Actualité théâtrale

Maison de la Poésie de Paris jusqu’au 12 février 2012

"Des ruines" Partenaire Réduc’snes

"Des ruines" Texte de Raharimanana Mise en scène Thierry Bédard

Jean-Luc Raharimanana dit qu’il souhaiterait être un auteur désengagé. Ce n’est pas avec son texte "Des ruines" qui le met sur cette voie.

Il met une force immense dans son propos, et son théâtre est étroitement lié à l’Histoire.

Il porte en lui tellement fort la mémoire du peuple malgache et de l’Afrique, que chacun des mots du texte se charge de révolte, de douleur et d’un sentiment d’impuissance lourd à porter, largement relayé par le jeu enflammé de Phil Darwin Nianga, l’interprète.

La lucidité avec laquelle il parle du monde malgache et en général, des relations du continent noir avec l’occident fait peur.

Mais que faire avec cette révolte, cette douleur et ce sentiment d’impuissance ? Il faut s’engager dans d’autres recherches, canaliser, organiser ces sentiments bouillonnants et en faire un matériau de combat.

"Des ruines" est une œuvre politique parce qu’elle touche à l’universalité, renvoie aussi bien à la misère en Afrique qu’à celle qu’on peut rencontrer dans certains quartiers de la banlieue parisienne.

C’est une œuvre poétique par sa langue incroyablement belle.

Jean-Luc Raharimanana emploie la première personne dans ce texte qui joue souvent sut la dérision, la drôlerie, qui anticipe le regard de l’occident sur l’Afrique, sur les idées reçues, les clichés, sur le racisme conscient et inconscient.

La démagogie et les bons sentiments sont jugés tout aussi redoutables quand ils se teintent de paternalisme.

Phil Darwin Nianga, l’interprète du texte, originaire de la République du Congo, s’est lancé après ces études dans une carrière d’humoriste, influencé par Dave La Chapelle ou Chris Rock.

Il reste de cette période, dans son interprétation, une expressivité parfois joyeuse, une gestuelle presque excessive, qui ajoute au propos, autant dans le registre grave que dans les moments où l’écriture s’évade, se libère.

La Maison de la Poésie, une fois de plus, propose un texte qui reste dans la ligne qu’elle s’est fixée. "Des ruines…" est un spectacle poétique, politique, et d’une belle énergie.

 

Francis Dubois

 

Maison de la Poésie Passage Molière 157, rue Saint-Martin 75 003 Paris

www.maisondelapoesieparis.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)
  • « Mme Klein »
    À Londres en 1934, Mélanie Klein, que l’on peut considérer comme l’une des premières psychanalystes pour enfant dans les années 1920, vient d’apprendre la mort de son fils Hans à Budapest. Naturalisée... Lire la suite (9 octobre)
  • « Non, c’est pas ça ! (Treplev Variations) »
    Ils sont trois sur scène, une femme et deux hommes, ils devaient être treize et jouer La mouette , mais l’un d’eux, le metteur en scène probablement, s’est suicidé. Ils ont décidé de continuer le... Lire la suite (7 octobre)