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Enseignement d’exploration "Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion" : INACCEPTABLE

Une grave régression

Cet enseignement dans son contenu et sa logique de construction constitue une grave régression car il est vidé d’une approche technologique et d’une exploration possible des différents champs technologiques tertiaires. Ce faisant, contrairement aux objectifs annoncés dans ce nouveau programme, les élèves ne pourront pas mesurer les spécificités propres aux séries, en particulier SES et STG et par conséquent opérer de véritables choix en connaissance de cause. Ce qui avait fait l’attractivité d’IGC en seconde est abandonné au profit d’un saupoudrage de contenus micro et macro économiques, voire juridiques, rédigés manifestement à la « va vite » et légitimés par une pseudo ouverture à l’économie et aux sciences de gestion.

L’approche technologique doit être préservée en seconde

Et ce, pour différentes raisons :

  • C’est une nécessité face à la complexification de l’environnement économique et social

Elle doit être un repère et signal fort d’une même logique à préserver dans le cycle terminal :

La généralisation des contenus dans le cycle terminal dans le cadre de la réforme STG pose réellement problème. Il apparaît que les choix fait sur l’enseignement d’exploration en seconde reprennent la logique de généralisation des contenus en les dépouillant de leur logique technologique.

Or, au cœur des qualifications permettant de répondre aux exigences des nouveaux contenus de travail et à la formation du citoyen (objectif pourtant annoncé dans l’enseignement d’exploration), il y a la maîtrise de techniques et de procédés précis, l’application concrète de ces techniques mettant en action le sujet à des fins de production de services. Mais la complexification de l’environnement économique et social, la diversité et imprévisibilité des situations qui peuvent apparaître nécessitent plus que cela. L’étude et la réflexion sur les techniques et outils employés, c’est à dire le fait de s’engager dans une démarche technologique donne les clefs de la compréhension d’un phénomène et par conséquent de la gestion avec succès de tout type de situation. Elle renforce la capacité de créer et de faire évoluer les procédés et plus largement l’activité de service elle-même.

Le nouveau programme est bien loin de cette ambition :
Extrait du programme : « la mise en situation d’activité de l’élève
s’appuyant notamment sur les outils numériques…Il sera nécessaire d’identifier les outils analytiques de base qui pourraient être intégrés à cette démarche
 »

  • C’est une garantie d’attractivité pour les élèves

De ce point de vue, l’enseignement d’IGC avait fait ses preuves. Nombre de collègues qui l’enseignent s’accordent à dire que c’est le recours quasi systématique aux outils informatiques qui permet de capter l’intérêt des élèves et de mieux faire passer les concepts.

Encore plus face à des élèves de seconde,Il est nécessaire d’articuler étroitement démarches et contenus en prenant appui sur un cadre technologique (par exemple, les technologies de l’Internet appliquées à la gestion des organisations) lié à des champs notionnels. Ce cadre doit être appréhendé au travers de l’action par des applications ciblées. Il doit initier à une démarche technologique en amenant l’élève à mieux comprendre et analyser le rôle de l’information et de s’interroger sur les techniques employées et leur pertinence : il ne s’agit pas de rechercher simplement de l’information, mais bien de savoir la sélectionner, l’exploiter et l’analyser en fonction d’objectifs et de résultats précis à obtenir (ex : création d’un site web), notamment dans le cadre d’une démarche de projet (qui soit dit en passant est ici aussi abandonnée).

Le nouveau programme rompt avec cette logique et réduit l’approche technologique à « une prise de connaissance d’une situation » approche concrète certes indispensable, mais vidée de son sens et peu efficace si elle ne permet pas les articulations précitées :
Extrait du nouveau programme : « Les thèmes débuteront par une phase d’observation de situations et / ou de phénomènes concrets, préalables à une phase d’analyse puis de conceptualisation »

  • C’est une garantie du maintien et du développement de séries spécifiques (en particulier ES et STG et d’une offre de formation diversifiée porteuse de réussite pour le plus grand nombre d’élèves)

Cet enseignement doit véritablement initier à ce qui fait la spécificité de la série au niveau du cycle terminal : Une spécialisation progressive autour des différents champs tertiaires :

Pour ce faire, il doit éclairer l’élève sur la diversité des activités de services et des champs technologiques associés.

Il doit permettre une ouverture sur les savoirs et les techniques appliquées à la gestion, la communication et l’informatique en liaison avec ceux du cycle terminal de la série STG et de ses différentes spécialités.

Il doit sensibiliser à la notion d’organisation et à son fonctionnement en élargissant les objets d’étude aux unités de production de biens ou services marchandes et non marchandes.

Extrait du nouveau programme : « Chaque thème sera l’occasion d’éclairer un ou plusieurs aspects fondamentaux de l’économie et des sciences de gestion… » 
« Il doit permettre de se construire des représentations précises …dans les domaines des sciences humaines et sociales…
 »

Vers une série généraliste ?

La réforme des lycées proposée n’intègre pas pour l’instant les séries technologiques dans son projet. La série STG, rénovée récemment et qui actera sa 4ème session d’examen en 2010, n’a pas fait l’objet de déclarations particulières.

Pourtant, on ne peut que s’inquiéter du sort réservé aux enseignements technologiques tertiaires dans les enseignements d’exploration en seconde. « Explorer les principes fondamentaux de l’économie et gestion » nous éloigne dangereusement de l’approche technologique qui avait fait de l’IGC un enseignement de découverte des différents champs technologiques tertiaires et attractif de par la mise en activités importante des élèves.

Cet abandon technologique en seconde n’est pas sans rappeler une partie des orientations voulues par A.Burlaud, pilote du GEPS chargé de redéfinir les contenus des disciplines techniques de la nouvelle série STG.

Les nouveaux programmes de spécialités se sont construits autour de la « gestion », fil conducteur légitimé, selon A.Burlaud, par la présence de formations de gestion au niveau universitaire et le rôle qu’elle joue dans les contenus du travail irriguant les différents champs, y compris industriels. Selon lui il faut différencier « la formation à la technologie (perspective professionnelle) de la formation par la technologie (perspective académique) ». L’objectif est de s’éloigner de savoirs trop professionnels et privilégier une approche plus généraliste afin de favoriser la réussite dans la poursuite d’études.

Ce schéma exclut donc une 3ème voie, celle-là même qui a fait réussir nombre de nos élèves :
Celle du renforcement de l’approche technologique qui passe, en particulier, par une nécessaire réflexion sur les démarches et techniques utilisées. Cela suppose la maîtrise d’un minimum de techniques et d’outils qui ne sont certes pas, dans cette approche, objets d’enseignement mais des vecteurs essentiels d’acquis technologiques. La réduction horaire, les effectifs par classe, rendent très difficile pour les enseignants l’adoption des démarches actives indispensables à l’acquisition des compétences technologiques.

A cela s’ajoute l’harmonisation de l’enseignement général en première quelque soit la spécialité sous couvert de la nécessité d’ »un socle commun aux différentes spécialités de connaissances fondamentales ».

Perte d’un enseignement technologique tertiaire en seconde, contenus plus généralistes sur le cycle terminal avec quasi impossibilité de mener une démarche technologique, socle commun au niveau des disciplines générales, autant d’éléments qui faciliteraient l’intégration de la série dans un tronc commun avec les séries générales. « Techniquement », cela est possible avec le même horaire élève mais avec une réduction des dédoublements. De quoi exclure encore plus d’élèves en difficulté et ne garder que ceux qui pourront contribuer à l’objectif de Lisbonne de 50% de diplômés du supérieur.

Pour toutes ces raisons, nous devons refuser le nouveau programme d’exploration « principes fondamentaux de l’ économie et de la gestion » et imposer que la copie soit revue dans la logique de nos propositions.

Sylvie Obrero
enseignements.technologiques@snes.edu

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