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Un film de Vincent Dieutre (France)

"Despuès de la revolucion" Sortie au Nouveau Latina le 28 avril 2010

Dans un paysage cinématographique inquiétant où se succèdent à un rythme éclair des films fantômes à peine entraperçus, il existe quelques cinéastes tenaces et peut-être sereins qui, contre vents et marées, œuvrent de façon artisanale et qui pourraient être les vestales d’un art qui s’égare dans des chemins contradictoires, pris entre embouteillages inextricables et désolation désertique.
Vincent Dieutre est-il une de ces sentinelles ? Si les productions se font tirer l’oreille pour lui trouver de quoi réaliser le film qu’il a en projet, il profite d’un séjour à Buenos-Aires où il participe à un séminaire sur le cinéma pour filmer la ville et dans la ville ce qu’il nomme, des "paysages patients" qu’il a repérés, proches les uns des autres dans différents quartiers de la ville. Au cours de ses déplacements en taxi ou en bus, il a filmé le défilé des rues, les silhouettes, les visages aussitôt disparus et tous se sont glissés dans une construction qu’il a voulue à la fois statique ou très mobile, très "filante" ou au contraire, très "patiente".

® shellac

A cette démarche d’exploration sensible de la capitale argentine, il a ajouté ses retrouvailles avec Hugo qu’il a connu autrefois à Francfort et qui vit maintenant à Buenos Aires. Un mélange entre la découverte de la ville et les retrouvailles avec cet ami de longue date sont devenues indissociables et l’intime de leur relation amoureuse s’est mêlé à la déambulation géographique. Vincent Dieutre a souhaité aborder la pornographie en évitant le "voyeurisme marchand" et il a filmé leurs propres scènes d’amour caméra au poing, dans une grande mobilité. Et de ces séquences frontales aux plans fixes qui ponctuent le film comme un leit-motiv, il se dégage une sorte de poésie, de sensualité brute qui renvoie les corps à des parcelles de peau, saisies dans l’élan et la force du désir. Les images sont fuyantes, picturales mais infiniment évocatrices.
Au terme de son séjour à Buenos Aires, de retour à Paris, Vincent Dieutre s’est retrouvé avec à la fois ce qu’il avait filmé de la ville et ces séquences "amoureuses" à la beauté un peu sombre. Un brassage des deux s’est imposé et c’est alors, après que des poèmes sud américains lus en espagnol se sont glissés dans la construction générale, que l’écriture a pu commencer..
Pendant les soixante et une minutes que dure "Despues de la revolucion", le cinéaste dit lui-même le texte qu’il a écrit. Un texte d’une poésie et d’une simplicité presque déconcertante, à la fois complexe et limpide où le trivial côtoie la description citadine avec le même naturel confondant, la même élégante nonchalance. L’écriture est superbe, familière, évidente, précise. Elle semblerait avoir été conçue au moment du filmage tant elle s’accorde aux images, tant elle se superpose ou se décale avec un égal bonheur.
Le film de Vincent Dieutre dégage une émotion très particulière. Il est d’un bout à l’autre d’une fulgurante beauté.
Ce réalisateur qui reste dans une confidentialité persistante est toujours à découvrir. C’est un esthète, indéniablement, mais c’est aussi un cinéaste très accessible.
Francis Dubois

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