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Un film de Jean-Pierre Améris (France)

"Emotifs anonymes" Sortie en salles le 22 décembre 2010

En presque vingt ans, Jean-Pierre Améris a tourné sept films pour le cinéma et quelques autres pour la télévision. C’est un réalisateur discret, qu’on redécouvre à chaque sortie en salles d’une nouvelle œuvre, dont on salue le talent mais qui n’a, à ce jour, jamais connu un vrai succès public.
"Emotifs anonymes" avec, en tête de distribution, Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde, servira-t-il de tremplin à ce artisan du cinéma, sincère et sans concessions ?

Jean-René est patron d’une fabrique de chocolat et Angélique, chocolatière inventive mais qui laisse aller son talent et le succès de ses compositions à un mystérieux ermite, sont tous les deux de grands émotifs.
Leur passion commune pour le chocolat va les rapprocher mais leur manque de confiance en soi, leur timidité vont sans cesse freiner leur attirance l’un vers l’autre et l’aveu de leurs sentiments.
Parviendront-ils à dominer leur handicap ?
La peur est le sujet récurrent des films de Jean-Pierre Améris. Dans "Le bateau de mariage" c’était la peur de s’engager, dans "Les aveux de l’innocent", la peur de se lancer dans la passion d’acteur, dans "C’est la vie", la peur de la mort et dans "Les mauvaises rencontres" la peur de la sexualité.
Les hyperémotifs que sont les personnages de son nouveau film ne sont pas à proprement parler des timides, ce sont des êtres qui vivent dans une tension permanente pris entre leurs désirs et quelque chose qui les bloque, leur interdit la moindre audace et fait passer à la trappe, les sentiments, les ambitions et la révélation de leurs qualités.
Jean-Pierre Améris a tiré de ce sujet une comédie tendre en tirant profit des situations abracadabrantes et burlesques où les circonstances que ces personnes provoquent par leur embarras, les engagent. Les hyper émotifs sont des simulateurs. Ils ne laissent souvent rien paraître de leurs peurs et sont capables de donner une image d’eux complètement fausse, de donner le change de façon impressionnante au risque d’augmenter leur souffrance.
Jean- Pierre Améris porte d’évidence une grande tendresse à ses personnages. Il ne force jamais le trait et les situations les plus burlesques ne se jouent jamais au détriment des protagonistes. Leurs hésitations, leurs borborygmes, leurs esquives au moment de s’engager les mettent au rang de personnages lunaires et l’ironie qui se dégage à les observer dans leur embarras, n’est jamais tout à fait démunie d’une tendre indulgence.
Il eut sans doute fallu un rythme plus resserré et sacrifier les moments chantés qui font basculer le récit dans la tonalité du conte et dans une légèreté qui ne vont pas forcément avec le propos. Mais il est possible que tout le charme du film réside aussi dans cette délicate alchimie.
Francis Dubois

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