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Un film de Amir Manor (Israël)

"Epilogue" Sortie en salles le 18 juin 2014

Hayuta et Berl ont maintenant quatre-vingt ans. Ils furent parmi les premiers migrants vers le jeune Etat d’Israël, des militants de la première heure.
Ils ne reconnaissent plus rien de leur idéal d’alors dans la société israélienne d’aujourd’hui. Il ne leur reste plus qu’à faire le constat de l’illusion que furent leurs croyances les plus profondes d’alors.
Des relations de consommation aveugles et aliénées et une bureaucratie méprisable ont remplacé la solidarité, la responsabilité mutuelle, l’attention aux autres.
Le rêve qu’ils avaient en commun de construire un Etat-Providence n’a pas changé. Et si les corps ont vieilli, le cœur et l’esprit ont gardé la fraîcheur des utopies de leurs vingt ans. Cependant, déçus, lassés des difficultés auxquelles ils doivent faire face au quotidien, des tracasseries administratives, de cette impression d’être devenus transparents aux yeux des autres, d’une société préférant les avantages personnels et les intérêts, ils décident de s’offrir un jour, un baroud d’honneur.

Le film d’Amir Manor est à la fois un film sur la société israélienne et sur l’identité d’un vieux couple. Il dresse un portrait douloureux de la vieillesse dans le pays.
En 2012, "Le jardin d’Anna", le film d’Adar Friedlich montrait une octogénaire qui, ayant atteint l’âge de la retraite, se retrouvait tout à coup écartée par les membres responsables d’un Kibboutz, reléguée au rang des inutiles. On la voyait déambuler dans le Kibboutz qu’elle avait contribué à créer avec son mari, faire en cachette de tous, de menus travaux, se retrouver chaque jour un peu plus solitaire et démunie.
Dans "Epilogue", Berl tente de garder le cap de sa foi passée.
Découvrant qu’en Israël, des mères de familles sont obligées de visiter les poubelles pour nourrir leurs enfants, il décide de créer une chaîne de solidarité mais son projet n’étant plus d’actualité, il se heurte à une fin de non-recevoir et même s’il montre beaucoup d’ obstination, rien n’y fait.
Hayuta, faute de couverture sociale, est obligée de renoncer à la totalité des médicaments qui soignent son diabète mais avec le peu d’argent qui reste dans son porte-monnaie, elle décide d’aller voir "Indiana Jones" au cinéma et de téléphoner à New-York où leur fils s’est installé, qu’ils ne reverront sans doute jamais pas plus que sa famille qui leur restera inconnue.
Berl a décidé de brader une collection de livres auxquels il tient et avec cet argent, de louer pour un soir, une robe pour Hayuta et un costume pour lui dans la perspective d’une soirée où ils s’affronteront et se retrouveront dans le même désarroi.
L’étau se resserre sur leur vie que tout espoir, de quelque avenir que ce soit, a déserté.
Leur dernière énergie, ils s’en serviront pour se déverser de l’un à l’autre une amertume longtemps contenue. Mais l’apaisement venu, ils revêtiront leurs tenues de gala…

Le film d’Amir Manor a la délicatesse et la modestie de ses deux personnages. Les séquences qui, de l’une à l’autre, conduisent au renoncement, ne sont ponctuées d’aucune plainte, d’aucun effet qui insisterait sur la misère économique et morale où se voient s’enfoncer à chaque déconvenue un peu plus, Hayuta et Berl.
La scène d’ouverture où ils sont confrontés à une assistante sociale venue leur faire subir des tests dont le résultat décidera de leur capacité ou non à demeurer chez eux, les met face à une administration sans humanité qui semble avoir oublié que cet homme et cette femme qu’ils mettent à mal, ont été les fondateurs de l’Etat.

Un film discrètement douloureux dont on sort bouleversés.
Francis Dubois

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