Actualité théâtrale

Jusqu’au 4 février au Théâtre ouvert

« Europe connexion »

L’homme qui nous parle, qui nous tutoie et dont nous ignorons le nom, est lobbyiste. Auparavant, il a été assistant parlementaire d’une députée européenne siégeant dans la Commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire. Trahissant sa fonction, il a réussi à bloquer une loi défavorable aux multinationales des pesticides, ce qui lui a permis d’intégrer l’un des plus grands cabinets de lobbyisme de ce marché. Son salaire a été multiplié par dix, mais surtout il y gagne du pouvoir. Il se trouve désormais embarqué dans une spirale où tous les moyens sont bons pour vendre plus de pesticides et pour contrer tout ce qui se mettrait en travers de l’expansion du marché. Des agriculteurs malades ? C’est qu’ils n’ont pas compris le mode d’emploi du produit. Des consommateurs victimes ? C’est qu’ils n’ont pas fait assez attention aux étiquettes, que les multinationales, avec son aide, ont tout fait pour rendre incompréhensibles ! Un chercheur indépendant qui prouve que ce pesticide est cancérigène ? On fera tout pour le salir et d’ailleurs le financement de la recherche est un moyen de pression efficace contre les récalcitrants.

Théâtre : Europe connection

Dans la pièce écrite par la jeune dramaturge, lauréate du Grand Prix de Littérature dramatique, Alexandra Badea on trouve toutes ces questions qui ont agité l’actualité. Mais l’originalité du propos c’est de nous faire entrer dans la tête du lobbyiste. Pour cela le metteur en scène Matthieu Roy a placé les spectateurs dans un dispositif quadri-frontal et les a équipés d’un casque audio. Au centre une table, un canapé évoquant l’atmosphère feutrée d’un hôtel de luxe où le serveur apporte régulièrement du champagne, quatre acteurs, deux hommes, deux femmes, deux Taïwanais parlant le mandarin et deux Français. Dans le casque on entend leurs dialogues en anglais et leurs pensées intimes dans leur langue (surtout en français, tandis que le mandarin dominait lors de la présentation du spectacle à Taiwan). Peu importe leur sexe ou leur origine, la problématique est la même. Les questions d’éthique disparaissent vite au profit du choix de la réussite individuelle, de l’entrée dans un monde de l’entre-soi, où il faut toujours plus d’argent pour assurer une vie très confortable à sa famille et les meilleures études à ses enfants. Jusqu’où tous ces jeunes cadres à la tête bien faite sont-ils prêts à aller pour réussir ? Jusqu’au burn-out, jusqu’à nier les dangers pour la santé et pour la planète des produits dont ils assurent la promotion ?

Il est sain que le théâtre s’empare des questions d’aujourd’hui et de plus en plus de scènes offrent des pièces qui appellent réflexion et débat. Celle-ci le fait dans une forme originale très convaincante.

Micheline Rousselet

Mardi et mercredi à 19h, jeudi, vendredi et samedi à 20h, dimanche 29 janvier à 16h

Théâtre ouvert

4bis Cité Véron, 75018 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 55 74 40

En tournée ensuite

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