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Dernières propositions pour le programme de seconde

Un projet de programme pour les secondes européo-centré, qui met l’accent sur le culturel et le religieux, qui tend à l’accumulation et le saupoudrage incohérent.

Nous avons eu part, le jeudi 21 novembre, des dernières modifications apportées au projet de programme de secondes, par le groupe d’experts chargé de leur rédaction.

En géographie, il n’y a pour ainsi dire pas de changements. En revanche, en histoire, le programme a été revu depuis notre consultation du 7 janvier et les remarques que nous avions transmises à l’I.G. après notre journée de réflexion du 14 janvier.

Ce projet suscite notre déception et une grande interrogation quant aux principes qui sous-tendent à sa confection.

En effet, le programme apparaît trop long, et donc infaisable, et on peut douter de la pertinence de certains thèmes (par exemple, pourquoi insister sur la figure d’Hildegarde de Bingen pour la période médiévale ? Quelle est la cohérence du chapitre 4 sur l’époque moderne ?).

Surtout, le programme ferme l’espace d’étude sur l’Europe occidentale (les finalités civiques et la fabrique du citoyen européen l’ont emporté). Ainsi, le chapitre sur les civilisations autour de la Méditerranée au XIIème siècle est écarté (et donc l’ouverture sur le monde arabo-musulman), au profit d’une vision particulièrement réductrice de la période médiévale, qui met en valeur le caractère rural de la société occidentale, déniant l’omniprésence des échanges de toute nature greffés sur ces sociétés, insistant sur la Chrétienté et l’imaginaire féodal (histoire culturelle oblige). D’une façon générale, aucune vision de l’Autre n’est proposée. Certes, on pourra apporter un éclairage sur Istanbul, Pékin ou Mexico, mais la concession est bien maigre au regard de l’ampleur du thème 4. Par ailleurs, rien sur l’Asie, sur l’Afrique, sur l’Europe replacée dans le monde...

Par ailleurs, c’est une vision de l’Europe implicite qui apparaît en filigranne : un Occident chrétien très pacifié. Où sont les communautés juives et musulmanes ? Quid de la Méditerranée et des croisades ? Où sont les guerres de religion (aussi importantes pour comprendre les évolutions politiques, culturelles et sociales) ? Tout ce qui peut représenter des ruptures, des tensions, des affrontements est évacué... S’il y a guerres ou révolution, c’est majoritairement ici pour émanciper les peuples. Une place a été faite à l’histoire des femmes, à travers l’étude de figures comme Hildegarde de Bingen ou Emilie du Chatelet, mais cette approche oublie les femmes en tant que groupe social.

Une inflexion a bel et bien été donnée en faveur de l’histoire culturelle et religieuse, au détriment de l’histoire sociale et économique, qui n’existe que de façon marginale.

Certes, dans le contexte de la réforme, les rédacteurs devaient faire des choix... Il aurait pu sembler au moins pertinent de ne pas revenir sur les thèmes traités au collège, avec la même entrée ou presque ! Les redondances avec les programmes du collège sont en effet nombreuses, et l’absence de choix opérés (toutes les périodes sont abordées, et à l’intérieur d’un même thème, tous les aspects classiquement traités dans l’histoire scolaire) les rend indigestes.

Cet ensemble est inquiétant pour les enseignants qui devront le mettre en oeuvre : les élèves auront beaucoup de mal à trouver du sens dans cette accumulation de thèmes et de questions à l’intérieur des thèmes sans passerelle. Ces contenus étant pour une grande part une répétition des programmes de collège, on doute que cela permette de construire un itinéraire séduisant pour les élèves, dont les questionnements au lycée sont différents de ceux menés au collège.

On peut aussi se demander quelle histoire enseigner, alors que la réduction des horaires et la disparition des modules vont mettre à mal la problématisation et l’étude critique de documents. Ils nous apparaissent donc contestables sur le plan intellectuel, car ils sont réducteurs, guère fondés sur une démarche heuristique et sur les apports historiographiques récents, et constestables sur le plan des finalités qui les sous-tendent.

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