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Des masters en alternance pour former les enseignants ? Une fausse bonne idée ! Communiqué de presse des SNES-FSU, SNEP-FSU, SNUEP-FSU, SNPI-FSU et SNUpden du mardi 24 mai 2011

Des masters en alternance pour former les enseignants ?
Une fausse bonne idée !

Les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement Supérieur, Luc CHATEL et Valérie PÉCRESSE, se sont rendus hier matin à l’IUFM de Cergy-Pontoise, dans l’académie de Versailles. C’est en effet cet IUFM qui devrait ouvrir, à la rentrée prochaine, un master en alternance pour les étudiants se préparant aux métiers de l’enseignement.
Depuis la rentrée 2010, nos syndicats n’ont cessé de dénoncer les effets de la réforme de la formation des enseignants imposée par ces ministres, et les conséquences désastreuses de la suppression de fait de l’année de stage après le concours. L’ouverture de masters en alternance semble aujourd’hui la seule piste explorée par Luc CHATEL et Valérie PÉCRESSE. Elle ne résoudra pourtant en rien la crise majeure que connait aujourd’hui le recrutement des enseignants et des conseillers principaux d’éducation en collège et en lycée ; elle ne répondra pas à l’objectif affiché de la réforme (élever le niveau de formation). Alors, à quoi bon proposer ces masters ? Tout simplement parce que les deux ministres ne veulent absolument pas rouvrir le chantier de la formation des enseignants, contrairement aux annonces du Président de la République en janvier : ce serait, à rebours des décisions qu’ils ont prises depuis l’an dernier, reconnaître qu’enseigner est un métier qui s’apprend. Ils font au contraire le choix, à travers ce dispositif de « masters en alternance », de précariser encore plus les étudiants qui se destinent à nos métiers, et paradoxalement, de réduire le niveau de recrutement !

Le SNES, le SNEP, le SNUEP, le SNPI et le SNUPDEN continuent de demander la remise à plat de la réforme. Ils revendiquent des masters qui intègrent progressivement des stages, de la recherche et des contenus permettant la réussite au concours. La formation doit se poursuivre pour 2/3 du temps dans l’année de stages avec un service à tiers temps devant élèves. La mise en place de réels pré-recrutements (avec un pré-concours) dès la licence sont la condition nécessaire pour attirer des étudiants vers le métier d’enseignant, sécuriser leur parcours et assurer de bonnes conditions d’études. Le SNES, le SNEP, le SNUEP, le SNPI et le SNUPDEN demandent, comme le prévoit la loi, un plan pluriannuel de recrutement.


Notes de presse

Les masters en alternance ne répondent pas à l’urgence de recruter des enseignants pour remplacer ceux qui partiront à la retraite

Il ne s’agit en effet que de quelques dizaines d’étudiants. A Versailles, dont le projet est le plus avancé et concerne à la fois le premier et le second degré, « même si c’est généralisé, nous ne pourrons pas accueillir tous les candidats ayant une licence et qui voudraient préparer les concours », selon le directeur de l’IUFM de l’université de Cergy-Pontoise Jean-Pierre Chevalier. Il y a pourtant urgence à recruter les enseignants de demain : dans le second degré, un enseignant sur six a entre 54 et 59 ans.

Les masters en alternance ne répondent pas à la nécessité d’améliorer la formation des enseignants

Depuis plus d’un an, Luc CHATEL se félicite d’avoir accru la formation des enseignants... quand tout le monde sait que sa réforme a permis la suppression d’une année de formation rémunérée et a sabordé l’année de stage des enseignants et des CPE recrutés à l’été 2010, en les jetant presque tous à temps plein devant les élèves. Les formations mises en place sont venues en plus du travail, déjà énorme, de préparation. Que proposent les masters en alternance ? De mettre encore plus tôt dans le bain les étudiants préparant les concours : dès le M1, ils auront la responsabilité pleine et entière de classes ! Le directeur de l’IUFM de Cergy-Pontoise pointe lui-même le problème : les étudiants de ces masters « auront moins de temps que les autres pour […] préparer » les concours. Pour mieux former, il faudrait donner davantage de formation, et donc davantage de temps aux étudiants. Ce sera le contraire !

Les masters en alternance ne répondent pas au besoin de sécuriser la préparation des concours et de rendre les métiers de l’enseignement attractifs

Une lourde menace pèse aujourd’hui sur le recrutement des enseignants et CPE : l’effondrement du nombre de candidats, déjà remarquable à la session 2011. Cette tendance vient de loin ; une très récente étude du Ministère pointe « la chute du projet de devenir enseignant : il n’est plus partagé que par 12 % des inscrits en licence, soit une baisse de 11 points par rapport à il y a six ans » [1]. Quant à la nécessité d’offrir aux étudiants issus des milieux populaires les moyens de se préparer aux métiers de l’enseignement, il n’en est nullement question, et l’on ne saurait mieux le dire que le directeur de l’IUFM de Cergy-Pontoise : « l’alternance ne doit pas être conçue comme une mesure sociale [...]. Sans compter que les étudiants les plus socialement défavorisés exercent souvent un emploi salarié à temps plein [...] le montant du salaire perçu pour l’alternance ne couvrira pas leurs besoins. »

Mais alors, à quoi servent-ils ?

À meubler le vide sidéral du discours et de la politique de Luc CHATEL et Valérie PÉCRESSE sur la formation des enseignants

Prévue dès le mois de juillet dernier, l’expérimentation de master en alternance est aujourd’hui l’unique proposition du Ministère de l’Éducation nationale pour revenir sur les effets calamiteux de la réforme de la formation des enseignants. En octobre, Luc CHATEL l’annonçait au journal La Croix [2] . Et au Sénat le 26 avril dernier, c’était toujours la seule proposition qu’il avait à faire. En bref, depuis plus de huit mois, Luc CHATEL répète les mêmes annonces.

À conforter l’idée qu’enseigner, ça ne s’apprend que sur le terrain

Pourquoi ? Parce qu’explorer n’importe quelle autre piste reviendrait à invalider le postulat de départ, bien commode en ces temps de casse volontaire de l’École publique : enseigner, ça ne s’apprend pas. Le Ministre Luc CHATEL a beau prétendre que c’est « une formation par la pratique professionnelle » [3] , dans ses masters en alternance, la pratique commence à haute dose dès avant le recrutement laissant en fait peu de place à la formation. Il s’agit donc de piètres masters. A très haute dose, en fait, puisque le Recteur de Versailles annonçait en février que les étudiants seraient, dans le second degré, six heures et deux jours par semaine devant les élèves. Six heures de cours, c’est l’équivalent d’un tiers temps de certifié. Avec les préparations et les corrections, cela ne laissera effectivement aux étudiants guère le temps de préparer le concours...

À abaisser le niveau de recrutement

C’est le plus cocasse de l’affaire. Luc CHATEL plastronne en expliquant que le recrutement des professeurs au niveau du master « représente un gage d’excellence académique ». Avec ses masters en alternance, des étudiants titulaires d’une licence seront les enseignants de plusieurs classes, toute l’année ! Mieux encore : le Ministère a autorisé dans le cadre de ces masters, que des assistants pédagogiques (titulaire d’un L2), puissent exercer leurs missions « auprès de classes entières » [4] . Le Ministre cache mal le fait que ces missions, « soutien et accompagnement pédagogique », glisseront rapidement vers le remplacement au pied levé et pour finir l’enseignement.

À accroître encore le recours à la précarité pour faire face aux besoins du système éducatif

Le recours aux non-titulaires dans la Fonction Publique et dans l’Éducation Nationale est de plus en plus important. Le déport de la formation des enseignants sur des masters en alternance le systématise : avant d’espérer être recrutés comme titulaires après un concours qu’ils auront bien du mal à préparer, les étudiants seront passés par toutes les cases « précarité » de l’Éducation Nationale : le CDD, comme assistant d’éducation ou assistant pédagogique (des contrats d’un an, au mieux, désormais), et surtout la vacation, puisque c’est visiblement ce que l’on promet aux étudiants de M1 et / ou M2 engagés dans les masters en alternance. Tout ça, encore une fois, pour des salaires qui ne leur permettront absolument pas de subvenir à leurs besoins.

Notes

[1« Les bacheliers 2008 : Où en sont-ils à la rentrée 2009 ? », Note d’information Enseignement Supérieur et Recherche 11.08, Mai 2011, page 8

[2La Croix, 18 octobre 2010

[3Réponse à la question orale de Mme la Sénatrice GONTHIER-MAURIN, 26 avril 2011

[4Circulaire n°2010-102, BOEN du 22 juillet 2010

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