2011

Enseignement des langues anciennes : une grande inégalité d’accès sur le territoire

On le déplore de plus plus : l’enseignement des langues anciennes est sacrifié. Les lycées qui ne l’offrent pas sont de plus en plus nombreux, les collèges sont eux aussi touchés. Les cours ont souvent lieu aux plus mauvaises heures, entre midi et deux, en fin de journée, ce qui décourage de nombreux élèves. La concurrence entre les options n’a fait que s’amplifier avec la réforme du lycée. Tout cela est hélas connu.

Le fait nouveau, et plus inquiétant encore, ces dernières années est la pénurie d’étudiants en lettres classiques et donc la réduction drastique du nombre de candidats au capes. Cette tendance ne peut que s’aggraver dans les années futures puisqu’elle est due justement à la disparition progressive de l’enseignement des langues anciennes en lycée. C’est donc en amont qu’il faut agir, en maintenant, voire en développant, l’option au collège et l’enseignement d’exploration et de spécialité en lycée.

Mais un autre problème est à prendre en considération : la grande inégalité de la ressource en enseignants sur le territoire. La répartition totale des enseignants de lettres fait apparaître 20,6% de professeurs certifiés et agrégés de lettres classiques pour 79,4% en lettres modernes. Si l’on s’intéresse au certifiés seulement (les plus nombreux), la proportion est seulement de 17,7% en lettres classiques.

Cette moyenne nationale de 20,6% est à nuancer quand on regarde ce qui se passe dans les académies. L’outremer est clairement sacrifié : 13,9% en Guadeloupe, 12,9% en Martinique, 9,8% à La Réunion, 5,2% en Guyane (soit 7 enseignants seulement !).

La région parisienne présente une inégalité de répartition impressionnante : 30% à Paris mais 18,5% à Versailles et 15,8% à Créteil.

Deux autres académies sont plus sous dotées que les autres : Orléans-Tours (18,8%) et Nice (19,7%). En revanche, 4 académies ont (en plus de Paris, l’académie la mieux dotée) un taux supérieur à 24% : Bordeaux, Caen, Limoges et Toulouse.

Cette ressource induit évidemment la politique académique mais elle ne suffit pas à l’expliquer. Le recteur de Guadeloupe par exemple prévoit de réduire considérablement l’offre de formation en langues anciennes à la rentrée prochaine. L’académie ultramarine où la ressource est la plus importante est celle qui frappe le plus fort le latin et le grec en collège comme en lycée ! Cette politique qui consiste à réduire l’offre de formation, à supprimer des options, à sacrifier l’ouverture culturelle des élèves qui en ont le plus besoin n’est pas l’apanage de la Guadeloupe.

Dans un contexte de chasse aux postes tout azimut, tout enseignement situé en dehors ou en marge du fameux socle commun est en danger, dans toutes les académies.

Il est essentiel de ne pas laisser faire cette razzia dans la discrétion. Le rôle du syndicat est de dénoncer cette politique partout où elle est mise en œuvre afin de préserver ce pan essentiel de notre culture.

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