Actualité théâtrale

Jusqu’au 25 juin au Lucernaire

« Dorothy Parker » Excusez-moi pour la poussière

Dorothy Parker haïssait Hollywood et les starlettes, la famille et les « femmes d’intérieur ». Elle aimait Marylin Monroe (« plus qu’une étoile, un vrai petit soleil noir »), les fourrures et les bijoux, et passionnément le bourbon. Brillante, dotée d’un humour corrosif, moqueuse et parfois cruelle, sans concession ni pour elle ni pour les autres, elle a écrit des chroniques pour Vanity Fair et le New Yorker, des scénarios, dont celui de Une étoile est née , des poèmes, de nombreuses nouvelles, mais elle n’est jamais parvenue à écrire le roman dont elle rêvait. Engagée politiquement elle défendra Sacco et Vanzetti, sera une des victimes du maccarthysme inscrite sur la liste noire, et léguera ses droits d’auteur au Mouvement de Martin Luther King.

Théâtre : Dorothy Parker

Jean-Luc Seigle, auteur de nombreux scénarios, a été fasciné par cette diva singulière, alcoolique et pourtant si séduisante, élégante avec ses fourrures, ses petits chiens et ses bijoux, d’une drôlerie et d’une lucidité désespérée (elle fera trois tentatives de suicide), qui porta sur la société et la vie politique américaine des années d’après-guerre un regard acéré. Arnaud Sélignac, surtout metteur en scène de cinéma, a su donner beaucoup de mouvement à cette mise en scène. Natalia Dontcheva incarne à la perfection Dorothy Parker. Elle est au téléphone avec son mari ou avec Charly, le concierge noir de l’hôtel où elle réside, elle est affalée, un peu ivre sur le canapé de sa chambre, un escarpin au pied, l’autre perdu dans la chambre, bandeau sur les yeux et se croyant devenue aveugle. Elle est flamboyante en robe Dior rouge et parfum Chanel, répondant avec panache aux questions de la Commission des activités anti-américaines. Enfermée dans la salle de bain, elle est poignante au téléphone avec son ex-mari, s’inquiétant de ses douze ans de plus que lui et se demandant si elle ne risque pas de devenir une « femme d’intérieur » en le re-épousant !

On sort du théâtre ébloui par les mots d’esprit, le franc-parler et l’intelligence de cette femme, ému aussi par celle qui proposait pour son épitaphe, après son incinération « Excusez-moi pour la poussière ».

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La chose commune »
    Avec ses espoirs d’une nouvelle société plus juste, plus libre, où les femmes auraient enfin droit à la parole au même titre que les hommes, plus démocratique aussi et avec sa fin tragique, qui a sonné... Lire la suite (24 avril)
  • « Le dernier chant »
    Tchekhov connaissait bien les acteurs et les actrices et il les aimait. Il n’ignorait rien de leur besoin de reconnaissance, de leur désir de briller, rien non plus de leurs fragilités, l’angoisse... Lire la suite (20 avril)
  • « L’histoire d’une femme »
    Une jeune femme traverse la rue. Un homme en vélo claque une main sur ses fesses et poursuit son chemin en éclatant de rire. Elle s’effondre. Des hommes s’agitent autour d’elle, cherchant un téléphone... Lire la suite (15 avril)
  • « Michael Kohlhaas »
    De Heinrich von Kleist, ce jeune auteur mort suicidé à 34 ans en 1811, c’est peut-être ce portrait d’un homme dressé dans un seul but, obtenir justice et que la loi s’applique aux puissants comme aux... Lire la suite (12 avril)
  • « Ici, il n’y a pas de pourquoi »
    Un homme est arrêté, transporté comme du bétail et incarcéré dans un camp. Mis à nu, tondu, tatoué, on lui enlève tout, même son nom, il n’est plus qu’un numéro qui ne porte la trace que de la date de son... Lire la suite (12 avril)