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Dossier-Enquête de la DEPP sur les acquis des élèves en histoire géo et éducation civique en fin de 3ème

Dossier-Enquête de la DEPP sur les acquis des élèves en histoire géographie et éducation civique en fin de 3ème (Cedre = Cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon)
Réalisée en mai 2012, parue en ... mars 2016 !

http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/05/2/DEPP_dossier_2016_205_551052.pdf

Ce dossier se compose de deux parties, l’une sur le primaire, l’autre sur la fin du collège. Nous nous sommes intéressés à cette dernière. L’enquête présentée est riche de renseignements pour tous les acteurs participant à une réflexion sur les programmes et les pratiques pédagogiques. Elle a le mérite inédit de montrer une évolution des scores (échantillon d’environ 3000 élèves ) entre 2006 et 2012. Il est clairement annoncé, dans l’introduction, qu’une autre enquête en 2017 permettra de montrer les évolutions à partir des « nouveaux programmes » (Or, ceux ci seront devenus « les anciens » dès l’année prochaine…).
Comment expliquer alors qu’une telle étude paraisse 4 ans après sa réalisation, et plusieurs mois après la publication des nouveaux programmes alors qu’elle aurait pu éclairer les débats sur les choix et inflexions à prendre ? Qu’est ce qui a empêché la parution de cette enquête ? Certes, celle-ci porte sur des programmes qui ne sont plus enseignés puisque remplacés entre 2009 et 2012, mais il reste suffisamment de constantes qui permettaient d’en tirer d’utiles conclusions.
Citons donc l’introduction de cette étude, qui aura échappé à l’institution l’an dernier :

« Ces évaluations apportent un éclairage qui intéresse tous les niveaux du système éducatif, des décideurs aux enseignants
en poste dans les établissements scolaires, en passant par les formateurs : elles informent, bien sûr, sur les compétences
et les connaissances des élèves à la fin d’un cursus, mais elles éclairent également sur l’attitude et la représentation des élèves à l’égard des disciplines scolaires évaluées. Elles interrogent aussi les pratiques d’enseignement au regard des programmes et contribuent à enrichir la réflexion générale sur l’efficacité et la performance de notre système éducatif. »

Les membres du CSP et les rédacteurs des programmes en ont ils eu connaissance ? Rappelons par ailleurs que les préconisations venant de l’institution n’ont été validées, à notre connaissance, par aucun bilan des programmes et s’inspiraient davantage de considérations promouvables sur la place publique que d’une réelle forme d’expertise.

Quelques éléments du dossier

Le dossier fait le constat d’une baisse globale des scores entre 2006 et 2012, c’est à dire « d’un glissement général des performances vers le bas », dans des proportions quasi identiques pour l’histoire, la géographie et l’éducation civique.
Chose plus surprenante : Les garçons sont moins nombreux que les filles aux plus bas niveaux de l’échelle et plus nombreux que celles ci dans les hauts niveaux. Ce qui montre que les performances en hist géo ne reposent pas uniquement sur les compétences en compréhension de l’écrit, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre (dans les évaluations nationales ou de PISA, les performances des filles sont toujours supérieures en compréhension de l’écrit). On peut penser que l’histoire scolaire, plutôt du côté des « grands hommes » rend difficile une quelconque forme d’identification pour les filles.
Autre enseignement d’ordre général : la baisse des résultats est plus marquée dans les établissements les plus défavorisés.
Pour l’histoire
Les exercices portant sur les repères factuels sont peu réussis lorsqu’ils interrogent l’ensemble du programme depuis la 6ème, malgré des variations importantes selon les sujets. Les questions portant sur le programme de 3ème sont nettement mieux réussies, ce qui n’est guère surprenant.
Cela pose à nouveau la question de l’intérêt de contenus factuels pléthoriques, basés sur des mémorisations guère efficaces sur le temps long.
Les exercices portant sur « lire et analyser les documents » pointent de façon intéressante où se situent les difficultés : compréhension des textes littéraires avec vocabulaire abstrait et métaphorique. Par contre, même un texte long, s’il s’agit d’un texte narratif, n’est pas nécessairement discriminant.
Les taches de prélèvements d’information sont assez réussies, par contre ce qui relève de l’interprétation, ou du croisement d’informations issus de deux textes pose plus de problème.
Un exercice, intéressant parce qu’il renvoie à une des principales finalités de l’enseignement de l’histoire, a été donné permettant d’analyser le statut spécifique des archives et celui du texte produit par l’historien (exercice réussi par la moitié des élèves). Les résultats concernant les documents iconographiques sont meilleurs, sauf lorsque l’implicite du message est plus grand.

Pour la géographie
Les questions ont porté sur les repères spatiaux (avec fonds de carte à différentes échelles, et monde en projection polaire), la lecture de paysages (avec des exercices d’identification de notions à partir de photos aériennes). Il ressort que la perception d’anthropisation des paysages est très problématique et le terme « aménagement » est assimilé à l’existence d’un espace urbain et non au monde rural. La prégnance des représentations se confirme et est difficile à combattre. Le langage cartographique (lire, analyser, concevoir des croquis) est est le seul domaine où les résultats sont stables voire en légère progression.
Il est à noter que seule la partie géographie contient des préconisations (p. 73), en invitant à utiliser davantage les images (paysages) pour son enseignement.

Pour l’éducation civique
Les résultats viennent démentir les discours ambiants : les élèves ont plutôt bien assimilé les principes républicains et ont identifié « la solidarité ». La laicité est connue de 8 élèves sur 10, ainsi que la notion de discrimination. Par contre la connaissance des institutions politiques et de leur fonctionnement est souvent lacunaire. Quant aux principes les plus mal identifiés, il s’agit de la « souveraineté populaire », avec celui de démocratie sociale. Dommage que l’on n’ait pu disposer de cette étude avant l’écriture du programme d’emc… Cela confirme en tous cas la nécessité de donner un peu plus d’importance à ces notions, cruciales selon nous, tant la dimension politique de la citoyenneté est écartée des programmes.

Analyses complémentaires du dossier
Concernant la perception que les élèves ont de la discipline, les évolutions sont peu encourageantes : globalement ils lui accordent moins d’importance. Le temps de travail personnel a lui aussi diminué. « Enfin, les élèves semblent moins exposés, en dehors du travail scolaire proprement dit, à l’histoire-géo et à la vie civique dans leurs pratiques culturelles ». Ceci concerne aussi bien les émissions TV, films et l’Internet.
L’analyse de la corrélation entre le score et l’importance accordée à la discipline est sans surprise. Les élèves qui lisent des revues ou des livres, visitent des musées ou des sites culturels sont ceux qui obtiennent de bons résultats. Par contre, le fait d’aimer l’histoire, la géographie ou l’éducation civique n’est pas fortement corrélé au score.
La conclusion de l’étude mérite cependant d’être soumise à débat :
« réussir en histoire géographie nécessite bien l’assimiliation d’une culture historique, géographique et/ou civique en classe et hors la classe. Cela pose en retour la question de la capacité du collège à influencer les pratiques culturelles des élèves dans le sens d’une plus forte appropriation des contenus fondamentaux des trois disciplines, essentiels à leur entrée dans une citoyenneté éclairée ». Sans doute pourrait on ajouter que le collège et ses enseignements doivent apporter à tous ceux qui n’ont que l’école pour apprendre les moyens de réussir cette appropriation…

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