Alternance

Dispositif dérogatoire d’alternance : nouvelle filière de relégation ?

L’alternance, si vantée dans les circulaires de rentrée depuis 2003 a été concurrencée en 2006 par la mise en place de l’apprentissage junior, lui-même remplacé en 2008 par le dispositif DIMA.

Texte de référence :

- Décret n°2006-764 du 30-6-2000 JO du 1-7-2006
- Circulaire n° 2006-108 du 30-6-20006

Les dispositifs d’alternance

Pour autant, les dispositifs en alternance ont continué d’exister : Ils sont présentés dans la circulaire de 2006 comme un dispositif transitoire et souple réservé à un petit nombre d’élèves en décrochage. Ces dispositifs peuvent prendre la forme de " parcours individualisés " (concernant quelques élèves par établissement) ou de classes spécifiques (Quatrièmes " découverte des métiers " par exemple). Les élèves concernés, qui doivent être volontaires et avoir au moins 14 ans, passent une partie de leur temps scolaire en LP et/ou entreprise tout en conservant leur statut de collégiens. Sur l’organisation même, les textes renvoient à l’autonomie des établissements et soulignent la nécessité de la concertation dans la "construction d’un dispositif " qu’il ne s’agit pas d’imposer. Mais d’ores et déjà il apparaît qu’un certain nombre de dispositifs mis en place ont été conçus (suite aux injonctions ministérielles) entre chefs d’établissements d’un même bassin, les enseignants se trouvant mis devant le fait accompli. Quant aux moyens, les établissements sont renvoyés à... leur liberté de consacrer une partie de leur DHG à ces dispositifs... Il appartient aux équipes de ne pas se laisser imposer des projets qui n’émaneraient pas d’elles-mêmes et/ou qui ne seraient pas accompagnés de moyens supplémentaires. En l’état actuel des textes, aucun dispositif ne peut être mis en œuvre sans avoir été adopté par le CA. Le vote doit porter sur un projet pédagogique précis, à l’initiative des enseignants, et non sur un vague principe (annexe du BO 14).

Mais l’Apprentissage junior qui aurait dû rapidement se substituer à ces différents dispositifs a été suspendu depuis septembre 2008.Il n’a en effet rencontré que peu de succès tant auprès des familles qu’auprès des employeurs.

Son contenu était le suivant :

Dès l’âge de 14 ans, avec son accord et celui de son représentant légal, un élève peut être dirigé vers l’apprentissage junior. Il entre dans un dispositif en 2 temps avec :

un parcours d’initiation aux métiers sous statut scolaire en LP ou CFA. L’élève fait l’objet, après un bilan, d’un projet pédagogique dont la seule ambition vise l’acquisition du socle de base institué par la loi Fillon dont les éléments validés seront inscrits dans son livret de compétences. (les CLIPA, classes d’initiation pré professionnelles en alternance et CPA, classes préparatoires à l’apprentissage seront progressivement supprimées)

Dès l’âge de 15 ans, le jeune pourra signer un contrat d’apprentissage, y compris en cours d’année, s’il est jugé apte à poursuivre l’acquisition du socle commun par cette voie ; dans le cas contraire, il pourra, soit poursuivre son parcours d’initiation aux métiers, soit retourner dans son collège d’origine ( !) A qui voudra-t-on faire croire qu’un jeune en difficulté pourrait réussir son retour au collège après avoir été privé d’une partie importante des enseignements qui y sont dispensés ? Chacun voit bien qu’il s’agit en fait d’une véritable filière.

Commentaire du SNES

En réalité, encore plus que l’alternance au collège , l’apprentissage junior concrétisait la mise en place, dès la fin de la Cinquième d’un palier d’orientation et d’une éviction précoce du collège que le SNES a toujours condamnés. Déjà, la mise en place de l’alternance a donné lieu à de nombreuses dérives qui ont été dénoncées tant par les personnels que par l’Inspection générale. La définition du " public " visé était floue : élèves présentant " une accumulation de retards ou de lacunes que les modalités traditionnelles des soutiens scolaires ne permettent pas (...) de surmonter, qui manifestent des intérêts des goûts ou des talents non pris en charge dans la scolarité ordinaire du collège " et qui risquent de décrocher. Ce flou avait favorisé les dérapages. L’enquête réalisée par le ministère en 2003 a montré que le nombre de collégiens concernés par les dispositifs en Quatrième variait de... 1 % à 17 % selon les départements ! Un nouveau rapport des inspections générales en 2005 a constaté que le nombre de dispositifs en place dans les départements ne dépendait pas du poids de la difficulté scolaire mais...du volontarisme plus ou moins affirmé de l’Inspecteur d’Académie. Pour l’apprentissage junior, il en sera vraisemblablement de même car aucun verrou n’existe dans les textes pour limiter le nombre de jeunes concernés par ce dispositif. d’autant que Le volontariat des jeunes et de leur famille peut se trouver « suscité » par la perspective de gratification financière (20% du SMIC par heure travaillée pour un stage de plus de 20 jours dans la même entreprise) En l’état actuel du collège, le SNES considère que des mesures au cas par cas pour les élèves volontaires, les plus âgés, en grande difficulté ou en rupture avec l’enseignement au collège sont nécessaires. Des parcours individualisés en LP qui puissent leur ouvrir la perspective de l’accès à une première qualification professionnelle doivent pouvoir leur être proposés. Ces mesures transitoires ne doivent pas dispenser de mener une politique précoce et résolue de la difficulté scolaire. Avec l’alternance et l’apprentissage junior, c’est dans la voie inverse qu’on s’engage.

Notre proposition d’équipe de suivi

Pour éviter que l’échec scolaire ne devienne trop lourd et pour privilégier une véritable prévention, nous demandons que se mettent en place des équipes pluriprofessionnelles de suivi de la grande difficulté. L’équipe, qui devrait comprendre un ou deux enseignants, un CPE, le CO-Psy, l’assistante sociale et l’infirmière, suivrait des élèves connaissant des difficultés au niveau des apprentissages, mais aussi d’ordre psychologique ou social.

Il s’agit pour nous d’échafauder un véritable tutorat d’équipe remplissant des missions d’évaluation et de proposition :

en repérant les élèves vulnérables,

en amorçant le dialogue avec eux, leurs familles et l’ensemble des partenaires extérieurs,

en mobilisant des personnes ressources (orthophoniste, psychologue...) pour traiter les problèmes qui ne peuvent l’être au sein de l’institution,

en assurant un suivi pédagogique et d’orientation.

En tirant profit de tout le potentiel d’enseignement (LP, SEGPA/EREA, classes du collège, dispositifs relais...) l’équipe jouerait tout son rôle en formulant des besoins éducatifs spécifiques à chaque élève concerné.

Nous demandons qu’une décharge forfaitaire de service soit accordée à chaque enseignant engagé volontairement dans le dispositif et que les autres personnels soient présents en nombre suffisant dans l’établissement afin de participer régulièrement à la concertation.

Nous invitons les équipes intéressées par l’expérimentation d’un tel dispositif à présenter leur projet au CA afin que ce dernier demande officiellement à l’IA les moyens nécessaires pour le réaliser.

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