LV au collège

Documents d’accompagnement LVER : une véritable aide ?

Sur le site d’Eduscol (http://eduscol.education.fr/cid100364/ressources-pour-les-langues-vivantes-aux-cycles-4.html), on peut désormais trouver des « ressources pour les langues vivantes aux cycles 2, 3 et 4 […] réalisées par un groupe d’experts en partenariat avec l’inspection générale ».

Ce groupe d’experts (dont on ne connaît pas l’identité) rappellent, en introduction que les programmes de LVER « n’entrent pas dans le détail des pratiques de classes, des démarches des enseignants », même si plus loin, il ne sera question que d’enseigner avec l’approche actionnelle, le CECRL et une progression dite « spiralaire ».

Le premier document d’accompagnement est une présentation générale des ressources qui rappelle les grands principes de préparation d’un cours : « créer un environnement propice à l’apprentissage », « élaborer une progression cohérente », « ancrer l’apprentissage dans la culture », « croiser les enseignements et enrichir les pratiques » ; bref rappel de grands principes sans que l’on sache – puisque le programme est un programme inter-langues – comment mettre en œuvre tout cela et avec quels moyens. En complément de ce premier document, un glossaire qui définit les termes désormais devenu communs à tou-tes : activités langagières, approche actionnelle, CECRL, compétences, etc.

Les grands principes énoncés dans ce premier document sont ensuite détaillés dans de nouveaux documents plus précis, bien plus prescriptifs en termes de méthode et de démarches, qui citent des exemples de séquences qui existent sur Internet… pas forcément d’ailleurs depuis cette année ! Comme si la volonté était de recycler l’ancien… Dans ces exemples, certains semblent irréalisables avec des élèves de LV2 dont le niveau à atteindre, s’il fallait le rappeler, n’est plus que le A1, sauf dans deux activités langagières.

Les « déclinaisons linguistiques » proposées ne le sont que dans quatre langues : allemand, anglais, espagnol et italien, sans doute faute de temps et de moyens à consacrer aux autres. Souvent, ces références à des sites Internet sont des ressources, plus que des séances didactisées, bien loin, par exemple, de ce que proposent les éditeurs dans les manuels scolaires français. Quant aux tableaux par langue, ils rappellent les tableaux des anciens programmes qui, en proposant une liste d’idées ou de pistes dans lesquelles piocher, ne permettent pas de savoir ce qui est incontournable, ce que chaque enseignant doit faire avec ses classes pour essayer d’atteindre une « culture commune », nécessaire pour que les élèves soient ensuite dotés d’un bagage commun, notamment pour aller au lycée.

La dernière partie de ces ressources, consacrée au croisement des enseignements et des pratiques, est, dans un premier temps, un catalogue de l’existant (ex : voyages scolaires, e-twinning…) mais, dans une second temps, un plaidoyer pour les EPI qui « permettent de mieux s’approprier des savoirs abstraits en incluant une réalisation concrète […] et donnent du sens aux apprentissages en les croisant et en les contextualisant » (le document fait référence au passage aux IDD qui ont été pourtant abandonnés…). Ainsi, le document explique que l’EPI peut intégrer « les objectifs et les langages de plusieurs disciplines pour une réalisation partiellement en langue vivante » mais n’est pas en mesure d’en proposer un pour nous donner une idée. Pire, le même document explique que « les activités langagières sont mises en œuvre et évaluées comme elles le sont dans toute séquence de langue vivante », alors que cela sera matériellement impossible puisque l’EPI ne se réalisera que « partiellement en langue vivante » et parfois avec un collègue qui ne parle pas la langue enseignée ! On comprend pourquoi le document aborde les projets plurilingues en rappelant que les thèmes retenus sont les mêmes en LV1 et LV2 car, oui, cela facilite déjà un peu plus la tâche…

En somme, les enseignant-es vont pouvoir aller « picorer » quelques éléments dans les ressources proposées mais ils-elles ne trouveront pas des exemples de progression ou de séquences par langue et par niveau. Par conséquent, ils-elles ne pourront que s’inspirer des éditeurs qui, eux aussi, ont fait des choix, parfois très différents, de traitement du nouveau programme. Or, la liberté pédagogique, chère à tout enseignant, ne peut s’exercer que si les objectifs sont clairs et communs à tous les élèves, ce qui est exactement le contraire de ce que va produire cette réforme.

Le SNES-FSU appelle donc à la résistance pédagogique :
http://www.snes.edu/19-mai-action-et-resistance-pedagogique.html

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