconnus ici… L’une d’elle a laissé quelques souvenirs ici et là, par exemple et d’aucuns disent pas toujours des meilleurs… Sur la méthode, tout d’abord : on y apprend que les rapporteurs ont auditionné la DGRH, c’est bien le moins, « visité » des académies et, à cette occasion, rencontré des recteurs, des SGA, des IA, etc. et même « des représentants des personnels », des « commissaires paritaires ». Alors, on a cherché… Aucun de nos commissaires paritaires nationaux n’a été auditionné… Ils ont pourtant une « expertise » reconnue de tous… Mais pas davantage nos élus académiques ! Et, là, on se demande comment c’est possible. Comment ont-ils pu à ce point ignorer la première organisation, l’organisation majoritaire, ne pas même tenter de l’entendre ! Faut-il y voir une volonté délibérée d’ignorance de la démocratie sociale, tant vantée par ailleurs, ou bien ont-ils simplement pensé que ce qu’ils auraient eu à entendre de nos élus irait si peu dans le sens qu’ils voulaient donner à leur rapport qu’ils ont préféré l’éviter ? Au point que l’on se demande si l’on est pas en présence d’un hommage du vice à la vertu !.. Il serait par trop fastidieux de passer ici en revue l’ensemble des mesures préconisées… ou de mettre en exergue une aussi étonnante méconnaissance du système mais il nous paraît à tout le moins « croquignolet » de voir nos aimables inspecteurs généraux regretter l’efficacité des bonifications familiales et proposer de les minorer singulièrement… à la veille de voir le ministère renforcer ces mêmes priorités jusqu’à leur donner un caractère absolu devant lequel aucune autre bonification ne devrait interférer… Le plafonnement du vœu préférentiel n’étant évidemment qu’un premier pas en ce sens. On pressent là de leur part un manque d’anticipation coupable… Sur les postes spécifiques nationaux, partant du constat qu’une part importante est pourvue par des personnels déjà en poste dans l’académie d’implantation du poste, ils proposent de les supprimer ! Hors C.P.G.E., nous assurent-ils, ils seraient « peu pertinents » (sic page 41). Au lieu de s’interroger sur le taux de 70 % mis en avant – 70 % des collègues nommés sur ces postes seraient déjà dans l’académie – nos inspecteurs préfèrent « jeter le bébé avec l’eau du bain » ! Et tant pis si ces 70 % cachent des disparités importantes – 100 % pour les CIO, mais moins de 40 % pour les PLP métiers d’Art, et moins de 60 % pour les BTS SII – pourquoi ne s’interrogent-ils pas sur ce phénomène en termes de chaîne d’avis hiérarchique – IPR puis IG – qui fait que, dans de nombreux cas, c’est en fait l’avis de l’IPR qui ne connaît que ceux qu’il a sous la main qui prévaut auprès de l’IG ? On connaît, ailleurs, le défaut d’un tel système, à l’université, par exemple, où la cooptation pose de sérieux problèmes… Enfin, comment ne pas en finir avec ce sujet sans souligner un point d’accord avec le rapport : le profilage des postes en éducation prioritaire ne sert absolument à rien ! Nous l’avions constaté avec le défunt mouvement ÉCLAIR, nos élus académiques n’ont de cesse de le constater et de le décrier depuis de très nombreuses années ! Alors, oui, par un éclair de lucidité, les rapporteurs proposent que l’on fasse en sorte que nos collègues en poste dans ces établissements difficiles soient aidés, pour faire face à leurs considérables difficultés de logement, par exemple. Nous en sommes d’accord, oui, on pourrait commencer par là… mais gageons que cette partie du rapport passera aux oubliettes : trop coûteux, beaucoup trop coûteux d’aider de jeunes collègues mal payés, méprisés par leur hiérarchie, à se loger. Il est beaucoup plus facile de faire comme toujours, organiser la « noria » via d’importantes bonifications de sortie. Ça, c’est moins cher !.. Ce n’est peut-être pas très « GRH » mais ça ne coûte rien ! La Cour des Comptes appréciera, une fois n’est pas coutume, elle qui ose trouver que la masse salariale est trop importante dans la Fonction publique…

J’en viens maintenant à nos travaux…
En préambule, tout d’abord, sur ce point, par delà les difficultés que nous avons pu enregistrer ici et là, nous ne pouvons que louer les efforts des personnels du ministère qui ont toujours su répondre aux attentes de nos élus, dans la mesure bien sûr où ils étaient en mesure de les satisfaire. Encore une fois, au nom des élus, merci à eux tous et toutes.

S’agissant des mouvements spécifiques eux-mêmes, une interrogation : nous mesurons une baisse de 25 % du nombre de candidatures à ces mouvements spécifiques nationaux, une baisse qui va de 15 % en CPGE à 45 % en Sections internationales, 48 % en Théâtre expression dramatique et même 55 % en Cinéma audio-visuel ! Et nous nous demandons si ceci n’a pas à voir avec la procédure quelque peu ubuesque mise en place pour obliger les collègues à faire une lettre de motivation… Rappelons qu’il s’est trouvé un programmeur pour imaginer qu’il fallait d’abord essuyer un refus dans la saisie des vœux au motif de l’absence de lettre de motivation pour se voir ouvrir, dans un deuxième temps, cette perspective et à condition de recommencer et de repérer un « bouton » sur un écran foisonnant d’informations diverses. Au point que nous avons d’abord cru que le « bug » venait de certaines académies qui auraient oublié de rendre actif le lien prévu à cet effet… Aussi embêtant à nos yeux, nous sommes certains que des collègues ont saisi des vœux et que le système informatique les a « oubliés », à ce point « oubliés » qu’ils sont non participants au mouvement. Nous avons ainsi un exemple d’un collègue enseignant l’informatique en C.P.G.E. – autant dire, ni vraiment un novice, ni tout à fait un « poète »… – qui dit avoir saisi ses vœux. Le rectorat de Paris a retrouvé trace de sa connexion et, pour autant, rien n’a été pris en compte et il n’a pu participer au mouvement. C’est inquiétant ! Le « zéro défaut » en informatique, comme ailleurs, ça n’existe pas ! Aussi conviendrait-il, à nos yeux, de prévoir une procédure « de secours », type papier, comme pour l’étranger dans des cas comme celui-ci. L’intransigeance ne nous semble pas de bonne politique RH…

S’agissant de l’accès de nos élus aux informations, nous ne pouvons que regretter que la demande unanime des représentants des personnels de pouvoir se connecter à ACDI hors les murs du ministère n’ait pas abouti. Nous le regrettons tout à la fois pour les élus mais aussi pour les personnels du ministère qui ont, nous n’en doutons pas, autre chose à faire que d’aménager des locaux, se tenir à dispositions des élus pour cette opération. Nous réitérons évidemment notre demande : accéder à ACDI à partir de n’importe quel poste informatique avec un identifiant et un mot de passe, comme cela se passe pour AIDOP.

S’agissant des avis portés sur les candidatures, nous ne pouvons que regretter, cette année encore, l’asymétrie d’information s’agissant des candidatures papier. Sinon, évidemment, nous ne pouvons que nous étonner, cette année encore, que des avis pourtant réputés indispensables ne soient pas portés par ceux qui ont la charge de le faire : IPR, CE, recteur. Nous nous étonnons également que certains postes brillent par leur absence de profil ou aient un profil peu conforme ou d’une banalité telle que le « profilage » du poste pose souci. Alors, à l’inverse, disons-le, il est des avis dont on aurait aimé faire l’économie, des avis qui font plus que nous faire sourire, éclater de rire serait plus juste… Ainsi a-t-on pu voir un chef d’établissement se prévaloir de Brecht et de la « distanciation » – citée en allemand dans le texte, « verfremdungseffekt  » plus précisément – pour regretter, en fait, qu’une collègue ait des rapports dont on croit comprendre qu’ils sont quelque peu conflictuels, avec quelqu’un, son chef d’établissement donc, qui, je cite, « faut-il le rappeler, est le premier pédagogue de l’établissement » (sic). On se pince, on s’esclaffe, pour le dire autrement, on se marre ! Si le concours de chef d’établissement avait à voir avec la pédagogie, ça se saurait… Et que dire de cet autre qui regrette la « manque de loyauté » d’une candidate… Il se trouvera un recteur pour agréer mais, néanmoins, donner un avis favorable signifiant par là toute l’importance qu’il accorde à ce manque de loyauté... Notons que dans le premier cas cité, l’IPR loue les qualités de la collègue dont il ne tarit pas d’éloges. Manque de « distanciation » de sa part, probablement…

Avant de conclure, je m’en voudrais de passer sous silence ces deux mouvement apparus sans la moindre concertation et dans des conditions jusqu’alors jamais vues. Tout le monde l’aura compris, je parle ici de Corse et de Breton. Enfin, plus précisément, d’enseignement en langue corse et en langue bretonne. Nous avons bien compris que la DGRH n’avait pas vraiment eu la main sur cette entreprise… Répondant manifestement à une commande politique, nous avons bien compris que le seul choix laissé a été d’obéir… Grandeurs et servitudes de la fonction, en quelque sorte. On peut évidemment s’interroger sur l’urgence qu’il y avait à se lancer dans une telle entreprise… on peut aussi d’interroger sur ce qui la motive et, pas si accessoirement que ça, son devenir et les vocations qu’elle ne manquera pas de susciter. Car, enfin, comme on dit dans une contrée lointaine que j’ai fréquentée au beau milieu de l’Océan indien, « nou lé pa plu, nou lé pa moin »… Ainsi donc, on conçoit « à la va vite » deux mouvements spécifiques auxquels on n’a que peu réfléchi, on se voit obligé de publier un addendum au B.O. pour l’un d’entre eux, le Corse, et on convient de limiter l’ampleur de la chose : 8 postes dont 3 en Breton et 5 en Corse. Certains apparaissent rapidement comme « préemptés », autrement dit fléchés pour régulariser la situation de collègues en A.T.P. Les « lettres de motivation » de certains impétrants sont édifiantes. Ils ne prennent même pas la peine de cacher leur objectif : contourner le mouvement national. Ainsi, de cette collègue de Créteil, peut-on lire « liée par un PACS avec une personne dont la profession ne permet pas d’envisager un déménagement même temporaire – puisqu’il est propriétaire d’un établissement hôtelier – je suis, de ce fait, renforcée dans ma recherche d’une affectation dans l’académie de Corse » ou, de cette autre, on peut lire « Depuis 5 ans je n’ai cessé de demander lors des mutations inter-académiques, l’académie de Corse en vœu unique. Malgré mes demandes, je n’ai jamais obtenu d’affection définitive dans l’académie de Corse au sein de laquelle je suis en ATP depuis 2010. ». Au passage, nous vous mettons en garde : qui empêchera tel collègue muté sur un SPEN à un bout de l’Île de Beauté, au hasard, de demander sa mutation ailleurs sur l’île dans le cadre de l’intra, ceci parce que, finalement, ce n’est pas tant l’enseignement dispensé qui a suscité sa candidature sur le poste que la possibilité offerte de contourner un mouvement national bloqué. Que ferez-vous ? Pourvoir à nouveau le même poste l’année suivante ?.. Loin de nous l’idée de mettre en doute les qualifications de ces candidats, nous laissons le soin à l’inspection d’en juger, mais nous nous inquiétons des dérives et des vocations que tout ceci ne va pas manquer de susciter. Nous nous inquiétons aussi, nous vous l’avons déjà dit, des « interférences politiques », des « interventions diverses » déjà à l’origine de la création des ceux deux mouvements et, dans un tel contexte, nous vous redisons qu’il faut absolument s’en prémunir au maximum. En clair, et ce n’est pas une clause de style, dès lors que l’on aura pris la peine de vérifier que ces postes répondent à de vrais besoins, tant en ce qui concerne l’implantation que le public visé, la qualification des impétrants étant actée par l’inspection, ce doit être le barème de l’inter qui s’applique aux candidats. C’est la seule façon de limiter les effets délétères que l’on pressent être à l’œuvre dans toute cette affaire…

Bien évidemment, pour le reste et comme d’habitude, au fil du déroulement de nos travaux, nos élus ne manqueront pas d’interroger sur tel ou tel cas. Je vous prie de ne voir dans cette démarche que l’expression du dévouement et du souci légitime qu’ils ont d’être éclairés.

Je vous remercie…
Paris, le 1er février 2016
Les élus nationaux du SNES-FSU,

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