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Droit à la déconnexion, un « leurre » ?

Alors que la vie devient « connectée », le droit à la déconnexion est de plus en plus revendiqué dans la société. Et ce qui devrait être un droit « naturel » pourrait devenir un asservissement...

Difficile de nos jours de ne pas se connecter à internet car tout y incite : services publics, financiers, loisirs, média,... et même travail. C’est sans doute le premier outil fabriqué par l’homme qui s’invite de façon aussi envahissante dans son intimité.
Pourtant cette association non naturelle a aussi des effets néfastes (troubles du sommeil, dépendance, ..). Alors que la médecine (et l’Académie des sciences) déplore l’augmentation du temps passé par les enfants devant les écrans, l’Ecole les érige en moyen de résorber échec scolaire et inégalités
La partie numérique du projet de « Loi travail » présenté au parlement ce 3 mai aborde le droit à la déconnexion (Titre III chapitre II Article 25). Loin de le reconnaître comme un droit « naturel », ce texte en fait un instrument d’aliénation de la vie privée du citoyen à son emploi. En effet, il stipule qu’à défaut d’un accord entre représentants des personnels et chef d’entreprise, ce dernier décide des modalités d’application de ce « droit ».
Le Snes-Fsu a un mandat à ce sujet (Congrès 2016, thème 2, 3.3.1), mais avec une approche différente de ce droit. L’ « établissement virtuel » ne doit pas interagir de façon intrusive avec la sphère privée sous prétexte qu’une partie du travail invisible des enseignants se fait à domicile. Les contingences matérielles doivent être considérées (par ex. les élèves ne sont pas tous égaux en matière d’équipement et de conditions d’utilisation face au travail « numérique »). Et choisir des techniques « low cost » ne fait qu’augmenter les difficultés.
Après les attentats, les enseignants se sont souvent connectés pour guetter les consignes de l’administration, agissant de façon responsable face à un événement exceptionnel. Par contre, il est inconcevable de devoir subir les foudres d’un supérieur parce que, au milieu d’une matinée de cours, on n’a pas répondu à un mél envoyé la veille à 23h. Tout comme le travail donné aux élèves doit l’être en classe, et pas à 19h via l’Ent. Un entretien avec les familles vaut mieux que des échanges de méls et contribue à renforcer les liens entre parents et Ecole. Et, pour les documents administratifs , le numérique ne doit pas devenir le vecteur unique de communication.
En fait, il faut savoir faire un usage responsable des technologies numériques pour se déconnecter.

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